‹ La Voix du Bon-PasteurChapitre 73 sur 88 · UNE IDOLE ADORÉE · texte numérisé non relu

UNE IDOLE ADORÉE

« Voulez-vous que je vous guérisse de la goutte? dit un jour saint Sébastien à un préfet de Rome ; promettez-moi de briser toutes vos idoles. — Je vous le promets. » Il les brisa, en effet, une seule exceptée. La goutte continua. Le malade s’en plaignit. Le saint lui répondit qu'il fallait encore briser telle idole cachée qu’il adorait.

Que de pécheurs manquent de la contrition nécessaire, parce qu’ils n’osent briser telle idole, soigneusement cachée dans leur cœur 1 Le préfet ne fut guéri qu’après avoir exécuté complètement sa promesse.

Le salut matinal

à mon “ Prisonnier cTamour ”

dans rEucharistié

fe.ii L y a des siècles que Jésus a élu domicile parmi ^ les hommes. Il y a des années que je Le rencontre partout où je dirige mes pas et que chaque matin, à mon réveil, je Le retrouve veillant à mes côtés. Jésus-Hostie est le divin soleil de lumière et d’amour qui brille au firmament de mon âme. C’est dans ses doux et chauds rayons que le soir je m’endors et que le matin je m’éveille.

Lorsque s’ouvrent mes paupières, c’est Lui que je vois. Lorsque s’éteint le silence de la nuit, c’est Lui que j’entends. Lorsque mon esprit s’éveille, c’est Lui que je cherche.

Lorsque mon cœur se reprend à vivre, c’est Lui que j’aime. Lorsque mon âme renaît à la contemplation des choses éternelles, c’est en Lui qu’elle se fixé et demeure.

Oh ! que mon bonheur est grand, de pouvoir jouir ainsi de mon Jésus et d’être sûr de n’en être jamais dépossédé ! Que ma vie a de charmes, auprès de ce lumineux « Prisonnier » qui resplendit des divines clartés et qui baigne mon âme dans des flots de lumière, d’ardeurs et de suavités !

A mon (( Prisonnier d’amour » ma première pensée! Il y a droit, puisque c’est Lui qui me fait reprendre conscience de moi-même et qu’il est là, à mon chevet, prêt à cueillir le premier acte de mon intelligence. En me tournant vers Lui, ma pensée rencontre la sienne sortant de tous les Tabernacles qui m’entourent. Pendant toute la nuit, Il a pensé à moi. Avec quel empressement ne dois-je pas penser à Lui, dès mon réveil, et diriger mon esprit vers sa pieuse demeure !

O Jésus, soyez chaque matin ma première, douce et lumineuse pensée !

A mon « Prisonnier d’amour » le premier battement de mon cœv,r !

REVUE DE LA SAINTE-FACE

C’est Lui qui le remplit et le fait battre tout le jour ; il est juste que son premier battement soit un acte d’amour. Oh ! que le réveil est doux, quand soudain le cœur se met en mouvement vers son Bien-Aimé ! Les heures de la nuit n’ont été pour Jésus qu’un exercice continuel d’amour. Je dormais et son Cœur veillait. Le sommeil me fuit et aussitôt mon cœur veille.

O Jésus, soyez à chaque réveil mon premier et ardent acte d’amour!

A mon « Prisonnier d’amour» mon premier regard! Je L’ai fixé une dernière fois en m’endormant, et mon âme tout entière a passé dans ce regard d’amour, Comment à mon réveil ne regarderais-je pas aussitôt du côté de sa chère demeure, où je L’ai laissé la veille? A travers la porte dorée de sa « Prison », je veux L’apercevoir dès l’aurore pour Le saluer et recommencer à Le contempler. D’instinct, et avant d’avoir rien vu sur la terre, mes regards se portent dans toutes les directions où je connais des Tabernacles qui L’abritent. Oh ! comme je suis heureux que le sommeil ue ferme plus mes paupières, et que mes regards, obéissant aux mouvements de mon cœur, cherchent ainsi à découvrir partout mon Bien-Aimé.

O Jésus, n’ouvrez chaque jour mes yeux à la lumière que pour mieux Vous contempler !

A mon « Prisonnier d’amour » mon premier sourire! Plusieurs L’ont sûrement fait pleurer pendant la nuit, et je n’ai pas pu Le consoler. En attendant que je puisse Lui dire des paroles de consolation et protester de mon amour, je m’empresse de Lui sourire. Je sais qu’il connaît ce langage de l’affection et que je Lui fais plaisir. A la seule pensée de retrouver Jésus et de pouvoir encore L’aimer, le cœur s’épanouit et le sourire qu’esquissent les lèvres ressemble à la corolle de la fleur qui s’entr’ouvre pour laisser exhaler son parfum. Sourire à Jésus qui de loin me regarde, quel rayonnant salut à l’aurore d’une journée !

