‹ La Voix du Bon-PasteurChapitre 72 sur 88 · LE SAINT-SUAIRE DEVANT L’HISTOIRE · texte numérisé non relu

LE SAINT-SUAIRE DEVANT L’HISTOIRE

Evangile

C’est par les récits évangéliques que le linceul de Turin s’introduit dans l’Histoire. L’on ne saurait désirer entrée plus glorieuse.

« Et ayant reçu le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul (sindon) 1 propre. » (S. Matthieu, xxvii, 59.)

« Joseph, ayant acheté un linceul et descendant Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le posa dans un sépulcre qui avait été creusé dans la pierre, et il roula une pierre à l’entrée du sépulcre. » (S. Marc, xv, 46.)

« Et il (Joseph) l’enveloppa dans un linceul après l’avoir descendu et le posa dans un sépulcre taillé, où personne n’avait encore été mis. » (S. Luc, xxiii, 53.)

« Ils prirent donc le corps de Jésus et l’enfermèrent dans des linges avec les aromates, ainsi que la coutume est aux Juifs d’ensevelir. » (S. Jean, xix, 40.)

Age apostolique

De toute évidence le linceul du Christ dut être caché par ceux qui le retrouvèrent au sépulcre.

Aux yeux des Juifs, ce tissu maculé et sanglant, en tant que linge sépulcral, était impur.

Les Apôtres prêchaient bien aux Gentils, païens d’hier, un Dieu crucifié, mais pendant de longs siècles nul n’osera le représenter sur son gibet. Montrer son suaire à l’image apparemment informe aurait été un scandale.

1 Un sindun est un tissu de lin.

LA VOIX DÛ feÔN-ÛASTEÜfc

Byzance

Le suaire « depuis les temps de Constantin, Théodose et Justinien, est conservé parmi les trésors enfermés dans la chambre impériale même, où personne ne pénètre. »

En 1204, Robert de Clary qui l’y a vu, écrit que le suaire était exposé tous les vendredis à Sainte-Marie des Blachernes, mais que dans le pillage qui suivit la prise de Constantinople par les Croisés « nul ne seut que chis sydoines devint ». Peut-être l’un des principaux barons de la Croisade : Othon de la Roche, caserne justement aux Blachernes, auraitil été en mesure de le dire.

En France

La tradition de l’Église de Besançon veut que la relique ait été donnée par Ponce de la Boche, père du précédent, à l’archevêque Amédée de Tramelav. — L’église Saint-Étienne de Besançon est la proie des flammes en 1349, une partie de ses trésors est détruite tandis que l’autre disparaît. — La châsse qui l’aurait contenu alors est au musée de Besançon.

Quoi qu’il en soit Geoffroy Ier de Charny, porte-étendard du Roi de France, ayant fondé, en 1353, une collégiale à Lirey près de Troyes, le Saint-Suaire actuellement vénéré à Turin y est déposé. Personne n’a jamais contesté cette filiation.

Les foules accourent à Lirey de tous les points de l’Europe, l’autorité ecclésiastique s’émeut et demande en vain aux chanoines d’indiquer l’origine de la relique qui semble bien être le fruit d’un larcin. Une série de procès s’ouvre ; le Roi de France et le Pape d’Avignon s’en mêlent.

Pour le préserver des désastres de la Guerre de Cent Ans, les chanoines confient le précieux linge, en 1418, à Humbert de la Boche, époux de Marguerite de Charny, petite-fille de Geoffroy Ier. Après la mort de son époux, elle voyage avec le Suaire à travers la Belgique et la France et finalement le cède à Anne de Lusignan, épouse de Loffis Ier, duc de Savoie, résidant à Chambéry.

Le Saint-Suaire devint donc, en 1452, propriété de la Maison de Savoie, actuellement régnante en Italie.

En 1532, l’incendie de la Sainte-Chapelle de Chambéry faillit détruire la relique qui garde de nombreuses traces du sinistre. Deux ans après, les Cjarisses de la ville réparèrent par des pièces de tissu, les trous faits par le feu.

