‹ La voix, l'oreille et la musique (volume 3)Chapitre 4 sur 6 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

Entre les soleils fixes de la constellation sonore, le génie particulier des peuples se borne h placer des satellites divers, plus ou naoins espacés, plus ou moins nombreux. Tant que la musique reste mélodique, la constellation sonore peut prendre des figures diverses : quand des instruments divers se font entendre ensemble et à des intervalles mobiles, l'harmonie fait sentir rigoureusement ses exigences : la tonique devient le centre des mouvements de l'orchestre et la musique n'admet plus que les intervalles qui en fassent sans cesse sentir la présence. La musique harmonique, qui s'est essayée d'abord dans les chœurs religieux, sur l'orgue, dans les canons, les fugues, a atteint ses moyens d'expression les plus puissants et les plus variés dans l'opéra, l'oratorio et la symphonie. On ne devine point ce qui pourrait être ajouté encore aux ressources qu'elle possède aujourd'hui. Mais l'avenir de ce bel art, dont l'empire s'étend chaque jour sur les âmes, s'enveloppb cependant de quelques incertitudes.

En premier lieu, la musique est-elle bien un art qui doive et puisse se suffire à lui-môme et qui possède une indépendance égale à celle de l'architecture, de la sculpture, de la T)ein-

tlii PRÉFACE.

ture? ou bien riiarmonie doit-elle rester la servante ou l'interprète de la pensée religieuse, dramatique ou lyrique? Cette discussion, ouverte dans le siècle dernier, ne semble pas encore close. Les plus grands génies modernes ont tous sacrifié à l'opéra, et l'opéra a un caractère ambigu, demi-musical et demi-littéraire.

Pour nous, il nous paraît que si l'opéra a quelque supériorité sur la symphonie, elle le doit surtout au charme incomparable des voix humaines, qui de tous les instruments resteront toujours les plus souples et les plus expressifs ; il doit peu de choses aux paroles, au livret, dont la banalité contraste si souvent avec la sublimité de la pensée musicale. Réciproquement, la musique déshonore plutôt qu'elle n'ennoblit la grande poésie, car la pensée littéraire ne doit pas être étouffée dans le bruit. On n'imagine point Corneille, Racine, mis en duos, en trios ; les chœurs à'Athalie de Mendelssohn ne tirent aucune valeur des paroles du poète, et produiraient autant d'effet sur les vers les plus médiocres. On verra dans ce livre que la voix humaine atteint son maximum d'effet harmonique, suivant la hauteur du son , sur des voyelles

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