O Jésus, apprenez-moi à Vous sourire dès mon réveil, pour continuer à Vous plaire tout le jour !

A mon « Prisonnier d’amour » ma première parole! Parole d'adoration et d’amour, de louange et de reconnaissance, de confiance et de fidélité. Et la parole qui exprime tous ces sentiments à la fois, c’est son nom. Qu’un doux et amoureux ((Jésus» tombe spontanément dè mes lèvres, en me réveillant, comme un cri de joie et de tendresse qui aille résonner mélodieusement à la porte de sa silencieuse « Prison ».

O Jésus, que votre nom trois fois saint soit la première note du concert d’amour que je veux Vous harmoniser chaque jour !

Salut, ô Jésus de l’aurore, qui ensoleillez mes jours, me brûlez de vos feux, m’enivrez de vos charmes, me consumez de vos tendresses !

Salut, ô Jésus de mon exil, brillante aurore de l’éternelle Patrie !

Salut, ô mon « Prisonnier d’amour », qui de l’aurore au couchant et du couchant à l’aurore demeurez mon unique et éternel amour !

Les aveux d’un £rand converti

(fnjj E fus élevé chrétiennement dit l’académicien François Coppée (fin du ^il xixe siècle) ; et après ma première communion j’ai accompli mes

devoirs religieux, pendant plusieurs années, avec une naïve ferveur.

Ce furent, je le dis franchement, la crise de l’adolescence et la honte de certains aveux qui me firent renoncer à mes habitudes de piété.

Je cessai de pratiquer par mauvaise vergogne, et tout le mal vint de cette première faute contre l’humilité, qui m’apparait décidément comme la plus nécessaire de toutes les vertus.

Ce pas franchi, je ne devais pas manquer de lire en chemin bien des livres, d’entendre bien des paroles et de voir des exemples destinés à me convaincre que rien n’est plus légitime chez l’homme que d’obéir à son orgueil et à sa sensualité ; et je devins très vite à peu près indifférent à toute préoccupation religieuse.

Mon cas, on le voit, est très banal ; ce fut la vulgaire désertion du soldat las de la discipline. Je ne haïssais pas certes le drapeau sous lequel j’avais servi ; je l’avais fui et je l’oubiais... voilà tout.

Le Dieu d’indulgence et de bonté, écrit-il plus loin, me réservait mieux qu’un hâtif et tremblant repentir « in extremis » à la dernière heure.

Alors mon esprit se tourna vers les pensées graves. M’étant jugé avec une sincérité scrupuleuse, je me dégoûtai, je me fis horreur ; et cette fois le prêtre vint, celui à qui ce petit livre est dédié. Je me confessai à lui, dans les larmes du repentir le plus sincère, je reçus l’absolution avec un soulagement ineffable.

Ce prêtre est à présent l’un des hommes que j’aime le plus au monde, mon cher conseiller, l’intime visiteur et mon frère en Jésus-Christ !

Que d’hommes abandonnent la religion pour les mêmes motifs, sans avoir le courage de l’avouer! Et combien, renvoyant toujours leur retour à Dieu, sont surpris par la mort, sans avoir le temps de l’effectuer !

REVUE DE LA SAINTE-FACE

“ Vous verrez eela, capitaine ! ”

N cerlain soir que l’aumônier de Saint-Cyr avait parlé de l’enfer, la cérémonie étant achevée, il se retirait, un bougeoir à j la main, dans son appartement, lequel était situé dans une

salle réservée aux officiers. Au moment où il ouvrait sa

porte, il s’entendit appeler par quelqu’un qui le suivait dans l’escalier. C’était un vieux capitaine à la moustache grise et à l’air peu fin.

