‹ La Voix du Bon-PasteurChapitre 17 sur 88 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

Revue de la Sainte-Face

« Montrcz-nous, Seigneur, votre Face, et nous serons sauvés. »

Ps. LXXIX, 4.

SOMMAIRE

La Passion de ‘Notre Seigneur et la Sainte-Face. — Jésus, le Bon-Pasteur, dans l’Eucharistie. — La mort de N. S. P. le Pape Pie XI et l’élection de son Successeur. — Le bonheur. — Mettons partout en honneur le portrait authentique de Jésus. — Fête du Saint-Suaire de N. S. Jésus-Christ. — Appel confiant. — Venez à moi, vous qui souffrez, et je vous soulagerai (suite). — Perle d’amitié. — La Croix et Saint Joseph. — Messe hebdomadaire et prières quotidiennes pour nos Abonnés. — Jésus, le Bon-Pasteur, nom de suavité ét d’amour (suite). — Le chemin du ciel. — La première parole de Jésus (poésie). — Le grand drame de l’amour, l’Eucharistie et la Passion, étudié dans l’Evangile (suite). — Un protestant poursuivi par le Saint Viatique. — Accueil plus que sympathique fait à notre Revue. — Pieuses réflexions pour la Semaine Sainte. — La Table de la Cène. — O Marie, soyez ma Mère. — Intentions de prières. — Grâces obtenues par la dévotion à la Sainte-Face. — Sainte Thérèse de I’Enfant-Jésus, brebis privilégiée du Bon-Pasteur. — A la mort, les idées changent. — Avantages de faire célébrer des Messes de son vivant. — Saint Joseph et Jésus Adolescent.

La Passion de Notre Seigneur

et la Sainte- Face

e saint temps du Carême nous ramène au souvenir de la Passion du Æl divin Sauveur. Temps de grâce et de bénédiction pour les vrais disciples de la Croix ! C’était le temps favori des Saints et c’est encore celui des pieux Fidèles, qui aiment par-dessus tout à méditer sur le mystère des souffrances et de la mort du Fils de Dieu fait homme. Nos pères avaient une particulière dévotion à la Passion du Sauveur; ils en faisaient l’objet habituel de leurs pensées. On s’en occupe moins

aujourd’hui, même parmi les personnes pieuses, dont beaucoup cultivent d’autres dévotions, mieux accommodées au caractère de leur piété ou à leur genre de vie.

La dévotion à la Passion n’en est pas moins la dévotion fondamentale, Le culte de la Sainte-Face est éminemment propre à la raviver dans les âmes.

En méditant sur les diverses circonstances de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, on constate qu’en aucune autre partie de son corps adorable, le divin Sauveur n’a éprouvé autant d’outrages et de tourments qu’en son auguste Visage. La Sainte-Face est l’expression la plus sensible, la plus saisissante, de la douloureuse Passion du Christ. Elle est comme l’abrégé de tout le mystère des douleurs et de la mort de l’Homme-Dieu. A la contempler, on voit tout, on comprend tout, on aime, on adore.

La Passion a pour prélude l’agonie morale du Sauveur, au Jardin des Oliviers, dans le domaine de Gethsémani. Pendant qu’il était prosterné pour prier, la vision terrible de ses supplices et dès péchés du genre humain, pour lequel il allait mourir, se déroula à ses yeux. Sous l’angoisse atroce qui torturait son âme, une sueur d’eau et de sang jaillit de tous les pores de sa peau. Sa divine Face, prosternée contre terre, en fut la première imprégnée ; c’est de son auguste front que découlèrent les premières gouttes de ce sang, dont une seule eût suffi pour racheter le monde, au regard de la justice suprême de Dieu.

C’était le prélude du grand drame du Calvaire. A peine l’Ange du ciel est-il venu relever et fortifier ce Fils qui, dans l’accablement de sa nature humaine, avait en vain prié, par trois fois, son Père d’éloigner de lui la coupe des souffrances et des péchés présentée à ses lèvres, et voici que déjà tout se prépare pour le supplice de la divine Victime.

Judas est là. La Passion commence avec le baiser que le traître dépose sur la Face adorable de son Maître. Ce fut la première torture, la première humiliation.

