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II. — LE POUVOIR PERSONNEL ET LA MAITRISE DE SOI

§ i . — Définition sommaire du pouvoir personnel.

Le « pouvoir personnel » qui s’oppose nettement à la domination des caprices a été assez peu étudié par les psychologues de l’école expérimentale. C’est, en revanche, la forme de volonté dont parlaient le plus volontiers les psychologues de l'école philosophique spiritualiste. C’est à eux que nous en demanderons une première description qui sera notre point de départ, mais à laquelle nous ne nous en tiendrons pas. Cette description, en effet, s’applique à un fait certainement réel et qui a sans doute été depuis longtemps trop négligé, mais elle est incomplète au point de vue de l’analyse et trop excessive dans sa forme générale.

Voici comment Jouffroy définit le pouvoir personnel : « Ce qui distingue une chose d’une autre, dit-il, c’est qu’elle a des propriétés ou des capacités naturelles différentes: l’homme, ayant des capacités spéciales, est à ce titre, comme toutes les choses possibles, un

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être d’une espèce particulière et qui mérite un nom particulier. Mais, indépendamment de cette spécialité de nature qui lui est commune avec toutes les choses du monde, car toutes les choses du monde ont leur nature spéciale, il jouit d’un privilège tout particulier et qui le sort de la foule, c’est celui de pouvoir disposer de ses capacités naturelles. Il a non seulement des capacités spéciales comme chaque chose en a et par exemple celles de penser, de se souvenir, de se mouvoir, mais, de plus, il gouverne ses capacités, c’est-à-dire qu'il les tient dans sa main et s’en sert comme il veut. Ainsi il se meut comme il veut, il dirige sa mémoire, il applique sa pensée où il veut; en un mot, il est maître de lui et des capacités qui sont en lui. Or, il n’en est pas ainsi dans les choses : elles ont aussi des capacités naturelles, mais il n’y a point en elles de pouvoir autonome, qui s’approprie ces capacités et qui les gouverne. Ainsi, l’arbre a beaucoup de capacités naturelles, mais elles se développent en lui sans sa participation ; ce n’est pas lui qui les dirige, c’est la nature, elles existent en lui, elles opèrent en lui, mais elles ne lui appartiennent pas et ce qu’elles produisent ne saurait lui être attribué.

« Le pouvoir que l’homme a de s’emparer de ces capacités naturelles et de les diriger fait de lui une personne et c’est parce que les choses n’exercent pas ce pouvoir en elles-mêmes qu’elles ne sont que des choses... »

« De 1 existence du pouvoir personnel dans l’homme et de son absence dans les choses résulte une différence entre les capacités naturelles de l’homme et celles des choses. En effet, nous régnons sur nos capacités natu-

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relies et nous nous en servons, tandis que les choses ne disposent pas des leurs et ne s’en servent pas... La capacité de marcher ne serait en nous qu’une simple propriété comme celle de sécréter la bile, si nous n’avions pas le pouvoir de marcher ou de ne pas marcher, de marcher vite ou lentement, à droite ou à gauche selon notre volonté. Mais comme nous gouvernons celte capacité naturelle, elle devient en nous une faculté. Telle est la véritable force de ce mot. Si donc, pour le dire en passant, nous n’étions, comme le prétendent quelques physiologistes et même quelques philosophes, qu’une espèce d’alambic où les idées, les images, les souvenirs, les déterminations et les actes se distillent sous l’influence d’une excitation extérieure, il faudrait commencer par réformer la langue qui consacrerait de vaines distinctions entre des choses identiques... » Je ne relèverai pas maintenant les assertions contestables ou erronées que renferme ce morceau. Je l’ai dit ailleurs et je le pense toujours : « il y aurait beaucoup à critiquer ou à interpréter dans la description de Jouffroy, on ne peut nier qu’elle se rapporte à un fait réel et qu’elle en donne une idée exacte. Il est vrai qu’il y a une différence entre voir et regarder, entre réfléchir et rêver, entre l’automatisme et la volonté : quelle est la nature de cette différence1 ? »

Nous le verrons en analysant les faits et nous comprendrons, sans que j’aie sans doute besoin de le dire expressément, ce qu’il y a d’erroné dans certaines affirmations de Jouffroy et en même temps quelles sont les apparences qui ont pu le tromper et comment

i. L’activité mentale, p. 1 69-160.

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il faut les interpréter. On peut apercevoir, dans le passage que j’ai cité, à travers les interprétations de Jouffroy, les deux grands éléments de l’activité qui prend la forme volontaire, l’automatisme d’une part, et, de l’autre, l’impuissance de cet automatisme et le jeu relativement indépendant des éléments. On peut y retrouver cette vérité que la volonté est une systématisation nouvelle, encore assez éloignée de la perfection. Mais l’analyse des faits doit nous renseigner sur la nature et les tendances du pouvoir volontaire et nous permettre de rectifier et de compléter les idées de JOUFFROY.

§ 2. — Analyse du pouvoir personnel.

Nous pouvons, pour notre analyse, prendre le fait mentionné par Jouffroy, celui de la marche. Nous devons y voir nettement dans quel sens et jusqu’à quel point on peut dire que « nous régnons sur nos capacités naturelles et nous nous en servons, tandis que les choses ne disposent pas des leurs et ne s’en servent pas » .

« La capacité de marcher, dit Jouffroy, ne serait en nous qu’une simple propriété, comme celle de sécréter la bile, si nous n’avions le pouvoir de marcher ou de ne pas marcher, de marcher vile ou lentement, à gauche ou à droite selon notre volonté. Mais comme nous gouvernons cette capacité naturelle, elle devient en nous une faculté. Telle est la véritable force de ce mot. »

Il est incontestable que, d’une manière générale,

l'homme normal peut marcher selon son désir et selon sa volonté réfléchie. Ce pouvoir se retrouve encore à des degrés affaiblis chez l’animal et un pouvoir analogue n’est peut-être pas aussi nul chez le végétal que le dit Jouffroy, mais il n’est pas douteux qu’il y soit bien moins visible et bien moins développé que dans l’homme. Qu’est-ce donc que ce « pouvoir personnel » et de quel état des phénomènes est-il l’indice?

Trois grands faits semblent surtout indiqués par lui: la complication des systèmes dans l’être vivant et le choix qu’elle nécessite, l’imperfection de l’automatisme et enfin la formation d’un système général de tendances qui est à peu près ce que nous entendons par la personnalité et qui supplée aux défauts de l’activité automatique.