En Italie

Saint Charles Borromée, ayant promis de faire à pied le pèlerinage du Saint-Suaire, si la peste qui ravageait Milan cessait, voulut accom-

REVUE DÉ LA SAINTE-FACE

plir son vœu en 1578. Pour lui éviter un pénible voyage, le duc de Savoie fit transporter la relique à Turin qui, depuis lors, y resta.

Le Suaire, abrité dans une somptueuse chapelle construite spécialement par le P. Guarini en 1694, y est encore enfermé dans un coffret placé sur l’autel, caché aux regards. Il n’en est que rarement extrait puisque les dernières ostensions datent de 1898, 1931 et 1933.

(A suivre .)

Nous (levons à l'obligeance de M. Antoine Legrand, membre de la Commission du Saint-Suaire, la publication de cet article et de ceux qui lui feront suite, tous extraits de la précieuse brochure qu’il a éditée sur le Saint-Suaire, et qui est en vente à la Procure du Carmel, 85, rue des Saints-Pères, à Paris.

Deux manières de souffrir

L y a deux manières de souffrir : souffrir en aimant et souffrir sans aimer. Les saints souffraient tout avec patience, joie et constance, parce qu’ils aimaient. Nous souffrons, nous, avec colère, dépit et lassitude, parce que nous n’aimons pas.

Si nous aimions Dieu, nous aimerions les croix, nous les désirerions, nous nous plairions en elles. Nous serions heureux de pouvoir souffrir pour l’amour de Celui qui a bien voulu souffrir pour nous.

Vous dites que c’est dur? Non, c’est doux, c’est consolant, c’est suave : c’est le bonheur !... Seulement il faut aimer en souffrant, il faut souffrir en aimant.

Oh ! que les âmes qui sont tout à Dieu dans la souffrance éprouvent de douceur ! C’est comme du vinaigre dans lequel on met beaucoup d’huile : le vinaigre est bien toujours vinaigre, mais l’huile en corrige l’amertume, et on ne le sent presque plus.

Il n’y a d’heureux dans ce monde que ceux qui ont le calme de l’âme : au milieu des peines de la vie, ils goûtent la joie des enfants de Dieu...

Toutes les peines sont douces quand on souffre en union avec Notre Seigneur...

Souffrir, qu’importe? Ce n’est qu’un moment. Si nous pouvions aller passer huit jours dans le ciel, nous comprendrions le prix de ce moment de souffrance. Nous ne trouverions pas de croix assez lourde, pas d’épreuve assez amère...

Les épreuves, pour ceux que Dieu aime, ne sont pas des châtiments, ce sont des grâces...

L,e saint Curé d'Ars

Le Genre humain et les Philosophes

En ce temps-là, le Genre humain tout entier (celui qui a été, celui qui est, celui qui sera) se réunit en une grande plaine. Et il y convoqua tous les Philosophes présents, passés et à venir.

Et le Genre humain parla ainsi aux Philosophes : «J’ai lu tous vos ouvrages. Oui, tous. Et je dois dire que je m’y suis effroyablement ennuyé. J’en bâille encore. »

Le Genre humain baillait en effet, et rien n’était plus terrible à entendre que ce bâillement de genre humain.

Il reprit en ces termes : « J’ai donc lu tous vos ouvrages, afin de pouvoir répondre à cette grande question qui me tient en fièvre et en angoisse : Qu’estce que la Vérité ?

« Et après les avoir lus et relus, je me suis trouvé en de lugubres et épouvantables ténèbres. J’en savais moins qu’avant.

