LE VOTE DE L ARTICLE PREMIER
5 février 1868.
^article premier est conçu en ces termes :
Article premier. — Tout Français majeur et jouissant de ses droits civils et politiques peut, sans autorisation préalable, publier un journal ou écrit périodique paraissant, soit régulièrement et à jour fixe, soit par livraisons et irrégulièrement.
Le vote de cet article, c'est Fabolîtion dte rautorisatîon préalable, c'est la fin du privilège dont jouissaient les journaux politiques existants.
Lorsque les journaux politiques existants appuient Tar-
LE VOTE DE L*aRTICLE PREMIER. 301
tîcle premier, Tarticle rondameDtal de la loi exhumée de 1791, de 1819, de 1830, de 1848 et de 1850, ils font ce qui est sans précédent depuis la mémorable nuit du i août 1789 : ils donnent à leur pays ce bel exemple de privilégiés renonçant à leurs privilèges, y renonçant dans Tunique intérêt de la liberté et de Tégalité, immolant ainsi à un intérêt public leur intérêt privé.
Ce bel exemple donné par les journalistes de la presse politique de Paris, ce bel exemple serait sans tache s*il avait été imité par les imprimeurs de Paris et par la presse politique des départements.
C*est avec regret et presque avec honte que nous avons vu les imprimeurs de Paris se concerter, se réunir et combattre en faveur du maintien d'un privilège caduc, d*un privilège qui, étant la négation du droit à Timprimerie, est implicitement la négation du droit de ]a pensée; c'est avec un regret plus grand encore et avec une honte plus empourprée que nous avons lu dans tous les journaux, sans que le fait ait été démenti, qu'une a députation de journaux des départements y> , ayant demandé et obtenu une audience de l'Empereur, était venue protester au palais des Tuileries contre la suppression de l'autorisation préalable, c'est-àdire contre la suppression du privilège, c'est-à-dire contre le retour à l'égalité et à la liberté.
Prétendus députés de journaux des départements, qui vous a élus? qui vous a envoyés? qui êtes-vous? comment vous nommez-vous? dites-nous vos noms! montrez-nous vos pouvoirs I
Toute la presse libérale d'un grand pays est solidaire. Elle ne se scinde pas en presse des départements et en presse de Paris, Si vous êtes les députés de la presse qui renie la liberté, ayez la bonne foi de le déclarer et d'inscrire sur votre bannière : Députation de la presse féodale des départements»
302 LA LOI DU il MAI 1868.
Alors OD saura que cela veut dire : Presse qui vit du monopole des brevets d^imprimeurs, presse qui vit du privilège des annonces judiciaires, journalistes qui n'osent lutter à armes égales contre leurs contradicteurs, journalistes qui ont peur de la liberté, journalistes qui ont peur de Tégalité.
Que la presse féodale de province proteste contre Tadop » tion de Tarticle 1*^ de la loi exhumée, cet article, toute la presse libérale de France mettra son honneur à le défendre et à le soutenir, précisément parce qu'il lui imposera des efforts et des sacriGces nouveaux, précisément parce qu^il est contraire à ses intérêts pécuniaires!
Si nous tenions une autre conduite, nous ne serions pas les défenseurs de la liberté, nous ne serions pas les soutiens de l'égalité, nous ne serions pas les adversaires du privi* lége, nous ne serions pas les soldats de l'idée.
l'exil et le trône.
18 février 1868.
Pour se rendre compte jusqu'à quel point le trône peut changer le cœur et Tesprit d'un ancien exilé, il n'y a qu'à rapprocher l'article 9 de la nouvelle loi sur la presse de l'admirable page intitulée l'Exil {Œuvres de L. N. Bonaparte, t. III, p. 250).
L'article 9, qui a été voté, prescrit ce qui suit :
• La publication par un journal ou écrit périodique dun article signé par une personne privée de ses droits civik et politiques, ou à laquelle le territoire de France est interdit^ est punie d'une amende de 1,000 à 5,000 fr., qui sera prononcée contre lés éditeurs ou gérants dudit journal ou écrit périodique.