Je puis marcher ou non, aller à droite ou à gauche, vite ou lentement selon mon désir. C’est-à-dire que les différents éléments de la marche peuvent se modifier selon le besoin que j’en ai et se systématiser ainsi avec des désirs très différents et même opposés. Sortant de chez moi, je puis remonter ma rue si j’ai décidé de marcher vers l’Observatoire ou la descendre si je veux aller vers la Seine. Il y a là une adaptation remarquable des moyens à la fin, une souplesse qui ne se trouve pas en général au même degré dans les fonctions organiques et qui disparaît à peu près complètement dans la manifestation des propriétés purement physiques. Cette systématisation précise et variable des différents phénomènes qui constituent l’activité est une des caractéristiques du pouvoir personnel.

Cette complexité impose naturellement un choix. Tous les possibles ne peuvent se réaliser parce qu’ils

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ne s’adaptent pas au désir le plus fort ou à celui que la personnalité fait dominer à un moment donné. Ou, si on désire plus de rigueur dans les termes, tous les possibles abstraits ne sont pas réellement possibles dans certaines circonstances données et la manifestation de la possibilité ne s’obtient parfois que par un long tâtonnement. Je demande encore ici la permission de reproduire un passage de mon Activité mentale où j’ai analysé le choix du pouvoir personnel : « Je puis marcher plus ou moins vite. Il arrive que je marche plus ou moins vite sans m’en rendre compte, sans que la volonté intervienne, parce que llair est plus vif, parce que le temps est lourd, mais aussi je puis prendre une allure déterminée après une délibération raisonnée. Je me dispose à prendre le train, je suis à deux kilomètres de la gare, je dois aller à pied et j’ai vingt minutes devant moi, je puis hésiter pour savoir si je dois retourner ou continuer ma route et si je prends ce dernier parti, je sens qu’il me faut aller au pas de six kilomètres à l’heure environ, je connais à peu près les impressions musculaires et autres que fait naître cette allure où une allure plus rapide et je les suscite volontairement. Nous avons ici un exemple de l’activité du pouvoir personnel qui peut servir de type. En quoi consiste au juste cette activité?

« Elle consiste en ceci que le nouveau fait psychique qui tend à s’établir a été mis successivement en relation avec un grand nombre de tendances et que ces tendances, soit séparément, soit réunies, ont essayé de se l’assimiler, l’ont éprouvé pour voir s’il pouvait entrer comme élément dans un système coordonné

dont elles feraient partie. L’allurequeje devais prendre a pu être représentée comme devant amener une certaine fatigue, d’un autre coté l’intérêt que je puis avoir à ne pas retarder mon voyage et par suite mon arrivée a dû se présenter à l’esprit et servir à apprécier la valeur de la considération précédente, mes dispositions personnelles à ce moment-là, l’état de fatigue ou de repos de mes muscles, la température, la qualité de la route, tout cela a pu être évalué; d’un autre coté, l’idée des personnes qui m’attendent a dû se présenter aussi. Une grande quanti té d'éléments psychiques sont ainsi mis en activité, ils doivent s’harmoniser, se coordonner d’une certaine façon, de manière à produire soit l’arrêt ou le retour, soit la marche en avant. 11 y a une sorte d’essai de divers systèmes psychiques, chacun tendant às’imposerjusqu’àceque tousse soient complètement ou a peu près réunis pour déterminer une manière d’être définitive. Le pouvoir personnel consiste ici dans cet essai, fait par un certain nombre de tendances d’un nouveau phénomène qui tend à s’établir dans l’esprit. 11 s’oppose à l’automatisme en ce que celui-ci se produit quand il n’y a pas éveil de sentiments et d’idées complexes, quand, par exemple, une personne craint d’être en retard et se met à courir sans que l’idée des inconvénients possibles delà course, — si el le a une santé générale délicate ou une maladie organique particulière, — se présente à elle, sans qu’il s’établisse une sorte d’épreuve de la tendance mise en activité par les autres tendances de l’organisme et la forme même de leur association h »

i. L' activité mentale, p. iGo-iGi.

l’évolution de ly volonté

Cette complexité clans les possibilités de phénomènes, dans les sentiments éveillés, dans les rapports des uns avec les autres sont assez caractéristicpies du pouvoir personnel. Pour que celui-ci se manifeste, il faut qu’il y ait hésitation entre plusieurs partis à prendre, qu’il y ait plusieurs désirs plus ou moins éveillés et qui ne peuvent se satisfaire à la fois. Cela saute aux yeux quand on compare le pouvoir personnel à l’automatisme et même quand on le compare au caprice. Dans le caprice en général la délibération est moindre, le choix moins hésitant. Cependant cela n’est pas absolu et ce n’est pas là qu’il faut chercher la principale différence entre l’activité volontaire capricieuse et l’activité volontaire réfléchie.

§3. — Le pouvoir personnel et les imperfections de

l' automatisme.

Selon notre désir, notre activité prend telle ou telle forme et telle ou telle voie. A chaque instant la fin que nous poursuivons détermine notre choix. Mais dans l’activité automatique, ce choix se fait spontanément, sans réflexion. Dans l’activité volontaire, au contraire, la spontanéité reste impuissante, au moins pour un temps. INos désirs se combattent et s’équilibrent, ou bien ils ne sont pas encore assez fermes, assez solides pour déterminer des actes. Dans un cas comme dans l’autre , l’activité s’arrête. Nous avons déjà examiné ces deux cas pour distinguer l’automatisme de la volonté. Je n’y reviens pas ici, je les signale seulement comme se présentant nettement

dans les manifestations du pouvoir personnel, qui sont, à certains égards, la forme la plus accusée de la volonté. Le moi doit intervenir pour décider si je vais continuer à marcher afin de prendre le train ou me retourner ; c’est que mes désirs spontanés ne suffisent pas à régler ma conduite. Dans l’exemple que j’ai pris tout à l’heure, ils sont à peu près équilibrés. Si au contraire il était un quart d’heure plus tard ou un quart d’heure plus tôt, si je découvrais tout à coup que ma montre est en retard ou en avance, rautomatisme du désir suffirait soit à me faire retourner dans le premier cas, soit à me faire poursuivre ma route dans le second. Mais les désirs ne sont pas naturellement assez bien systématisés pour aboutira l’acte sans heurt et sans trouble quand il n'y a entre eux que de petites différences d'intensité ou que les conditions de leur satisfaction sont un peu mêlées et compliquées. Chacun d'eux éveille alors par association systématique un certain nombre d’impressions, d’idées, de sentiments, qui peuvent s’harmoniser avec lui et tendre à déterminer l’acte dans le sens indiqué par lui, et la délibération, plus ou moins longue, plus ou moins compliquée, s’impose.