Je vous ai donc convoqués pour vous poser de nouveau le grand problème qui m’agite et pour vous adresser trois demandes. Veuillez, si vous le pouvez, m’écouter en silence. »

Les Philosophes écoutèrent, et le Genre humain leur dit : « Je veux tout d’abord (j’ai bien le droit de vouloir, je suppose), je veux un livre, un petit livre, de dix ou vingt pages, qui contienne toute la vérité sous une forme très élémentaire et tout à fait transparente ; un petit livre qui puisse se mettre en poche et ne coûte que dix centimes ; un petit livre qui soit également à la portée du penseur, du poète, et aussi de ces multitudes vulgaires qui vivent uniquement de la vie pratique et matérielle. Tel est le Livre, telle est la Leçon que je veux. »

Les Philosophes se regardèrent avec stupeur, et se dirent d’un commun accord : « Est-il bête, ce Genre humain ! Il est certain que nous ne possédons pas la Vérité. Mais, si nous la possédions, nous ne la vendrions pas si bon marché. »

Et plusieurs d’entre eux commencèrent à s’effacer et à disparaître.

Le Genre humain, sans les voir, continua en ces termes : « Non seulement je veux que vous me donniez la Théorie ; mais je prétends que vous m’offriez l’Exemple.

«Non seulement je veux un petit livre populaire, qui contienne toute la Vérité en dix pages et qui la vulgarise universellement dan6 le temps et universellement dans l’espace ; mais je veux que quelqu’un vienne un jour m’offrir ici-bas l’exemple de toutes les vertus qui sont enseignées dans ce petit livre.

« Et je veux que cet exemple puisse être aisément imité par l’Homme, par la Femme et par l’Enfant, par ces trois membres augustes de la Trinité humaine.

« Pouvez-vous me donner le Livre ? Pouvez-vous me donner l’Exemple ? »

Les trois quarts des philosophes avaient déjà disparu. Et le Genre humain, qui s’en aperçut, commença à être triste dans soq cœuï\

« Ce n’est pas tout, dit-il encore. Non seulement il me faut une Leçon ; non seulement il me faut un Exemple immortel; mais j’ai encore besoin d’une immortelle Institution qui réponde tout à la fois à ces trois idées : Science, Richesse et Dévoûment ;

« Une Institution qui s’appuie sur la Science, qui mette la Richesse à son service et qui ait le Dévoûment pour essence ;

« Une Institution qui garantisse et perpétue la Leçon et l’Exemple, en les rendant éternellement vivants. »

Quand le Genre humain eut achevé ces mots, il jeta un regard sur les Philosophes ;

Épouvantés, tous s’étaient enfuis.

Alors le Genre humain, le pauvre Genre humain se mit à fondre en larmes. Un sanglot de Genre humain !

Et il se roulait par terre, désespéré de ne pouvoir posséder la Vérité aimée, et de n’avoir ni la Leçon, ni l’Exemple, ni l’Institution.

Et comme il était ainsi perdu dans sa douleur, il aperçut soudain, en je ne sais quel coin, une espèce d’homme, vêtu d’une espèce de blouse, qui portait sur ses épaules une espèce de poutre, un gros morceau de bois tout sanglant. Cette poutre était traversée d’un autre morceau de bois. Comme qui dirait une croix.

Et l’Homme avait ses beaux cheveux blonds tout couverts de sang. Le sang lui tombait sur les yeux. Le sang coulait à grosses gouttes sur tout son corps.

Et il regardait le pauvre Genre humain si doucement, si doucement, si doucement 1

Puis il s’avança : avec quelle lenteur, avec quelle majesté ! Il marchait, portant le bois énorme. Et il dit d’une voix si tendre, si tendre : « Tu veux la Vérité ? Je te l’apporte.

« Tu veux un petit livre qui contienne en dix pages toute la Vérité et qui soit compris de tous. Tiens : prends ce petit livre. »

Et à la première page, le Genre humain lut : Catéchisme.

L’Homme continua : « Tu m’as demandé non seulement une Leçon, mais un Exemple vivant. Tiens : regarde-moi. Je suis ton Dieu qui s’est fait homme pour t’offrir un type éternel et te conduire à la béatitude.

« Et enfin tu m’as demandé une Institution. Tiens, prends : voici l’Église. »

Et le Genre humain tomba à genoux et adora Jésus-Christ.

