‹ La Volonté de croireChapitre 21 sur 28 · Principles of science, chapilros XI, XII, XXVI · texte numérisé non relu

Principles of science, chapilros XI, XII, XXVI

consiste à accueillir le plus grand nombre possible d'hypothèses; la seconde, à savoir rejeter toutes celles que l'expérience contredit. La méthode baconienne, par laquelle on compare des tables d'exemples, peut apporter un utile concours à certains moments. Mais attendre qu'une simple confrontation de l'entendement avec une série de faits éveille en un cerveau quelconque la conception de la loi qui régit ces faits, c'est vouloir que le carnet d'un chimiste inscrive de lui-même le nom du corps qui vient d'être analysé. La conception d'une loi est une variation spontanée au sens strict du mot. Elle jaillit d'un cerveau déterminé et non d'un autre, parce que l'instabilité du premier est de nature à le faire pencher exactement dans la direction voulue.

Mais ce qu'il importe de noter, c'est que les bonnes comme les mauvaises étincelles, les hypothèses qui triomphent comme les suppositions les plus insensées, sont absolument égales eu égard à leur origine. La Physique absurde d'Aristote et sa Logique immortelle découlent d'une même source; les forces qui ont produit l'une ont produit l'autre. Lorsque je me promène €t que je pense au ciel bleu ou à la température printanière, je puis tout aussi bien sourire à quelque caprice qui me traverse l'esprit, qu'éprouver l'intuition soudaine de la solution d'un problème qui à ce moment précis était fort éloigné de ma pensée. Les deux notions sortent du même réservoir — le réservoir d'un cerveau oîi la reproduction des images dans le rapport de leur persistance ou de leur fréquence extérieure a cessé depuis longtemps d'être la loi dominante. Mais dès que la solution du problème a été aperçue, l'idée de le voir consacrer par l'expérience extérieure peut venir à la pensée. Le concept périt en un instant et est oublié. L'hypothèse scientifique suscite en moi un désir fiévreux de vérification. Je me mets à lire, à écrire, je me livre à des expériences, je consulte des experts.

Tout vient corroborer mon hypothèse et celle-ci, bientôt pjubliée, se répand de revue en revue et de bouche en bouche pour me réserver une demeure dernière au Panthéon de ceux qui devinent les voies de la nature. Le milieu environnant présente la conception qu'il était incapable de produire dans un cerveau moins idiosyncrasique que le mien.

Mais ces bouleversements cérébraux spontanés qui, à certains moments, se résolvent en idées et en combinaisons particulières, sont préparés par une inclinaison générale, par une courbe permanente dont l'origine est également spontanée et qui communique au cerveau certaines directions déterminées. Le penchant humoristique comme l'inclination sentimentale sont tout à fait caractéristiques. Et le ton personnel de chaque esprit qui le rend plus sensible à certaines classes d'expériences, plus attentif à certaines impressions, plus ouvert à certaines raisons, résulte également du jeu invisible et inconcevable des forces productives inhérentes au système nerveux, de ces forces qui, sans égard au milieu environnant, rendent l'esprit particulièrement apte à fonctionner dans tel ou tel sens. Là encore la sélection continue à agir. Les productions de l'entendement, avec leur tendance déterminée, plaisent ou déplaisent à la communauté. Wordsvvorth nous fait partager son insensibilité et sa sérénité, Schopenhauer nous apprend la volupté de la douleur. La tendance que la communauté adopte devient en elle un ferment et lui communique une tonalité nouvelle. Il y a là, n'en déplaise à M. Allen, une différenciation du dedans, qui peut être utile ou nuisible suivant le milieu extérieur avec lequel elle vient en contact. Le Languedoc civilisé, en adoptant le ton de ses savants, de ses poètes, de ses princes, de ses théologiens, est devenu la proie de son milieu catholique rigoureux dans la croisade des Albigeois. La France de 1792, en em-

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brassant le ton d'un Saint-Just et d'un Marat, a dû subir une longue période de relations extérieures instables. La Prusse de 1806, se modelant sur les Ilumboldt et les Stein, a prouvé de la manière la plus remarquable en 1872 combien elle était « appropriée » à son milieu.

Spencer, dans un des chapitres les plus étranges de sa Psychologie^, s'efïorce de démontrer que le développement des conceptions dans la race humaine suit un ordre nécessaire. Suivant lui, aucune conception abstraite ne peut se développer tant que l'expérience extérieure n'a pas atteint un certain degré d'hétérogénéité, de fixité, de cohérence, et ainsi de suite.

C'est ainsi que la croyance en un ordre immuable, en l'idée de loi, est de celles dont l'homme primitif est absolument incapable... Les expériences qu'il accueille ne fournissent que peu de données qui puissent suggérer la notion d'uniformité dans les choses comme dans leurs rapports... Les impressions journalières qu'éprouve le sauvage n'offrent à cet égard qu'une notion très imparfaite et qui s'appuie sur très peu d'exemples. De tous les objets qui l'entourent, — arbres, pierres, collines, pièces d'eau, nuages, etc., — la plupart comportent des différences considérables... mais il en est peu dont la ressemblance soit si parfaite qu'elle rende une distinction difficile. Les animaux de même espèce eux-mêmes se présentent rarement, qu'ils soient morts ou vivants, dans les mêmes attitudes... L'expérience des lignes droites n'apparaît qu'avec le développement graduel des arts, et elle s'accompagne de la perception des superpositions et du sens de l'égalité et de l'inégalité. L'existence sauvage est encore plus dépourvue d'expériences qui puissent engendrer la notion des successions uniformes. Loin de se distinguer par leur uniformité, les séquences que l'on observe de jour en jour et d'heure en heure frappent surtout par les différences qu'elles révèlent... De sorte que la vie humaine primitive dans son ensemble nous suggère surtout l'idée de successions multiformes... La conscience de l'uniformité n'apparaît clairement qu'avec le développement de l'idée de mesure, dû à la pratique des arts... Les conditions qui, grâce au progrès de la civilisation, rendent possible la notion d'uniformité, préparent égale-

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