La volonté doit venir forcément renforcer l’automatisme inefficace. Mais, on le voit, si la complication est une cause d’intervention de la volonté, si elle caractérise souvent les actes du pouvoir personnel, il n’est pas absolument nécessaire qu’il en soit ainsi. En fait, un acte compliqué peut, s’il est devenu assez habituel, s’effectuer automatiquement et un acte relativement simple peut exiger l'intervention de la volonté, s’il est accompli pour la pre-

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mière fois. Seulement il y a deux remarques à faire. Relativement, et toutes choses égales d’ailleurs, un acte accompli par la volonté est plus compliqué que le même acte automatiquement accompli. Il suffit pour le voir, de se rappeler que l’intervention du pouvoir volontaire suppose soit un conflit de désirs, c’est-àdire l’existence du désir qui l’emportera et d’un ou de plusieurs autres, soitune imperfection du désir, c’est-àdire un état moins unifié de l’esprit, un état d’ébauche vague qui contient en général des éléments discordants, et que, en outre, la volonté, par la délibération, complique forcément l’état psychologique. D’autre part, il est assez naturel que les actes les plus simples deviennent plus facilement habituels et automatiques que les actes les plus compliqués. Dans tous les cas, la complication fait par conséquent présumer nette impuissance de l’activité spontanée, qui est une des conditions de l’intervention du pouvoir personnel.

§ 4- — Le pouvoir personnel et le caprice.

Le choix conscient devient donc nécessaire, par suite de l’impuissance de l’automatisme. Mais comment ce choix se fera-t-il? C’est ici que nous trouvons la grande différence, différence qui admet d’ailleurs tous les intermédiaires possibles, entre le règne des caprices et le pouvoir personnel.

Ce choix peut se faire, après une courte délibération, ou plutôt après une certaine hésitation, par le triomphe de l’activité relativement indépendante d’un

des désirs en présence. Par exemple, toujours en nous tenant au même cas, l’idée du plaisir que j'aurai à revoir telle ou telle personne, se présente tout à coup si vivement à moi que mon hésitation cesse, je cours vers la gare et faute d’avoir assez réfléchi au temps qui me restait effectivement, ou faute d’avoir justement apprécié celui qui m’était nécessaire, j’arrive après le départ du train. C’est là un exemple d’activité capricieuse, une manifestation inférieure de la volonté. Un désir est intervenu vivement et a fait cesser la délibération sans avoir été suffisamment éprouvé (Ce qui, dans l’exemple quej’ai pris, peut servir de circonstance explicative et atténuante, c’est qu’une trop longue réflexion pourrait m'amener à manquer aussi le train, mais il serait facile de trouver d’autres exemples ou la même circonstance n’interviendrait point, et d’ailleurs il n’est point toujours impossible d’apprécier vite et d'une manière suffisamment complète une situation).

J'ai donné tout à l’heure un assez grand développement à l’examen des caprices pour ne pas avoir à y revenir longuement. Nous avons vu que le rôle du moi y était très effacé. Le moi assistait simplement au jeu des éléments psychiques, ou bien il se laissait entraîner par l’un d’eux qu'une circonstance spéciale on un ensemble particulier de circonstances faisait momentanément triompher. Il est un mot qui revient assez souvent dans la bouche de ceux dont le pouvoir personnel est faible, et ne peut triompher du jeu indépendant des éléments. Us disent volontiers : « Cela a été plus fort que moi, je n’ai pas pu résister à mon envie. » Ce mot nous montre bien

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clairement l’opposition du pouvoir personnel au caprice. Dans le premier, le moi est le plus fort et, dirige les actes, dans le second, il est complice ou victime.

Il est complice ou victime, en effet, et souvent les deux en même temps toutes les fois qu’il consent à ce qu’un désir l’emporte quand ce désir est en opposition avec l’ensemble des tendances qui constitue le moi, ce qui est la définition même du caprice. Sacrifier sa santé pour un plaisir d’un moment (à moins qu’on n’ait le désir de se tuer), laisser perdre sans réflexion, en un instant d’égarement, le bénéfice d’un longue vie d’bonnêteté, voilà des faits pris au hasard et qu’on peut réaliser de bien des façons, qui montrent le mécanisme essentiel du caprice, et le rôle subordonné de la personnalité. Quand le pouvoir personnel est fort, au contraire, c’est le moi qui dirige toute l’activité, et il peut se tromper ou faire le mal, mais ce n’est point alors par irréflexion ou par étourderie, c’est parce que le mal qu’il commet ou l’erreur qu’il adopte expriment bien sa réalité propre et le fond même de sa nature. Il se traduit par elles, et si l’acte est mauvais, c’est que le moi est mauvais. Dans l’activité capricieuse, au contraire, il arrive qu’un acte bon soit accompli inconsidérément par une mauvaise personnalité et qu’un acte blâmable échappe à une personnalité d’ailleurs bonne. L’acte n’est ici qu’une expression très partielle et très incomplète de la personnalité qui le commet, il n’en représente guère qu’un élément et l’on commettrait une erreur grave en jugeant l’ensemble d’après lui.

§ 5. — Le moi et son action.

Il nous reste à examiner le rôle que joue le moi dans la volonté réfléchie, c’est-à-dire ce qu’il y a au juste de « personnel » dans le pouvoir personnel « La personnalité consiste essentiellement dans l’ensemble des tendances réunies et associées d’après quelques principes généraux, c’est un système plus ou moins bien coordonné de tendances, c’est-à-dire de phénomènes psychiques de toute sorte. Or, il est assez naturel que l’on appelle « personnel » un acte, une croyance où la personne entière est intéressée, où la personne entière a pris part, c’est-à-dire un acte ou une croyance qui a été éprouvée par toutes les tendances qui entrent dans la personnalité ou au moins par le plus grand nombre des plus importantes d’entre elles. Il est quelquefois des actes, des théories, qui semblent d’abord s’imposer à nous, qui s’adaptent merveilleusement à certaines parties de notre personnalité et les éveillent rapidement, risquant, si d’autres tendances n’interviennent pas, de faire adopter des idées fausses, de faire accomplir des actes nuisibles ou coupables. » C’est là ce que nous avons étudié sous le nom de caprice. « En ce sens le premier mouvement est souvent le mauvais — en effet, une idée tend facilement à n’éveiller dans l’esprit que ce qui est favorable à son admission définitive — mais si

i. Je crois pouvoir emprunter encore quelques pages à mon livre V Activité mentale, n’ayant rien d’important à modifier dans l’analyse que j’y donnais du pouvoir personnel.