« Qui a Fait le diable ? »

On demandait un jour aux trois enfants de M. de Genoude, Henri, René et Gui : « Qui a créé les anges? » La réponse était aisée : « C’est Dieu. » — « Mais qui a créé le diable ?» Là était la difficulté. René ne veut pas que ce soit encore Dieu ; le petit Gui, qui ne manque pas de malice, ne sait trop si ce n’est pas de lui qu’on veut parler ; Henri réfléchit, et il s’écrie, comme un inspiré ; « C’est Dieu qui l’a fait ange, et c’est lui qui s’est fait diable ! »

IiE TESTAJVIE[4T DE JÉSUS

Discours radiodiffusé le Jeudi-Saint dernier, par le R. P. Directeur de la Congrégation de la Fraternité Sacerdotale au Canada .

faire saisir des réalités surnaturelles, des enseignements abs- ,its, pour faire aimer d’austères vertus, les écrivains sacrés se 'vent souvent de comparaisons, de figures, d’images frappantes, ms Lui-même a largement usé de ce procédé : Il est la vigne, nous sommes les branches ; Il nous montre la grâce comme une eau jaillissante, qui rafraîchit, qui désaltère. Ses apôtres seront des pêcheurs d’hommes, des moissonneurs. C’est un besoin de notre nature de passer du connu à l’inconnu, du concret à l’abstrait. C’est sans doute cette pensée qui a inspiré de me demander de vous parler de l’Eucharistie en tant que Testament de Jésus.

Ce mot est en effet très suggestif de pensées touchantes, de saisissants rapprochements. Sans vouloir trop presser l’analogie, je vous dirai :

1° — Combien touchant est le testament de Jésus ;

2° — Combien précieux l’héritage qu’il nous a laissé et qui est Luimême, comme ami, comme pain, comme victime.

Combien touchant est le Testament de Jésus

Rien de solennel comme un testament ; si le testateur est un grand homme, il se lègue tout entier : « Mon corps à l’Irlande, disait O’Connell ! Mon cœur à Rome ! Mon âme à Dieu ! » Si l’on est riche, on lègue des terres, de l’argent, de l’or. Si l’on n’a rien, si l’on est un pauvre roi dépouillé comme Louis XVI et que l’on rencontre sur le chemin de la mort un vieux serviteur tout en larmes, on arrache une poignée de ses cheveux blanchis, on les lui donne comme on ferait d’un trésor et l’on meurt moins désolé. Voilà ce que fait l’homme. Que fera lTIomme-Dieu ?

Au soir du Jeudi-Saint, au moment où II va mourir, Il se rappelle qu’il est Père et II fait Lui aussi son testament. Les préparatifs en sont grandioses : un banquet dans une haute et vaste salle ornée de riches tentures. <( Cœnaculum grande , stratum. »

Il fait nuit. Les flambeaux sont allumés. Jésus prend la place du père de famille. Sous le coup d’une émotion profonde, Il épanche son âme en des paroles tout imprégnées d’affectueuse mélancolie : « J’ai désiré d’un grand désir de manger cette Pâque avec vous. » C’est la dernière qu’ici-bas ils mangeront ensemble. La prochaine sera la Pâque éternelle dans le royaume du Père. « Mes petits enfants, je m’en vais,

REVUE DE LA SAtNTE-VACÉ

mais je vous reviendrai et je vous prendrai avec moi. Je m’en vais, mais je vous enverrai un consolateur. Demeurez dans mon amour, aimez-vous les uns les autres, comme moi je vous ai aimés... »

Quels adieux ! quelles promesses et quelles divines assurances du prochain et éternel revoir! Tout cela fait partie du testament, mais comme la préface fait partie du livre. La préface est, sublime. Que sera-ee donc du testament lui-même ?

