L'INDIVISIBILITÉ DE LA PENSÉE
Inégalité entre le livre et le journal ;
Inégalité entre l'écrit au-dessus et récrit au-dessous de dix feuilles d'impression ;
Inégalité entre la presse dite politique et la presse dite littéraire;
Inégalité entre la presse française et la presse étrangère, celle-ci ayant sur beaucoup de points une latitude qae cellelà n'a pas.
Longtemps, trop longtemps le livre a été de la part du gouvernement l'objet des mêmes déGances, des mêmes craintes, des mêmes sévérités, des mêmes rigueurs qui subsistent encore à l'égard du journal. Ces défiances se sont éteintes, ces craintes se sont évanouies, ces sévérités et ces rigueurs sont devenues de plus en plus rares; le péril dont la société s'alarmait, péril qui n'existait pas, a-t-il prouvé qu'il existât? S'il existait, a-t-il grandi? — Non.
Dans un avenir qui ne saurait plus être éloigné, il arrivera pour le journal ce qui est advenu pour le livre : la société s'aguerrissant , le fantôme se dissipera de lui-même, en même temps que disparaîtra la peur qui le faisait apparaître, et bannir de France sous le premier Empire J. B. Stfy etlf- de Staël!
En ce temps-là auront enfin cessé d'être méconnues ces admirables paroles de l'Evangile :
Si j*ai mal parlé, répondez-moi ; si j*ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous ?
En ce temps-là les gouvernements , gardant la neutralité entre toutes les Églises, entre tous les partis, entre toutes les écoles , entre toutes les opinions , entre toutes les idées, remplaceront le précepte :
Aimez-vous les uns les autres,
Par celui-ci :
Critiquez-\ous les uns les antres.
288 LA LOI DU il MAI 1868.
En ce temps-là toute la loi de la presse périodique et non périodique se résumera dans un seul mot; ce mot, ce ne sera plus : réprimer, ee sera : réfuter.
Alors Terreur succombera sous la vérité, Tinjure sous le dédain personnel, la diffamation sous le mépris public, la calomnie sous sa propre impuissance contre le fait qui, confondant les calomniateurs , crèvera la poche qui renfermait le venin et les vouera à Tignominie.
PuisquMl est avéré que toutes les lois réglementaires de la liberté de la presse ont été inefGcaces en tout temps et en tout pays, puisque cela est reconnu par les auteurs mêmes du projet de loi actuel, sortons donc de Tornière, relevonsnous donc des fautes qui en 1866 ont abaissé la France en Europe, donnons à tous les gouvernements un grand exemple, à tous les peuples une solennelle garantie, reconnaissons Tindivisibilité de la pensée !
Dans Fimpunité de la presse il n'y a pas d'autres périls que ceux enfantés par la peur.
Plus de peur, plus de dangers I
l'abolition de Là' contrainte intellectuelle.
3 février 1868.
MM. Baroche, garde des sceaux, et Rouher, ministre d'État, que nous aimerions à louer moins rarement, ont eu l'honneur d'attacher leurs noms à une grande loi ; cette loi est celle qui porte pour titre : Abolition de la contrainte PAR corps.
Comment, aussi éclairés qu'ils le sont, ces deux ministres