l’évolution de la volonté

l’esprit est bien organisé, si l’assimilation de la nouvelle impression ne se fait pas trop vite, d’autres tendances latentes, indirectement ou directement froissées par le nouveau phénomène, entreront en activité et jugeront à leur tour la nouvelle idée. Nous n’avons à nous occuper ici que de celles qui s’éveillent selon la loi d’association systématique, mais un certain nombre prennent la forme du contraste. Dans un esprit bien équilibré, dont la personnalité est fortement constituée, c’est-à-dire chez lequel les diverses tendances sont suffisamment solidaires les unes des autres et assez étroitement reliées entre elles selon une loi d'association systématique, une tendance ne peut entrer en activité sans que les autres tendances ne s’éveillent faiblement, mais assez pour pouvoir entrer complètement en activité si le besoin s’en fait sentir, c’est-à-dire encore selon la loi d'association systématique . Le pouvoir personnel se réduit donc à un mode particulier de la finalité de l’esprit — celui où toutes les tendances de l’organisme, ou au moins les principales, sont en connexion assez étroite pour que l’activité de Lune éveille faiblement d’abord, et surtout éveille complètement s’il le faut l’activité des autres, afin que nulle nouvelle tendance, nulle croyance, nulle théorie nouvelle, ne puisse s’établir dans l’esprit qui ne soit susceptible de s’accommoder au moins aux plus importantes des tendances acquises et à l’ensemble qu’elles forment, c’est-à-dire, à la personnalité.

« Ce qui précède nous permet aussi de comprendre comment le moi semble s’isoler de ses états, se tenir à part comme un être qui persiste, tandis que ses états paraissent et disparaissent tour à tour, qui juge,

qui choisit, qui décide. Il en est réellement ainsi, il y a bien un moi qui persiste et qui agit, mais ce n’est pas dans une substance métaphysique qu’il faut chercher sa réalité. Cette collection systématisée de tendances, qui s’éveille faiblement ou fortement chaque fois qu’un phénomène important se produit, qui reste sensiblement la même pendant un temps très long, car les tendances ne varient pas très vite, ni surtout l’ordre dans lequel elles sont coordonnées, nous finissons par les reconnaître, parles considérer à part, par les regarder comme un tout naturel et indivisible — et, en effet, nous les voyons agir généralement dans le même sens, et elles sont bien réellement, à certains égards, abstraites des phénomènes particuliers qui peuvent en certains cas les compléter. Si j’ai à juger une théorie psychologique, je n’ai pas en général besoin de faire revivre en moi tout ce que je sais de psychologie ; les tendances qui correspondent à des faits souvent répétés, souvent organisés, s'éveillent d’une manière abstraite, je sens qu’elles s’accordent ou ne s’accordent pas avec la nouvelle théorie qui m’est proposée. Si, par exemple, on me dit que tout fait psychique est comme tel parfaitement connu par le sens intime, je sens immédiatement que cette idée ne s’accorde nullement avec mes opinions — et sans doute je puis, si je veux, me développer tous les motifs que j’ai de croire que ce désaccord existe réellement et aussi toutes les raisons qui me font trouver mon opinion bonne, mais si mes opinions sont suffisamment formées, je 11’en ai pas besoin, — il se peut que je le fasse par scrupule de conscience, mais immédiatement je sais que je ne

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pense pas comme mon interlocuteur et que j’ai des raisons pour ne pas penser ainsi, et même, je le sais sans me le dire, sans le formuler comme je viens de le faire. Mon esprit rejette la nouvelle pensée, et l’état de consience qui se manifeste alors est un état abstrait, contenant implicitement, mais non explicitement, tout ce que je viens de dire que j’en puis tirer. Toutes les tendances qui sont en nous suffisamment organisées sont susceptibles de se manifester ainsi et de manifester ainsi leur coordination par des états abstraits, par l’éveil seulement de quelques-uns de leurs éléments, sans que les faits qui les ont constitués, les images, les perceptions, les idées nombreuses qui relèvent d’elles à quelque degré, aient à entrer sur la scène de l’esprit — mais elles se manifestent par un état de conscience que nous connaissons bien — ce qui équivaut à dire que cet "état s’associe à certaines idées. Il en résulte que l’ensemble de ces tendances souvent éveillées d’une manière abstraite nous est connu comme se manifestant à la conscience d’une certaine façon ; l’état de conscience ainsi suscité pendant la réflexion, la volonté et en général pendant tous les actes du « pouvoir personnel », c’est à peu près ce qui correspond au sens du moi. Ce sens du moi est ainsi en action dans les actes volontaires et réfléchis, ce qui justifie encore le nom du pouvoir personnel, mais jusqu ’à^un certain point seulement, car ce sens du moi n’est qu’un phénomène accompagnant le jeu des tendances dans les conditions que je viens d’indiquer, et d’autre part il est loin de constituer la personnalité dont, comme nous le voyons, il n’est qu’une sorte de représentation

abstraite, correspondant à l’éveil coordonné de quelques-uns des éléments des tendances dont la réufiion constitue le moi.

« Toutefois, s’il ne constitue pas la personnalité, il la représente et il la représente d’une manière efficace, car ce simple éveil d’éléments abstraits et coordonnés suffit pour déterminer l’adoption ou le rejet de certaines croyances » et aussi l’accomplissement ou le non-accomplissement de certains actes, comme s’adaptant ou ne s’adaptant pas à notre personnalité, à l’ensemble de nos tendances, considérées ou plutôt senties, non pas les unes après les autres, mais dans leur coordination, dans leurs rapports réciproques. 11 est important de bien constater ce fait qui justifie suffisamment le nom du pouvoir personnel et qui permet d’en expliquer la nature par les lois delà psychologie expérimentale h

« Nous voyons, au reste, que le pouvoir personnel varie beaucoup, et que le sens du moi, s’il est indispensable » pour rendre possible un acte de volonté réfléchie, de pouvoir personnel, « ne suffit pas à le constituer. Le fait que je viens de citer en effet, celui où le moi organisé repousse une opinion qui ne s’adapte pas à ses habitudes, est à peine un fait de volonté, il n’est pas un fait de réflexion, mais il nous montre comment le moi, en tant que groupe d’éléments abstraits, et forme des coordination,' peut s’éveiller facilement et se séparer des autres phénomènes. 11

i . Il est à peine besoin de faire remarquer ici que les tendances organiques, celles qui constituent proprement la vie des organes, sont largement représentées dans le sens du moi.