Ecoutez saint Paul nous en donner le texte : «Jésus, dans la nuit où II fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâces, le rompit et dit : « Prenez et mangez : ceci est mon corps qui sera livré pour vous, faites ceci en mémoire de moi ». De même, après avoir soupé, il prit le calice et dit : « Ce calice est le nouveau testament en mon sang; faites ceei, toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi. » (I Cor., xi, 51-26).

Vous doutez qu’il s’agisse du testament de Jésus? Ecoutez encore saint Paul : « Et c’est pour cela qu’il est médiateur d’une nouvelle alliance, afin que, sa mort étant intervenue pour le pardon des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui ont été appelés reçoivent l’héritage éternel qui leur a été promis. Car là où il y a un testament, il est nécessaire que la mort du testateur intervienne. Un testament, en effet, n’est valable qu’en cas de mort, puisqu’il n’est jamais en vigueur lorsque le testateur est en vie. » ( Héb ix, 15.) Est-ce assez clair? Je trouve dans ce mot de testament, je ne sais quoi qui me frappe, qui m’attendrit. C’est l’assurance de mon héritage, mais il faut qu’il en coûte la mort à Celui qui le fait.

Il y a des testaments dont la loi est qu’ils soient écrits de la main du testateur; la loi du testament de Jésus-Christ, c’est qu’il devait être confirmé et comme tout écrit de son sang.

Chateaubriand a dit qu’un Français ne devrait jamais entendre sans verser des larmes le testament de saint Louis. Que dire du testament de Jésus ?

Combien précieux l’héritage que Jésus nous a laissé et qui est Lui-mème, comme ami, comme pain, comme victime

O Jésus, qu’est-ce que Vous pourrez bien nous donner? Vous n’avez rien. Né dans une étable, il Vous faudra encore emprunter un tombeau pour être enseveli. Durant trente ans, ouvrier sans ressources, Vous avez gagné votre vie à la sueur de votre front. Depuis trois ans Vous êtes à la charité publique.

« Ceci est mon corps, dit— Il , ceci est mon sang», voilà notre héritage. Une Hostie, un Calice, le Corps de Jésus, son Sang; sa sainte humanité, tout Lui-même. II n’a pas d’héritage matériel à nous laisser,

mais par un miracle de son amour et de sa toute-puissance, Il invente l’Eucharistie. Ainsi, un peu de pain, un peu de vin, quelques paroles, et Dieu reste parmi nous.

Mais dans quel endroit privilégié du monde s’opérera, se renouvellera ce prodige? Sera-ce à Jérusalem? ou à Rome? ou bien successivement dans chaque grande cité de la terre ?

Ce sera Jérusalem, ce sera Rome, ce sera chaque grande cité, ce sera chaque bourgade, le moindre village où il y aura un prêtre consécrateur et un autel ; ce sera une basilique de marbre, d’argent et d’or ou une pauvre église de branchage perdue au fond des forêts. Et là, Jésus sera tout à la fois notre compagnon dans le tabernacle, notre pain par la communion, notre intercesseur par le sacrifice de la messe.

Arrêtons-nous un instant à Le considérer sous ce triple aspect. Et d’abord, comme compagnon dans le tabernacle, disons plutôt comme frère, comme père, car ces titres Lui conviennent admirablement.

Jésus souffrait de devoir nous quitter, Il se voulait à côté de nous pour nous dire : « Venez à moi, vous tous qui souffrez et ployez sous le poids de vos misères, et je vous soulagerai. Je suis la voie, la vérité et la vie. »

Pour des parents aimants, il n’est pas de plus grande douleur à leur dernière heure que la pensée des enfants qu’ils vont laisser, surtout s’ils sont encore faibles et petits.

Il en fut de même pour le cœur le plus saint et le plus aimant qui ait jamais battu dans la poitrine d’un être humain. Quelques heures avant sa mort, au Cénacle de Jérusalem le regard du Sauveur glissa triste et grave d’un apôtre à l’autre ; il vit en esprit les millions d’enfants rachetés par sa croix jusqu’à la fin des temps et une pensée le saisit : « Comme ils sont faibles et petits, je ne veux pas les quitter, car ils ont besoin de moi. Et je les aime tant, mes enfants ! » Oh ! comment expliquer que tant d’amour ne soit pas aimé ? Comment expliquer que nos églises restent si souvent désertes ?

