L'INDIVISIBILITÉ DE LA PEXSÉE
moins , mais toujours, Tabus du pouvoir? Est-ce que le soleil y qui a Tavantage de faire mûrir les récoltes et les fruits, h*a pas souvent pour inconvénient de dessécher les prairies et d*empêcher l'abondance des foins? Est-ce que presque toujours la pluie qui profite à une culture ne nuit pas à une autre? Parce que la vertu des femmes est fragile, faut-il donc les enfermer en Occident comme on les enferme en Orient, et les placer sous la garde d'un eunuque, ou, comme en Chine, leur mutiler et déformer les pieds? Parce que l'homme pourrait mettre l'ignorance ou la curiosité de la jeune fille à une épreuve périlleuse pour l'innocence, parce qu'il pourrait séduire la femme d'un autre ou se lais-ser séduire par elle, de tout homme doit-on faire un Origéne involontaire? C^est ce que font non pas corporellement, mais intellectuellement, toutes les lois de mutilation de la pensée humaine. Ce sont des lois contre nature. Conduisons-nous donq en êtres pensants et judicieux; sachons donc prendre bravement notre parti des inconvénients de la chose dont nous avons les avantages, alors même qu'il arriverait que les avantages ne soient pas toujours compensés et au delà par les inconvénients!
Donc, contre les crimes et les délits imaginaires de la pensée, de la parole, de l'écriture et de l'imprimerie, aucune loi, ni préventive, ni répressive, ni restrictive, aucune loi f ni pénale ni fiscale ; ni rigueur ni faveur; ni juges ni jurés ; ni régime exceptionnel ni droit commun. • Si les journaux font acte de commerce, s'ils vendent leur publicité, et que le Trésor public soit d'avis qu'une taxe sur les annonces pourrait être établie, sans se nuire à lui-même, en ralentissant l'essor de la spéculation , du commerce et de l'industrie, que cette taxe sur les annonces soit établie. A cet égard, aucune objection de principe.
Le droit de poste, étant la rémunération d'un service rendu, ne doit pas être confondu avec l'impôt du timbre, qui.ne se justifie à aucun titre.
286 LA LOI DU il MAI 1868.
Veut-on centraliser la presse, — le droit de poste élevé est un inconvénient.
Veut-on localiser la presse, — le droit de poste élevé est un avantage.
Les chiffres qui vont suivre feront comprendre ce trèssimple mécanisme :
Le droit de poste étant de 4 centimes par exemplaire, soit annuellement 14 fr. 40 pour un journal paraissant 360 jours par an : le journal de Rouen, du Havre, de Bordeaux, de Lyon, de Marseille, etc., pouvant se faire distribuer par ses porteurs à Rouen, au Havre, à Bordeaux , à Lyon, à Marseille, etc., moyennant un centime, la presse locale sera naturellement protégée contre la presse centrale par un droit différentiel égal à 3 centimes par exemplaire, soit par an 10 francs 80 centimes.
Si Ton voulait exagérer Tidée et favoriser jusqu^à Texcès la localisation de la presse, il n'y aurait, qu'à doubler le droit de poste; alors le droit différentiel et protecteur serait de 25 fr. 20.
8 Si, au contraire, on voulait décourager la localisation de la presse et encourager sa centralisation, il n*y aurait qu'à adopter le même droit de poste qu'en Belgique et en Suisse sur les imprimés, ou le même droit de circulation qu'en Angleterre.
En matière de presse , ce qui précède est le vrai , ce qui précède est le simple.
Hors de là il n'y a qu'arbitraire, inconséquence et impuis* . sance , contradictions sans nombre et exceptions sans raison*
Le' projet de loi que discute le Corps législatif est là pour l'attester. Étudiez-le , vous y trouverez ce qui suit :
Peines inégales pour les mêmes délits ;
Cautionnements inégaux pour la même périodicité ;
Impôt du timbre inégal;
Droit de poste inégal;