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nous montre aussi la transition entre la volonté et l’automatisme marquée par la coordination croissante des phénomènes et l’éveil d’un moins grand nombre d’entre eux ».

« Souvent il arrive, si la lutte est vive, si la réflexion est intense, que des phénomènes particuliers, idées, images, etc., s’éveillent, mais ils sont facilement considérés à part des tendances ; c’est que ces phénomènes sont variables, tantôt l’un, tantôt l’autre, selon le cas, se présentera à l’esprit, c’est tantôt telle tendance, tantôt telle autre qui, pour maintenir son organisation, aura besoin de se compléter par tel ou tel phénomène particulier. Au contraire, les tendances elles-mêmes, et leurs coordinations sont relativement stables. Il semble donc que dans ce jugement : je vois ceci, je pense à cela, il n’y a pas seulement, comme l’a dit M. Taine, le rapport d’un composé à l’un de ses éléments ‘, il y a aussi le rapport de tendances abstraites à des phénomènes concrets qui viennent en certains cas compléter une ou plusieurs d’entre elles. Il me semble que cette conception du pouvoir personnel permet... d’expliquer la partie vraie des doctrines spiritualistes sur la conscience, la volonté, la responsabilité, etc., tout en restant absolument indépendante de toute hypothèse sur la substance... Il ne s’agit jamais que de certaines circonstances particulières du jeu des tendances et d’une forme, que j’ai taché de déterminer, de la loi d’association systématique. »

i. Taine, Les Philosophes classiques du XIXe siecle. Paris, Hachette, 2 e éd., 1868.

LA. \ OLONTÉ

$ 6. — La marche du pouvoir personnel vers V automatisme.

Il se forme ainsi, soit peu à peu, soit plus rapidement, une personnalité bien unifiée, où les tendances, les désirs, les idées sont étroitement associés avec le maximum d’harmonie que comporte la condition humaine, et sont, autant que possible, solidaires les uns des autres. Le moi est alors réellement son maître, et cela veut dire qu’aucun de ses éléments n’agit d’une manière indépendante, que tout désir qui nuirait à l’harmonie de l’ensemble, tout caprice qui tenterait de se satisfaire aux dépens des tendances profondes et des croyances fixées, est arreté ou même prévenu, enrayé ou empêché de naître.

Mais à mesure que cet état se précise et se confirme, le pouvoir personnel marche vers l’automatisme. Il représente un moment d’un processus qui partant de l’incoordination relative des phénomènes d’activité psychiques et de l’activité indépendante des éléments va vers leur coordination complète, leur solidarité absolue et la parfaite régularité de leur fonctionnement.

Nous pouvons à ce point de vue comparer l’évolution de la personnalité prise dans son ensemble, du pouvoir qui lui appartient, de la volonté qui en est l’expression à l’évolution d’un de ses éléments, d’une tendance quelconque. Cette évolution plus ou moins nette, plus ou moins longue et plus ou moins visible, s’effectue, en général, à peu près de la même manière.

l’évolution de la volonté

Au début c’est l’incoordination et l’indépendance des systèmes. Le désir ne peut spontanément aboutir à l’acte et son influence suscite par association systématique, une quantité de phénomènes psychologiques très divers, idées, désirs secondaires, etc., qui finissent par changer l’orientation du moi, par déterminer des décisions, des arrangements nouveaux de phénomènes psychiques, des coordinations des idées, des désirs et des actes. Quel que soit l’acte que nous tendions à commettre; quel que soit le désir qu'il s’agisse de satisfaire, et, en le satisfaisant, de créer et de développer, les choses se passent au fond à peu près de même. Mais l’ensemble des phénomènes éveillés peut varier beaucoup de complexité et d’importance. Il est très considérable si la tendance nouvelle a de la peine à s’organiser, et généralement très peu important dans le cas contraire. Peu à peu l’exercice de la tendance se régularise, les caprices des éléments diminuent, les éléments parasites sont euxmêmes écartés et les phénomènes s’associent d’une façon de plus en plus systématique et serrée. L’exemple, si souvent cité, de l’homme qui apprend à jouer du piano, qui commence par tendre son esprit, par vouloir avec application pour coordonner les mouvements de ses doigts avec scs impressions visuelles et chez qui la tendance s’organise peu à peu de façon à devenir automatique et inconsciente est un exemple de cette évolution.

L’évolution du moi ne diffère pas essentiellement de cette évolution d’une tendance. Ici aussi, au début, nous avons des caprices, des idées, des désirs, des actes mal coordonnés. Cependant quelques désirs Paulhan, 2e édit. 8

plus profonds, plus tenaces représentant les tendances èssentielles de la vie organique et de la vie psychique s’harmonisent entre eux et tendent à soumettre les autres, à les transformer ou à les inhiber. Ce travail qui ne va jamais jusqu’à conduire l’esprit à l’harmonie parfaite et à l’unité absolue l’en rapproche plus ou moins selon les cas. Il laisse subsister beaucoup d’incohérences chez certains individus, et relativement très peu chez d’autres. Dans ce dernier cas, on voit les éléments du moi, comme tout à l’heure les éléments de la tendance, se coordonner de mieux en mieux en se transformant, ou bien disparaître, et comme tout à l’heure nous voyions les perceptions visuelles et les mouvements musculaires du pianiste se combiner à ses perceptions auditives, de manière à former un système très bien unifié, nous voyons maintenant des quantités d’éléments divers, tendances et idées, désirs et impressions, habitudes automatiques et voûtions, converger vers un meme centre, s’unir en un seul tout. Dans le premier cas, le travail aboutit à une tendance, élément du moi, dans le second, il aboutit à un. moi, système de tendances, mais dans les deux cas, il est essentiellement le môme, à deux échelles différentes. Il part de deux états analogues, et par des moyens identiques il conduit à des états semblables.

Il va sans dire que je simplifie beaucoup la réalité pour la commodité de l’exposition. Comme en simplifiant on risque d’altérer, je veux au moins dire que cette évolution du moi ne s’accomplit pas toujours ainsi. L’esprit ne marche pas toujours vers un ordre meilleur. Il commence parfois par une harmonie relative pour aboutir au chaos. Et l’ordre qu’il

l’ÉVOLUTION DE LA VOLONTÉ

institue lorsqu’il en est capable n’est souvent qu'une correction des désordres variés que les circonstances de la vie viennent greffer sur l’ordre précédent. La puberté, le choix d’une carrière, l’amour, les changements divers que provoquent les événements souvent imprévus de la vie physiologique, psychologique ou sociale viennent susciter de nouvelles idées et de nouveaux désirs, contrarier les anciens, modidifier l’équilibre de l’esprit, produisent forcément quelques désordres. La constitution du moi est, en bien des cas au moins, une manière de défense de l’esprit.