Mais ce n’est pas là le seul besoin de son Cœur; son amour le pousse plus loin. Il veut venir en nous, se faire l’aliment de nos âmes, devenir le pain quotidien qu’il nous invite à demander à notre Père des deux, et dont II avait annoncé Lui-même la merveilleuse efficacité : « Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts... Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. » Voilà pourquoi après avoir dit : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang», II ajoute : « Prenez et mangez, buvez-en tous ».

Avez-vous entendu? Et vous ne pleurez pas de joie? Avons-nous des cœurs de bronze pour être ainsi insensibles à d’aussi touchants

kkvufe DÉ LA SAINÏE-FAÉE

bienfaits? Pour Jésus-Christ, il n’y a ni passé, ni présent, ni futur. Il nous connaissait tous à la Cène et II nous a réservé, non pas une Hostie, mais cent, mais mille, mais pour tous les jours de notre vie. Y pensons-nous ?

L’histoire d’un morceau de pain vous dira le prix de ce pain céleste. Il faut que le froment soit jeté en terre et qu’il y reste enseveli de longs jours. Lorsqu’il a germé, on le voit apparaître dans le sillon, frêle tige d’herbe en proie aux intempéries. Les vents l’agitent, les orages le secouent, le soleil le brûle. Il tombe sous la faux du moissonneur. On le lie en gerbe. On le bat dans l’aire. On le crible au vent. La meule le broie, la main le pétrit. On le passe au feu.

X’est-ce pas de la sorte que le Fils de Dieu, né de la femme, a voulu être traité pour devenir le froment des élus? Né à Bethléem, Il a été lié dans sa Passion, battu, pétri, broyé, criblé sous l’action du monde et de Satan, desséché sur la croix par le feu-de ses souffrances et plus encore par la flamme qui consumait son Cœur. Oh ! le pain précieux ! On dit : le pain est cher. Qu’est-ce que cela en comparaison du pain céleste, du pain de vie? Et nous perdrions une communion par notre faute?

Hélas ! il faut l’avouer, tant d’amour n’est pas encore suffisant pour nous garder fidèles. Jésus le savait. Aussi II a voulu que nous ayons toujours à notre disposition une victime à présenter au Père céleste pour obtenir le pardon de nos fautes. Après s’être offert une fois sur le Calvaire, en proie à des douleurs inénarrables, Il continue à s'offrir sur nos autels.

Au moyen âge il souffla sur l'Europe un vent de foi et d’amour ardent qui inspira aux chrétiens la résolution de conquérir les Lieux Saints alors en possession des Mahométans. On vit un roi de France, saint Louis, quitter son royaume avec une nombreuse armée. Après des succès marquants, il tomba aux mains de ses ennemis qui consentirent à le mettre en liberté, mais à la condition qu’on paierait pour lui une énorme rançon. Tenant saint Louis, les Sarrazins pouvaient tout exiger des F ram çais. Eh ! bien, il en est ainsi de la Messe, nous pouvons obtenir toutes les grâces dont nous avons besoin. Nous pouvons dire au Père céleste : « Donnez-moi les grâces donl j’ai besoin et je vous paierai avec Jésus- Christ qui m’appartient. C’est mon bien, je puis en faire commerce, et toutes vos grâces, votre gloire, ô Père saint, sont inférieures à ce prix. »

Et pourtant, rien n’est fragile comme une Hostie ! Comment Jésus pourra-t-Il s’en couvrir pendant des siècles? «Faites ceci en mémoire de moi », dit-Il ! C’est le Sacerdoce institué. Les Prêtres seront comme des exécuteurs testamentaires, des tuteurs chargés de veiller sur notre héritage et de nous le remettre en temps opportun. A la suite de leur Maître, ils diront sur le pain et sur le vin : « Ceci est mon corps, ceci

est mon sang», et Jésus obéissant à leur voix se rendra présent sous les espèces sacramentelles. Pouvoir merveilleux, puissance divine, union ineffable !

