L'ABSENCE D'UN PRINCIPE
Si cet article, voté le 7 février 1868, eût été eu vigueur CD 1848, il n'eût pas été possible au journal la Presse et à son rédacteur en chef d'insérer les lettres que leur adressait de Londres à cette époque le prince Louis-Xapoléon Bonaparte, notamment la lettre portant la date de Londres, 25 mai 1848. École de Tadversité, à quoi servent donc vos leçons !
l'absence d'un principe
12 février.
Qu'une loi soit l'expression et l'application d'un principe, cette loi sera d'aplomb et tiendra toute seule en équilibre sur elle-même; mais si celte loi, au lieu d'être le respect d'un principe, en est la violation, il lui faudra autant d'étais ou d'arc-boutants qu'il en faut à un mur ou à un édifice construit au mépris de la statique.
Précisément ce qui caractérise la loi en cours de discussion relative à la presse, loi exhumée du passé, qui l'avait condamnée, loi qui cependant est un progrés quand on la compare au décret du 17 février 1852, ce qui caractérise cette loi, c'est ce qui caractérise presque toutes nos lois, sans en excepter nos codes, c'est l'absence d'un principe.
Presque toutes ses dispositions se contredisent entre elles.
Cest l'incohérence et l'inconséquence attestant une fois de plus que la liberté se régie, mais qu'on ne la règle pas. La liberté que Ton règle, ce n'est plus la liberté, c'est la réglementation; mais. encore faut-il que cette réglementation découle elle-même d'nn principe.
La réglementation, lorsqu'elle s'impose soit au nom de
la volonté du Pape, soit au nom de la royaaté de droit divin, n'a rien qui blesse la foi du catholique fervent ou la soumission du royaliste fidèle; Tun et Tantre obéissent sans examen, car Texamen est une liberté qui les flétrirait à leurs propres yeux s'ils pouvaient jamais tomber assez» bas pour être tentés de la prendre; mais, de quelque liberté qu^il s'agisse, la réglementation de la liberté au nom de la liberté» au nom de la souveraineté du peuple, au nom de la souveraineté individuelle, c'esi Tabsurdité, car c'est Timpuissance dé la loi démontrée par la force des choses.
Entre Tétat de minorité et l'état de majorité il n*y a pas d'état intermédiaire. Ou l'adolescent est encore mineur ou il a. cessé de l'être. Il en est ainsi d'un peuple. Entre Tétat de tutelle et l'élat de liberté il n'y a pas pour lui d'état intermédiaire. Il est libre ou il ne l'est pas. Etre libre de fait, ce n'est pas être libre de droit. Qui n'est pas libre de droit n'est pas libre.
Le chemin le plus court pour arriver à la liberté de droit n'est pas toujours la liberté de fait, c'est-à-dire la tolérance de la part du pouvoir. Le chemin le plus long pour arriver à la liberté de droit n'est pas toujours la compression de fait.
Telle est à cet égard noire profonde conviction, que nous assistons à la discussion de la loi de tolérance et de réglementation de la presse en observateur désintéressé, se demandant s'il est à désirer qu'elle soit votée, ou s'il ne serait pas préférable qu'elle fût rejelée.
On se plaint que la discussion en soit trop lente!
Cette lenteur n'a rien qui doive surprendre; les renvois sur renvois à la Commission sont la conséquence de toutes les contradictions et de toutes les complications dont cette loi est le tissu.
Arrivons à l'article 11, qui a été renvoyé à la Commission.
Il était impossible qu'il ne soulevât pas toutes les objections sous le poids desquelles il a fléchi, malgré tous les