Quand l’unité du moi est arrivée à se constituer et que le pouvoir personnel se manifeste tel que nous l’avons analysé tout à l’heure, la volonté est devenue une sorte de forme générale de l’activité, toujours analogue à elle-même, présentant des caractères généraux toujours semblables. Gela arrive, en certains cas, pour l’intelligence, pour la sensibilité, pour quelque grande fonction psychologique. On a beaucoup dit, depuis quelque temps, que la mémoire se résout en des mémoires, on a pu ajouter que la volonté se résout en des volontés, l’intelligence en des intelligences. Cela est vrai, très certainement, en un sens, si l’on veut exprimer, par là, que l’activité des éléments de l’esprit s’exerce parfois d’une manière individuelle et indépendante, et que cette indépendance subsiste toujours au moins à l’état virtuel. Mais en fait elle disparaît souvent, dans une assez large

mesure, devant l’unification de la personnalité, comme les divisions naturelles d’un pays peuvent s’effacer devant son unification politique. Alors, s’il s’agit de la volonté, les voûtions sont toutes orientées dans le même sens, elles ne sont plus des caprices, expressions des désirs des éléments, elles ne sont plus des volontés indépendantes et séparés, elles sont unies, elles forment un seul ensemble, exprimant la réaction toujours la même, au fond, d’une personnalité fixée et stable, elles sont devenues une volonté, tout à fait comme les mouvements incoordonnés et divers du pianiste débutant sont, chez l’artiste exercé, confondus et réunis en une tendance.

Le moi entier est devenu, dans ce cas-là, une sorte de tendance ou de désir très compliqué, le désir de vivre, mais de vivre d’une certaine façon, en faisant prédominer et en développant tels et tels désirs spéciaux. La volonté, le pouvoir personnel n’est plus que l’expression de ce désir, de cette personnalité. Et cette personnalité se subordonne ainsi et dirige toutes ses facultés, tous ses actes, car c’est simplement dire que les actes comme les désirs secondaires, les idées, etc. sont subordonnés aux tendances principales, au système bien coordonné qui constitue le moi et ne laisse rien s’y produire qui ne soit en harmonie avec lui. Le pouvoir personnel, tel que l’ont décrit les philosophes spiritualistes, est simplement le cas où la finalité de l’esprit est arrivée à un degré très avancé, et où cependant cette habitude du moi, de tout régler à sa convenance, et de se soumettre, dans une grande mesure, tous ses désirs et tous ses actes reste encore consciente et Avdontaire.

l’kvolijtion de la. volonté

Maison voit vite comment et pourquoi un tel état tend vers un état de coordination plus complète encore, qui nous ramène à rautomatisme et supprime les conditions de la volonté.

La volonté, le pouvoir personnel par conséquent, suppose encore une certaine indépendance des systèmes psychiques, une certaine hésitation de l’organisme psychologique, une adaptation déjà assez avancée, mais encore imparfaite. À mesure que l’adaptation se perfectionne, que toute hésitation dans le choix se supprime, et que l’indépendance des systèmes psychiques va s’affaiblissant et tend à disparaître, la volonté se rapproche de plus en plus de l’automatisme et ce dernier peut finir par prédominer presque complètement.

Le pouvoir personnel devient alors tout à fait semblable à une tendance automatique ordinaire. La plupart des choix auxquels il est obligé sont si bien prédéterminés par la nature fixée du moi qu’on peut les prévoir et les prédire avec peu de chances d’erreur. Tant que l’individu ne sort pas des conditions habituelles de son activité, il agit presque aussi régulièrement et aussi sûrement qu’un automate. Le pouvoir personnel en tant que forme de volonté a presque disparu, il ne subsiste plus guère qu’en tant que forme synthétique individuelle de l’automatisme.

Les réactions de la personne, en ce cas, expri-

ment toujours sa nature propre, elles en portent la marque, elles décèlent parfois des nuances de caractères très fines et très spéciales, et fautomatisme d’un individu ne ressemble pas complètement à l’automatisme d’un autre. Mais elles ont perdu leur souplesse, elles n’évoluent plus.

Surtout elles ne témoignent plus de nouvelles adaptations sous la réserve, bien entendu, des nuances déjà indiquées à propos de l’automatisme et du mélange toujours obligatoire de l’automatisme et de la volonté. Le caractère de nouveauté qui caractérise l’acte volontaire et qui en fait une création a presque complètement disparu. Sans doute l’activité de l’individu reste originale si nous la comparons à l’activité des autres personnes, elle ne l’est pas, si nous la comparons à elle-même. L’individu n’innove plus, sa croissance morale est arretée.

Cet état serait évidemment la perfection relative si l’homme qui le présente était adapté à un ensemble de conditions suffisamment larges et représentant pour lui l’univers entier, si au moins les conditions de l’existence restaient, autour de lui, toujours les mêmes. Il serait arrivé à l’harmonie complète de ses fonctions, et à l’harmonie avec le monde, il aurait atteint le seul idéal positif abstrait que l’on puisse peut-être concevoir.

Sans rechercher ici si cet idéal n’est pas, en luimême, contradictoire, il suffira de remarquer qu’en tout cas il ne saurait, à notre connaissance, être actuellement atteint par l’humanité. L’individu qui se laisse envahir par l’automatisme est forcément en désaccord avec un ensemble de conditions qui change

l’évolution de la volonté

sans cesse et qui changera continuellement tant que le milieu social dont il fait partie ira se transformant. Son automatisme, sa routine, si bien adaptés à ce milieu qu’ils aient pu paraître tout d’abord, seront bientôt en désaccord avec lui. Il se peut qu’il ne s’aperçoive pas de ce désaccord, et qu il n’en souffre pas, ce désaccord n'en existe pas moins et la valeur propre de l’inclividu en est diminuée. Il y a là une raison générale pour cpie le passage du pouvoir personne] à l’automatisme doive être considéré comme un mal plutôt que comme un bien. Il supprime à peu près la possibilité des progrès futurs, cela ne serait un avantage que si l’on était arrivé au bout du progrès possible.