Oh ! qu’il est précieux, notre héritage, qu’il est beau le testament de Jésus ! Il nous donne le Sacerdoce, il nous assure l'Eucharistie* et par elle, le meilleur des amis, le pain le plus savoureux, la victime la plus agréable à Dieu. C’est au moment de mourir qu’il le fait, pridie quant pater etur ; c’est la nuit où II était livré, in qua nocte tradebatur. Les hommes ne peuvent le supporter : « enlevez-Le, enlevez-Le », rugissentils. Et Lui ne peut les quitter. Oh ! intensité de l’amour du Cœur de mon Sauveur. Nous, du moins, aimons-Le.

On dit que certaines fleurs ne perdent jamais de vue les rayons du soleil. Aux premières lueurs de l’aurore, elles entrouvrent leur calice et le penchent vers l’Orient, pour boire la lumière à son apparition et saluer l’astre du jour qu’elles suivent avec amour dans sa course aérienne. Elles ne le quittent jamais, elles le contemplent toujours, elles lui offrent sans cesse leurs pétales, leurs couleurs, leur beauté, et leur parfum ; et quand le soleil bienfaisant descend, s’efface et disparaît à l’horizon, elles referment doucement leurs corolles comme pour se recueillir et savourer encore, dans la contemplation et le silence de la nuit, les rayons aimés qui les ont réjouies et qu’elles ont respirés pendant le jour.

Que ce soient les dispositions de nos âmes à l’égard de Jésus- Hostie !

Le dernier voyage d’un "Marin

La mort n’effraie pas le Breton qui croit. Il lui semble, tout simple; de ; partir, ^ -puisque le bon Dieu le veut et que l’on s’en va vers Lui.

Un vieux marin allait partir pour son dernier voyage ; mais, par une grande faveur du bon Dieu, celui-là mourait dans son lit.

Il mourait sans se plaindre, en homme habitué aux bourrasques.

Le matin, le vieux brave avait reçu le saint Viatique.

Vers le soir, le prêtre revint de nouveau pour le voir, et, s’il en était besoin, pour le consoler et l’encourager. Il le trouva haletant, mais résigné.

— Vous êtes prêt, lui dit-il, à affronter le grand passage?

— Tout prêt, mon Père.

— Et vous n’avez pas peur du tout ?

— Moi ?... peur de quoi ?

Et montrant sa poitrine où son Dieu était descendu, le mourant sourit doucement et ajouta :

— Le Pilote est à bord, de quoi donc aurais-je peur ?

REVUE DE LA SAINTE-FACE

L’ Assomption et le Couronnement de la Très Sainte Vierge

arie reçoit, en ce jour, la récompense de ses vertus, le fruit de son sacrifice, de ses souffrances et de son amour.

Elle est au Ciel, dans la gloire, mais Elle n’a pas perdu le titre de Mère que Jésus lui donna, du haut de la croix, avant de mourir.

Elle nous aime comme ses enfants et ne cesse pas de nous protéger. Avec quelle confiance ne devons-nous pas réclamer son secours !

« Si les vents orageux des tentations s’élèvent dans votre âme, dit saint Bernard, si vous donnez contre les écueils des tribulations, regardez votre Etoile, ayez recours à Marie.

« Au milieu des dangers, au milieu des angoisses et des perplexités, pensez à Marie, invoquez Marie.

« Que son nom soit sans cesse dans votre bouche, qu’il soit profondément gravé dans votre cœur.