Judas avait fait marché avec le Sanhédrin pour lui livrer Jésus. Il savait où le prendre. Pour l’exécution de son projet, les Grands-Prêtres lui avaient donné une forte escouade de soldats romains attachés, pendant les fêtes de Pâques, à la garde du Temple, et de valets du Sanhédrin. Avec eux, Judas était convenu d’un signe qui leur permettrait de reconnaître celui qu’ils devaient arrêter. Ce signe, c’était le baiser d’amitié en usage chez les Juifs, devenu le baiser de la trahison. Jésus le reçut sur les joues ou sur la bouche, à la mode orientale. Son divip

REVUE DE LÀ SAINTE-FACE

Visage en fut sacrilègement souillé. Et, à ce signal infâme, la soldatesque se rua sur lui.

Après son arrestation, Jésus fut conduit en passant chez Anne, l’un des deux Grands-Prêtres, puis chez l’autre, Caïphe, celui de cette annéelà, pour y subir un premier interrogatoire. Le Sanhédrin, réuni à la hâte chez Caïphe, l’attendait pour le juger et le condamner. Introduit devant le tribunal, il refuse de répondre aux questions du Grand-Prêtre sur ses disciples et sa doctrine. « J’ai parlé ouvertement au monde, lui dit Jésus ; j’ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le Temple, où se réunissent tous les Juifs, et je n’ai rien dit en secret. Pourquoi m’interrogez-vous? Demandez à ceux qui m’ont entendu ce que je leur ai dit; eux, ils savent ce que je leur ai enseigné. » A ces mots, un des appariteurs du Grand-Prêtre, qui se tenait près de lui, furieux, donna un soufflet à Jésus, en disant : « Est-ce ainsi que tu réponds au Grand- Prêtre ? »

Sur cette même joue divine, le soufflet de la colère après le baiser de la trahison; la plus grande injure après la plus grande infamie !

Mais ce n’était pas assez que l’auguste Face de Jésus eût été souillée par un premier soufflet. Condamné maintenant à mort par le Sanhédrin, et en attendant que la sentence fût ratifiée par l’autorité romaine, Jésus est conduit dans la cour de la maison du Grand-Prêtre et livré à la soldatesque et à la valetaille qui s’y tenaient. Jusqu’à l’aube du jour, il y demeura exposé aux sarcasmes, aux injures, aux coups de cette troupe désœuvrée.

Par fureur ou par dérision, tous ces gens lui crachèrent au Visage et le souffletèrent ; ils lui bandèrent les yeux, puis lui assénèrent, en manière de jeu, des coups de poing sur la tête, en lui disant avec insolence de deviner qui l’avait frappé.

Pendant plus d’une heure, Jésus fut bafoué et maltraité par toute cette canaille. Son divin Visage fut horriblement outragé et blessé.

Cracher à la face de quelqu’un, c’était, en Orient comme chez nous, le dernier degré du mépris et de l’insulte. Jésus subit les soufflets, les crachats, les coups sur la tète. Son divin Visage en fut tout meurtri, tout défiguré.

Après, Jésus est traduit devant Pilate. Il appartenait au gouverneur romain de la Judée de confirmer ou d’annuler la sentence de condamnation du sanhédrin. Sans pouvoir lui trouver aucun crime, convaincu même de son innocence, Pilate, par faiblesse, par raison politique, se résout à condamner Jésus à mort. Le supplice était celui de la croix.

èè LA VOIX DU BON-PASTEUR

Mais auparavant, le juge avait fait flageller la sainte victime, soit pour se conformer à la procédure criminelle, soit pour essayer de sauver la vie de f innocent, en excitant la compassion du peuple par le corps horriblement mutilé de l'accusé. Dans ce Cruel supplice de la flagella» tion, c’est le divin Visage du Sauveur qui eut encore le plus à souffrir.

Après avoir frappé Jésus de leurs fouets,, les exécuteurs romains, " ajoutant la raillerie à la cruauté, couvrirent le supplicié d’un manteau de dérision, pour se moquer de sa royauté, lui mirent dans la main droite un roseau en guise de sceptre, et placèrent sur sa tête une cou» roniie tressée d’épines, dont ils enfoncèrent les pointes à coups de mar» teau dans son crâne. Sur l’effigie du Saint-Suaire on voit la blessure profonde causée par l’une de ces pointes, qui perça le front et fit couler un ruisseau de sang jusqu’à l’œil. Après cela, les bourreaux lui crachèrent encore au Visage, lui donnèrent des soufflets, lui frappèrent la tête, tout ensanglantée, avec le roseau qu’ils lui avaient mis dans la main.