L’automatisme, la routine deviennent ainsi, en bien des cas, terriblement gênants, lorsqu’un changement se produit dans les conditions de vie de la personne qui les a réalisés. On peut voir assez souvent des gens s’acquitter très bien de leur tâche quotidienne, toujours la même, remplir exactement leurs devoirs de famille, avoir les sentiments qu’il faut avoir et faire les actes qu’il faut faire. Ils montrent même du dévouement, de l’énergie, de la pondération et l’on est porté à leur attribuer une assez grande puissance de volonté. C’est que leur personnalité est bien organisée pour certaines conditions d’existence, le « pouvoir personnel »est assez développé et suffisamment fort pour les conditions ordinaires de la vie. Mais si ces circonstances viennent à changer, ce pouvoir personnel qui s’est trop raidi, fixé, rapproché de l’automatisme peut se trouver en quelques instants amoindri, détraqué presque détruit. Des gens qui dans leur routine de

chaque jour paraissaient actifs, énergiques, décidés, se trouvent, du jour ali lendemain, si leur situation change brusquement, s’ils perdent leur place, si quelqu’un de leurs proches leur manque, s’ils se trouvent dans un milieu qu’ils ne connaissent pas, mous, hésitants, déséquilibrés, incapables de vouloir avec intelligence et avec énergie.

Le pouvoir personnel, sous sa forme volontaire, est donc un moment, important au point de vue de notre étude, d'une série d'états qui va de l’activité indépendante des phénomènes psychiques, à la coordination presque parfaite et à la solidarité la plus grande. Ce moment est celui où le moi s’est organisé, où il est maître de ses éléments, maître du choix de ses actes, mais où il n’exerce pas encore cette maîtrise d’une manière absolument sûre, où cette maîtrise ne s’exerce pas encore, pour ainsi dire, d’elle-même et spontanément.

§9. — La délibération et la décision dans l'exercice du pouvoir personnel.

La délibération, la décision et l'exécution varient beaucoup suivant les différentes phases de l’évolution du pouvoir personnel.

La délibération qui est à peu près nulle dans le caprice se développe au contraire beaucoup quand le pouvoir personnel arrive à être fort, quand la personnalité est déjà assez solidement constituée, mais que cependant elle est toujours très riche en élé-

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ments, qu’elle n’est pas tout à fait organisée et que l’indépendance réciproque de désirs assez vifs et de tendances assez fortes se manifeste encore d’une manière sensible. A ce moment, la personnalité n’est pas encore assez avancée dans l’automatisme pour supprimer les conflits, mais elle l’est assez déjà pour que l’appel des motifs et la discussion des tendances se fassent d’une manière systématique et suivie. Au heurt des caprices, à la domination tyrannique et instable de velléités diverses et incohérentes a succédé l’examen des raisons, l’appel successif et la mise à l’essai des désirs, des tendances et des idées. Puis, si l’évolution vers l’automatisme continue, la délibération diminue d’importance et de durée, les hésitations se font plus rares et plus faibles, l’orientation de l’esprit est plus facilement déterminée. La délibération a donc une importance très petite au début de l’évolution du pouvoir personnel et son importance est encore très faible à la lin de cette évolution, mais pour des raisons opposées. Dans le premier état c’est le défaut de l’organisation qui produit cette nullité de la délibération, et dans le second c’est au contraire sa perfection.

La décision varie aussi, mais d’une autre manière. Dans le caprice elle est souvent prompte, et souvent aussi faible. Un caprice s’impose vite à l’esprit, et il est vite remplacé par un autre. A mesure que le pouvoir personnel se forme, la décision est retardée par la délibération, mais son importance est de plus en plus considérable. Elle engage une partie toujours plus grande de la personnalité, elle est l’expression de tendances de plus en plus complexes et ensuite

ïfa

du moi tout entier, ou peu s’en faut. Elle devient ainsi plus stable, plus sérieuse, plus importante, à proportion du nombre et de l’importance des tendances, des désirs et des idées qu’elle associe systématiquement, de la grandeur de la fraction de personnalité qu’elle représente et qu’elle crée. Puis, quand le moi marche encore vers la systématisation parfaite et que le pouvoir personnel se rapproche encore plus de l’automatisme, la décision devient de plus en plus prompte, et, toutes choses égales d’ailleurs, de plus en plus stable, de plus en plus importante, de plus en plus représentative de l’ensemble de la personnalité. Quand le moi est bien coordonné, la personne ne revient plus sur une décision prise, elle n’éprouve plus ces fluctuations, ces retards qui sont de règle dans l’activité capricieuse et qui se manifestent encore dans les premiers états du pouvoir personnel. La décision prise est irrévocable.

Mais il faut bien spécifier que les choses doivent être égales d’ailleurs. C’est ce qui n’arrive pas toujours. A mesure qu’une routine se forme, que le moi se rapproche de l’automatisme il arrive assez souvent que de nouvelles forces qu’il ignore lui-même s’organisent en lui. Alors l’automatisme, au lieu d’être une cause de force pour la décision, peut, à cause de son étroitesse inévitable, devenir une cause de faiblesse. Un jour vient où les désirs nés et développés peu à peu dans l’obscurité de la conscience font irruption dans la vie mentale et vont briser les habitudes dont la souplesse est trop faible pour qu’une systématisation spontanée puisse s’accomplir. C’est un des cas où se montrent les défauts de l’automatisme.

Toutes choses égales d’ailleurs, il représente la perfection, mais il implique précisément que, par ailleurs, les choses ne sont pas égales. Il n’est pas rare de voir des hommes satisfaits de leurs occupations devenues régulières et devenues automatiques, mais il n’est pas rare non plus d’en voir qui, à mesure précisément que leurs occupations se font plus routinières, s’y intéressent moins et laissent grandir en eux, plus ou moins ignorés, des désirs nouveaux, jusqu’au moment de la crise qui éclatera tôt ou tard et deviendra le point de départ d’une évolution nouvelle. Remarquons seulement que dans les cas de ce genre la personnalité n’était point tout entière, il s’en faut, organisée par les tendances que l’automatisme gagnait.

Au point de vue de la création du moi par la volonté le caractère de la décision change aussi, à mesure que se poursuit l’évolution du pouvoir personnel. Au début de cette évolution, dans l’activité capricieuse, nous ne pouvons guère observer celte création du moi par la volonté que nous avons indiquée tout à l’heure, ou, du moins, elle y prend des caractères assez particuliers. La satisfaction d’un caprice ne transforme le moi, en général, que d’une façon superficielle et passagère, parce que c’est précisément un des caractères du caprice d’être une velléité sans grande importance. Il peut arriver sans doute que la satisfaction d’un caprice ait des suites graves et puisse devenir le point de départ d’une grande modification du moi, mais c’est àlors que le caprice correspondait à une tendance assez puissamment organisée déjà et qu’il n’avait, vraisemblablement, du

caprice que l’apparence, ou bien encore le caprice n’a du qu’à une chance heureuse de commencer un développement qui s’est longtemps poursuivi. Dans ce cas, généralement, le caprice a été pour le moi une occasion de se développer et de passera un genre d’activité tout à fait différent de l’activité capricieuse Ou bien encore le caprice est devenu le point de départ d’une désorganisation du moi par l’affaiblissement de la coordination générale des phénomènes, par la désagrégation des quelques tendances qui les di rigeaient encore un peu.