« Pardon, M. l’aumônier, dit-il d’une voix quelque peu ironique, vous venez de nous faire un bien beau sermon sur l’enfer; seulement vous avez oublié de nous dire si, dans le feu de l’enfer, on serait grillé, ou rôti, ou bouilli. Pourriez-vous me le dire ? »

L’aumônier, voyant à qui il avait affaire, regarda l’officier dans le blanc des yeux, et lui mettant son bougeoir sous le nez, lui répondit tranquillement : « Vous verrez cela, capitaine ! » et il referma sa porte, 110 pouvant s’empêcher de rire de la figure à la fois un peu niaise et attrapée du pauvre capitaine. -

Une vingtaine d’années après, le vénérable prêtre se trouvait un soir dans un salon, où il y avait nombreuse société, quand il vit venir à lui une vieille moustache blanche, qui le salua, lui demandant s’il n’était pas l’ancien aumônier de Saint-Cyr. Et, sur sa réponse affirmative : (( Oh ! M. l’aumônier, lui dit avec émotion le vieux militaire, permettezmoi de vous serrer la main et de vous exprimer toute ma reconnaissance : vous m’avez sauvé! — Moi? Et comment cela? — Eh quoi! vous ne me connaissez point ! Vous souvient-il d’un soir où un capitaine instructeur de l’École, vous ayant fait, au sortir d’un sermon sur l’enfer, une question fort ridicule, vous lui avez répondu en lui mettant votre bougeoir sous le nez : «Vous verrez cela, capitaine?... » Ce capitaine, c’était moi. Figurez-vous, que depuis lors cette parole me poursuivait partout, ainsi que la pensée que j’irais brûler en enfer. J’ai lutté dix ans, mais enfin il a fallu me rendre, j’ai été me confesser, je suis devenu chrétien à la militaire, c’est-à-dire tout d’une pièce. C’est à vous que je dois ce bonheur; et je suis bien heureux de vous rencontrer pour pouvoir vous le dire. »

Ce trait confirme une fois de plus le mot du Saint-Esprit : Souvenezvous de vos fins dernières, et jamais vous ne pécherez.

o En notre vie se rencontrent des joies qui touchent à l'extase et des douleurs qui touchent aux abîmes. La joie révèle le ciel et la douleur l’achète. »

"Marie Jenna

Pourquoi j’aime le Prrtrr

H ! pourquoi je l’aime cet homme qui porte le nom de Prêtre? — C’est parce que ce n’est plus un homme, mais un ange dans l’humanité.

Pourquoi je l’aime cet ange terrestre, dont le corps est sur la terre mais l’âme dans les deux? — C’est parce qu’il est le médiateur nécessaire entre Dieu et les hommes, et que, par ses divines fonctions, il habite plus les sphères de la divinité que les horizons de nos misères humaines.

Pourquoi je l’aime cet apôtre infatigable qui porte au front l’auréole de son Maître, allant enseigner toutes les nations ? — C’est parce que je le vois partout porter la lumière dans les esprits enténébrés, la consolation dans les cœurs endoloris, la force dans les volontés languissantes, l’espérance dans les âmes abattues, l’amour et la vie dans les êtres et les sociétés qui agonisent.

Pourquoi je l’aime ce thaumaturge que des siècles de mépris, de persécution et de haine n’ont pu découronner? — C’est parce que je l’entrevois beau de la beauté du Christ, grand de la grandeur de Celui qui, magnanime et majestueux, a su essuyer toutes les infamies et résister à toutes les haines pour accomplir sa mission et sauver les âmes.

Pourquoi je l’aime ce privilégié honoré de la plus sublime dignité qu’il y ait sur terre? — C’est parce que Jésus l’a fait « son ami » en le faisant son Prêtre, et qu’il l’a aimé d’un amour que l’esprit humain ne saura jamais comprendre et que les siècles ne pourront jamais tarir.

Pourquoi je l’aime cet être mystérieux dont la parole est créatrice et dont la puissance n’a point de bornes? — C’est parce que je contemple en lui le reflet de la divinité, qui l’a associé à son œuvre de rédemption et lui a donné le pouvoir de fermer les abîmes et de pénétrer jusque dans lé sein de l’Éternel pour en faire descendre la divine Victime dont le sang purifie les âmes et vivifie les nations.

Pourquoi je l’aime ce Christ ambulant qui rayonne sur tous les points du globe et qui, au milieu des vissicitudes humaines, ne cesse de parler des choses qui demeurent dans le pays de l’éternelle félicité? — C’est parce que son origine est divine, comme le Sacerdoce de son Maître dont il est fait participant; c’est parce que sa mission vient du ciel et

kEVUÉ DÉ LA SAlNtE-FÀCfe

qu’elle n’est que la prolongation de celle du Sauveur des hommes venu pour donner la vie, éclairer, réchauffer, fortifier et transformer les âmes ; c’est parce que son nom est au-dessus de tout nom et qu’il s’appelle Jésus , comme son maître.

Oh! pourquoi je l’aime, le Prêtre ? — C’est parce qu’il est Jésus! C’est parce que tout en lui me parle de Jésus , que je ne puis voir en lui que Jésus , que je ne reconnais en Lui que l’action, la puissance, la vie et la divine fécondité de Jésus !

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