Et lorsque, sur le chemin du Calvaire, chargé de la croix, Jésus succomba sous le fardeau, c’est la tête qui porta le plus douloureusement, par terre, dans la chute qu’il fît. Le front, percé par les pointes " dès épines, fut de nouvèau meurtri, le nez s’écrasa et se brisa au milieu, comme on le voit dans le portrait du Saint-Suaire. Èt c’est encore le divîn Visage du Sauveur qui offrait les traces les plus sensibles de la ^ dbuléür, lorsqu’il se présenta, tout ruisselant de sueur et de sang, à la main compatissante de la pieuse femme de Jérusalem qui vint l’essuyer ' “ àb passage.” ’ : - v ’■ ’

Toute la Passion est dans la Sainte-Face. C’est du Visage de Jésus qu’a coulé d’abord le sang rédempteur ; c’est ce Visage adorable qui résume le mieux toutes les souffrances et toutes lés ignominies de la douloureuse Passion. En lui aussi resplendit le mystère d’amour dont nous voyons comme le reflet dans l’expression si calme, si sereine, si solennelle de la Face du divin Crucifié. Elle est digne de tous nos hommages, de toute notre vénération, cette Face tout ensanglantée et meurtrie et, en même temps, si miséricordieuse. Elle nous prêche éloquemment les douleurs et l’amour du Dieu fait homme pour nous, et sa vue nous rend en quelque sorte sensible l’ineffable mystère de notre rédemption. Peut-il être un meilleur prédicateur pour le Carême ?

« Si mon peuple cherche ma Face* je lui pardonnerai et je guérirai son pays. »

(Il Parai.. Vil }

REVUE DE LA SAINTE-FACE

Jésus, le Bon-Pasteur, dans l’Eucharistie

.ND je médite sur Jésus au Très Saint Sacrement, le titre què aime surtout à lui donner et qui me semble le plus touchant, c’est celui de Bon-Pasteur. N’est-ce pas le titre que s’est donné Jésus Lui-même pendant sa vie mortelle? Ne l'a-t-il pas réalisé admirablement aux jours de son passage bienfaisant sur la terre ? Ne le mérite-t-il pas encore sous les voiles eucharistiques, dans le Sacrement et le Sacrifice de nos autels ?

Le bon pasteur conduit ses brebis, les nourrit, les défend et s’expose pour elles à la mort. A ces traits, qui ne reconnaîtrait le Dieu du Tabernacle, de l’Autel et de la Table sainte ? C’est pour être « toujours avec nous jusqu’à la consommation des siècles » qu’il a inventé la merveille des merveilles : l’Eucharistie. C’est pour nous guider, nous soutenir, nous relever, nous consoler, nous sanctifier, nous conduire au Paradis qu’il est là. « Je ne vous laisserai pas orphelins », semble-t-il nous répéter chaque matin. Me voici près de vous. Partout où vous serez, vous me trouverez, veillant sur vous jour et nuit ; je marcherai devant vous, je vous ouvrirai le chemin ; vous n’aurez qu’à me suivre, me suivre partout, me suivre toujours, pour arriver à la béatitude, car « je suis la voie , la vérité et la vie. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres ». Me voici avec vous non seulement pour vous guider, mais encore pour vous nourrir de ma propre chair et de mon propre sang, pour vous communiquer ma vie divine et vous donner le gage et l’assurance de la vie bienheureuse du Paradis.

Le bon pasteur conduit ses brebis dans les gras pâturages ; mais quel est celui qui les a jamais rassasiées de sa substance et abreuvées du sang de ses veines ? Si bon que soit le pasteur, il se sert de ses brebis, il leur demande leur toison, il en retire du profit, s’en fait des vêtements. Un jour vient où la brebis elle-même devient, au prix de sa vie, l’aliment de son pasteur.

Il n’en est plus ainsi du divin Pasteur, de Jésus dans l’Eucharistie. C’est en donnant sa propre vie qu’il s’est fait notre salut et notre rançon ; et c’est en s’immolant chaque jour qu’il devient le Pain vivant de nos âmes et notre force victorieuse contre les ennemis de notre salut.

Faut-il rappeler la tendresse, la miséricorde du divin Pasteur pour

LÀ VOïk DU BGN-PÀSfEÜi*

la brebis qui s’égare, qui s’éloigne imprudemment du troupeau? Où trouver une page plus touchante que la page évangélique dans laquelle Jésus nous a révélé l’infinie délicatesse de son Cœur pour cette infortunée brebis qui, loin de Lui, n’a trouvé que le malheur et s’est douloureusement blessée en quittant la houlette protectrice d’un si bon Maître ? Le voilà à sa recherche, à sa poursuite à travers les sentiers épineux et les chemins escarpés. Il ne s’arrête qu’au moment où il l’a retrouvée. C’est pour lui pardonner, panser ses blessures, la prendre sur ses épaules et la ramener, triomphant, au bercail.