(( Si elle vous protège, vous n’avez rien à craindre ; si elle vous est propice, vous arriverez au port du salut. »

LA VOIX DU BON-PASTEijR

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Pourquoi souffrir

Cette question que se posent également et les mondains et les inconscients, et parfois les gens les mieux intentionnés, et même les âmes qui font profession de piété, vient de ce qu’il y a dans l’âme humaine un désir inné de bonheur qui semble ne pouvoir s’accorder avec cette nécessité de la souffrance qui s’impose à tous les hommes. En réalité, qui ne souffre pas et qui n’a pas souffert ? L’enfant au berceau souffre, sans qu’il en ait conscience ; mais la souffrance le saisit en entrant dans la vie et se constitue sa compagne inévitable pour le reste de son existence. Leviellard, avant d’entrer dans latombe, repasse amèrement dans sa mémoire la chaîne ininterrompue de toutes ses douleurs. Du berceau à la tombe, la souffrance veille sur les générations qui passent et elle exerce sur elles son empire absolu. D’où lui viennent donc ces droits tout-puissants et cette domination universelle ? Car si je parcours le monde, je vois que tous, grands et petits, riches et pauvres, justes et pécheurs, personne n’échappe à la souffrance.

Je comprends que les coupables doivent être punis, que les méchants n’ont pas droit à la commisération, et que tout péché mérite un châtiment. Mais j’observe que les justes sont souvent les plus éprouvés, que les innocents semblent payer pour les autres et que les plus vertueux sont parfois les plus persécutés. Bien plus, si je m’approche de l’âme des saints, je pénètre dans de vrais abîmes d’épreuves et de douleurs.

Il y a forcément une explication à ce prétendu mystère ; et c’est Jésus qui nous en révèle l’intelligence et la vérité.

Pourquoi souffrir ? Si j’ai péché, je le sais. Si j’ai transgressé la loi, je dois en subir les conséquences. Si j’ai méconnu les droits souverains de Celui qui m’a créé et m’a racheté, il est juste que je lui donne une réparation. Si j’ai offensé mon divin Bienfaiteur, je ne puis éviter l’expiation.

RÈvtjE DE LA SAINTE-FACE

Pourquoi souffrir? Si, sans pécher gravement, j’abuse quand même des grâces de Jésus , je 11e puis prétendre n’avoir pas à porter les conséquences de mes infidélités. Si je viole d-es engagements que j’ai pris librement, comment n’en pas subir les tristes résultats ?

Pourquoi souffrir? Si j’ai été l’objet des attentions délicates de Jésus et si je reçois chaque jour de nouveaux témoignages de sa bonté, sans qu’il y ait de ma part, par ma vie de fidélité et d’amour à son service, une réponse généreuse à ses avances et à ses miséricordes, pourrais-je être étonné que Jésus se charge Lui-même de me faire expier, par la souffrance sous toutes ses formes, mes indélicatesses et mes ingratitudes ?

Pourquoi souffrir? Mais cette question 11e peut se poser, si je considère Jésus entrant dans notre pauvre humanité, si je Le vois pauvre, souffrant et humilié pendant toute sa vie mortelle, si je Le regarde marchant au Calvaire et s’y faisant crucifier.

Tout en Lui me parle de souffrance : et II est mon Maître. Tout en Lui m’invite à la souffrance : et je suis son disciple. Son amour L’a conduit à la mort : je dois mourir avec Lui. Son sang m’a purifié : je dois mêler mon sang au sien, pour opérer les mêmes œuvres de salut.

Ces quelques considérations qui éclairent si brillamment le mystère de la souffrance, vous les avez sûrement faites bien souvent. Aussi, ne doit-il y avoir aucun doute pour vous sur l’obligation sacrée de la souffrance, sur le motif divin de la souffrance, sur le terme final où vous conduira la souffrance.

Souffrez pour réparer ; souffrez pour vous préserver et vous sanctifier ; souffrez pour ressembler à Jésus, votre Maître ; souffrez pour Lui prouver votre amour ; souffrez pour vivre à l’unisson de votre Bien-Aimé et pour mériter de retrouver en gloire immortelle là-haut tout ce que vous aurez souffert pour Lui ici-bas.

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