‹ La Voix du Bon-PasteurChapitre 77 sur 88 · D’HEURE ÜE HA G^ACE · texte numérisé non relu

D’HEURE ÜE HA G^ACE

e fait suivant a été raconté dans un sermon d’Adoration perpétuelle par le missionnaire même qui en avait été témoin quelques jours auparavant.

« Une dame d’un certain âge, de passage à Paris, entrait un jour dans une église un peu isolée de la capitale. Passant dans le quartier, elle avait cédé à un mouvement de curiosité.

Il y avait bien longtemps que la pauvre chère âme n’avait franchi le seuil de la demeure de notre Dieu !... Plus longtemps encore qu’elle ne s’était assise au divin Banquet.

Entraînée dans le tourbillon des préoccupations mondaines, les jours heureux et paisibles d’une jeunesse chrétienne ne se présentaient plus à son esprit que comme un lointain souvenir !

La voilà donc visitant l’église, s’arrêtant devant les tableaux, les statues.

Elle était arrivée à une chapelle retirée. Un prêtre, vénérable vieillard à cheveux blancs, y célébrait Je saint Sacrifice. On était au moment solennel de la sainte Communion. Une personne venait de s’avancer vers la Table sainte, et le prêtre se retournait vers elle, lui présentant l’Hostie sacrée, le Pain des anges : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi.

Notre visiteuse s’était approchée. Elle avait suivi des yeux la communiante fidèle, puis son regard s’était reporté sur le prêtre. Quoi donc?... que s’est— il passé ?... Toute en larmes, elle est tombée à genoux ; quelque chose d’indéfinissable, un déchirement qu’elle ne peut comprendre l’a saisie au cœur. La vue de Jésus-Hostie lui a fait éprouver un tressaillement profond. Une vive lumière avait frappé son esprit ; elle avait tout à coup retrouvé dans sa mémoire les impressions bénies de ses communions d’autrefois, et la voilà courbée aux pieds de son doux Vainqueur, la voilà enviant le sort de cette autre femme qui se relève emportant son Trésor, le pressant avec amour sur sa poitrine : « Que cette femme est heureuse 1 » se dit-elle tout bas ; et ses larmes continuent à couler silencieusement.

Le saint Sacrifice est achevé ; elle va sortir, se disant en elle-même : « C’en est fait, il faut changer de vie ; il faut retrouver Jésus, le Jésus de ma première Communion, il faut me confesser. » Une idée la saisit : « Pourquoi attendre?... pourquoi pas à l’heure même ?... »

Ah ! quand Jésus s’est emparé d’un cœur, il ne peut souffrir les lenteurs, les irrésolutions. Et la voilà qui revient sur ses pas. Un confessionnal se présente à ses regards ; elle s’en approche.

Quelle n’est pas son émotion quand elle voit venir le même vieillard qui tout à l’heure tenait entre ses mains cette Hostie dont la vue l’avait vaincue ! Le souvenir de ce qu’elle a éprouvé alors la ressaisit et l’empêche de parler ; ses sanglots l’étouffent. Le prêtre qui ne sait à quoi attribuer ces larmes la conduit à la sacristie, et là, en mots entrecoupés, elle essaie de redire la miséricorde de Jésus à son égard.

Mais, ô Seigneur, comment exprimer avec des paroles humaines ce langage

REVUE DE LA SAINTE-FACE

divin que seul vous savez faire entendre au cœur, cette action de votre miséricorde infinie dans les âmes ? »

En entendant ce récit de la bouche même du bon missionnaire, je ne saurais redire les impressions qui se pressaient en foule dans mon esprit et dans mon cœur, l’émotion qui faisait monter les larmes à mes yeux.

Ah t c’est que moi aussi, je l’avais senti ce regard vainqueur, c’est que, converti de quelques mois à peine, je sentais encore sur mon àme l’impression de cette main divine de Jésus courbant aux pieds de son tabernacle mon esprit révolté ; s’emparant de mon cœur, de ma volonté, de tout moi-même. J’eusse voulu à cette heure pouvoir me lever au milieu de cette assemblée sainte et là, en face de Celui qui m’avait vaincu, qui de 6on ostensoir lançait encore sur moi ses effluves d’amour, crier à tous les sentiments de reconnaissance qui débordaient de mon cœur, les inviter à bénir, à louer la toute-puissance de cette présence eucharistique qui, dans notre siècle, accumule merveilles sur merveilles pour forcer nos cœurs à venir se jeter à ses pieds... se donner tout à Lui.

Ah ! que du moins tant de leçons ne restent pas infructueuses pour nous.

Que la voix du Dieu de l’Eucharistie ne se fasse pas vainement entendre au milieu de nous.

Ne semble-t-il pas adresser à chacun de nous cette parole qu’il disait autrefois par son Prophète : « Si aujourd’hui vous entendez ma voix, n’endurcissez pas vos cœurs ? » Oui, de ce tabernacle, de cet ostensoir devant lesquels nous passons trop souvent indifférents, sort une voix puissante qui nous crie : « Venez à moi... et je vous sauverai... »

Ah ! venons donc tous à Lui, apportons-Lui nos tristesses, nos misères, nos fautes. Jésus repoussa-t-il jamais personne?

Venons à Lui, venons lui crier à notre tour : «Seigneur, faites que je voie!» faites la lumière dans mon esprit aveuglé par l’orgueil, dans mon cœur qu’étreignent les préoccupations humaines et les affections terrestres. Montrez-moi la vérité, montrez-moi ce qui peut me sauver ; Jésus, montrez-vous aux yeux de mon àme. Apprenez-moi à connaître mes véritables intérêts, les intérêts de mon àme, de mon éternité...

Seigneur, sauvez-nous, nous périssons ! Jésus, Fils de David... Fils de Marie, Fils éternel du Père, présent en cette divine Hostie, ayez pitié de nous !...

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