La fatigue et les souffrances du retour vont être sans doute, pour la brebis retrouvée, une juste expiation, quoique légère encore, de ses fautes passées. Et pourtant non, le Bon-Pasteur ne veut pas qu’il en soit ainsi et il pousse plus loin son amour pour sa brebis infidèle. Il ne veut pas qu’elle se lasse à parcourir ces routes. S’il faut qu’une souffrance, qu’une lassitude expie, ce sera Lui qui la supportera. Il prend la fugitive dans ses bras, la réchauffe contre son Cœur, lui donne des privilèges et des caresses qu’elle n’avait pas reçus aux jours de son innocence.

Quel est le pécheur repentant qui n’a pas senti cette amoureuse compassion du Cœur de Jésus, notre Bon-Pasteur ?

Après tant de bonté et de tendre délicatesse de Jésus, notre Bon- Pasteur, au Sacrement de l’amour où II continue de s’immoler pour les brebis de son bercail, ayons un cœur de feu pour Lui dire notre reconnaissance, accourons à Lui, réchauffons-nous sur son cœur et demeurons-Lui fidèles.

La mort de N. S. P. le Pape Pie XI et l'élection de son Successeur

La chrétienté est en deuil. Jésus vient d’appeler à Lui son Vicaire visible sur cette terre. Tous les enfants de la Sainte Eglise sont en prière pour l’âme du Souverain Pontife et du Père commun qui vient de les quitter, après s’être héroïquement dépensé au service de l’Eglise et du monde.

Lecteurs, Associés, Zélateurs, Propagateurs, Bienfaiteurs, unissons nos prières filiales pour le grand Pape disparu et nos supplications en vue de l’assistance du Saint-Esprit dans l’élection prochaine du nouveau Vicaire de Jésus-Christ.

Veni, sancte Spiriius.

^Niw/?U7 1. — Le bonheur n’est pas un vain mot.

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1 ' Le bonheur est un mot qui existe dans toutes les lan-

/ U I gués et qui, chez tous les peuples, correspond à une même ' 1 pensée, à un même sentiment, à un même désir.

On pourra faire disparaître du langage humain bien des mots ; on n’effacera jamais celui-là du cœur de l’homme.

On vit pour être heureux. On désire les biens et les jouissances de ce monde, dans l’espérance d’y trouver le bonheur. On ne se donne tant de peine ici-bas, que pour acquérir une plus grande somme de bonheur.

Un bien si universellement et si ardemment désiré ne peut être une chimère. Un besoin si intime du cœur humain ne peut pas ne pas répondre à une destinée.

Il y a sans doute des degrés et des mesures diverses dans la coupe du bonheur, où vient s’abreuver l’humanité ; il appartient à chacun de se contenter de son propre bonheur et de savoir employer les vrais et justes moyens de se le procurer.

2. — Tous les êtres aspirent naturellement à un bonheur qui leur est propre.

La notion du bonheur n’est pas la même pour tous les êtres de la création, mais aùcune ne se conçoit sans la réalisation de sa fin et de sa destinée. C’est ainsi qu’improprement parlant, les êtres inintelligents et même inanimés sont heureux à leur manière. Leur bonheur consiste à atteindre le but de leur existence. Ils n’en sont pas conscients, mais ils nous offrent en cela un exemple du bonheur humain, qui ne mérite ce nom que dans la mesure où il est ordonné vers la fin dernière de l’homme.

Tout dans la nature a une destinée, et lorsqu’elle est atteinte, on peut dire que l’être créé est pleinement satisfait.

Le brin d’herbe est heureux parce qu’il est ce que le Créateur l’a fait. La fleur qui s’épanouit, le soleil qui rayonne, les astres qui brillent au firmament sont heureux, parce que telle est leur destinée.

Y a-t-il rien qui parle de gaieté comme l’oiseau qui voltige dans l’air ? Et pourquoi, si ce n’est parce qu’il est fait pour voler,

Ce qui revient à dire qu’une fois qu’un être a atteint sa fin, il n’y a plus place en lui pour autre chose ; la nature est satisfaite, et le Créateur prend sa gloire dans la perfection relative de chaque être.

Il n’y a pas d’autre loi de bonheur pour l’homme. Désirer être heureux, c’est tendre vers sa fin ; être heureux, c’est l’atteindre. Toutes les autres conceptions du bonheur sont fausses et illusoires.

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