A mesure que nous passons de l’état du règne des caprices à celui du règne du pouvoir personnel, le changement du moi par la volonté prend une autre apparence. Il y a surtout un moment où ce changement peut être très important. C’est, celui où le moi, commençant à s’organiser, peut encore s’organiser suivant des principes très différents. Il peut arriver qu’un seul acte de volonté, ou une petite série d’actes de volonté forme et transforme ainsi presque complètement le moi. Nous rencontrons à tout moment dans la vie des chemins qui bifurquent et nous peuvent conduire à des points bien différents. Souvent, surtout au début de notre carrière, mais quelquefois aussi plus lard, nous hésitons entre plusieurs voies. Selon celle que nous allons prendre, notre vie entière peut être changée, et, avec elle, notre personnalité. La vieille fable d’IIcrcule ayant à choisir entre le vice et la vertu symbolisera, si l’on veut, cette situation. Ici le premier acte de volonté qui va naître peut déterminer l’orientation de toute une vie et de toute une âme. C’est qu’il va déterminer

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les conditions dans lesquelles cette âme se développera, dans lesquelles cette vie va se dérouler, conditions qui en se combinant avec les traces laissées dans l’esprit par sa volition, par la synthèse nouvelle qui va se produire à un moment donné, peuvent fort bien ne plus permettre jamais aucun retour en arrière. Il est, dit-on, sur la ligne de partage des eaux en France, une maison si justement bâtie sur la ligne de faîte que la goutte d’eau qui tombe sur un côté de son toit est entraînée vers la Méditerranée, tandis que celle qui tombe sur l’autre côté se dirige vers l’Océan. Le moindre vent qui, pendant sa chute, la pousse vers l’un ou vers l’autre va décider de sa route, et une fois qu’elle sera tombée sa destinée sera fixée. De même la moindre circonstance qui vient déterminer la formation dans un sens ou dans l’autre de la synthèse volitive, peut, en certains cas, fixer d’une manière irréparable non seulement l’orientation de la vie, mais le développement d’une âme, le triomphe ou la défaite de ses vertus ou de ses vices, de telle ou telle de ses aptitudes ou de tel on tel de ses goûts.

Plus tard à un état d’organisation plus avancé, l’influence de la décision sur la transformation du moi est incomparablement plus faible. Maintenant le moi est trop formé pour pouvoir se modifier beaucoup; les volitions l’expriment toujours, mais elles ne le transforment plus, elles se bornent à le maintenir, à le faire durer, à lui conserver la systématisation acquise, tout au plus à l’accentuer encore un, peu. La transformation suppose, en effet, l’existence dans la personnalité d’éléments encore mal harmonisés donl les uns vont, être éliminés tandis que les

1»A ulhan, 2e édit. n

autres se développeront, à moins qu’elle ne produise elle-même cette désharmonie. Mais la transformation produite par le pouvoir personnel ne peut guère se manifester que dans le premier cas. Ce qui peut arriver parfois aussi, comme la coordination n’est jamais parfaite, ni la personnalité complètement unifiée, c’est qu’un caprice vienne, à un moment donné, grâce à des conditions exceptionnellement favorables, commencer une transformation nouvelle qui va se dérouler selon le même processus que nous avons examiné déjà, mais la transformation ici encore peut aboutir à l’organisation d’un pouvoir personnel automatique, elle n’en part pas. Elle a pour germe, au contraire, la défaite du pouvoir personnel antérieurement établi qu’un caprice a vaincu grâce à une heureuse rencontre de circonstances, et grâce aussi, en général , à la persistance dans la personnalité d’éléments mal soumis, de désirs assoupis mais non éteints qu’une circonstance favorable peut toujours rallumer.

§ io. — Le pouvoir personnel et l'exécution.

Les qualités de l’exécution dépendent dans une assez grande mesure des qualités de la décision et nous voyons l’exécution se modifier en conséquence du caprice au pouvoir personnel. Si dans le caprice l’exécution est souvent vive, prompte et peu sûre, car un retard accidentel peut la supprimer complètement, il en est tout autrement, d’une manière générale, dans l’exercice du pouvoir personnel. Quand le pouvoir personnel est dans la période d’organisa-

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tion, l’exécution présente des caractères assez variables. Parfois elle est précipitée et prompte. On cherche volontiers, après avoir pris une résolution grave et qui nous a fait longtemps hésiter, à se rendre tout retour impossible, à s’obliger à aller jusqu’au bout. On veut, à tout prix, éviter de recommencer les hésitations et les luttes qu’on a subies, et l 'on se presse d’exécuter après avoir été lent à se décider. Mais le contraire se produit aussi. Il arrive que l’hésitation se fait sentir encore, quoique à un moindre degré, une fois la délibération terminée et la décision prise. Parfois aussi on souffre encore d’avoir renoncé, par une décision pénible, à des choses auxquelles on tenait. On voudrait bien que quelque circonstance, plus ou moins prévue, vînt rendre notre sacrifice inutile. Alors on tarde, on fait traîner l’exécution, on a de la peine à entrer dans l’irrévocable. Même si on n’espère pas pouvoir l’éviter on peut y arriver sans enthousiasme. D’autres fois enfin on ne remarque ni cette hâte ni ce retard de l’exécution. Parfois un peu de maladresse et de gaucherie, résultant du manque d’habitude, vient la troubler. En ce cas, les caractères de l’exécution 11e dépendent pas complètement des caractères de la décision, mais de ses rapports avec l’activité ordinaire de l’esprit. On peut décider péniblement des projets très faciles à exécuter, et réciproquement. Toutefois en ce dernier cas, de nouvelles décisions, comme nous l’avons vu, doivent intervenir et le pouvoir personnel a de nouvelles occasions de s’exercer, ce qui complique la question sans la changer essentiellement.

A mesure que le pouvoir personnel se rapproche

de rautomatisme, l’exécution prend, elle aussi, un caractère général de régularité, en tant que, comme cela est assez ordinaire, les décisions qu’il s’agit d’exécuter perdent en grande partie leur caractère de nouveauté et deviennent, à bien des égards, au moins, et de plus en plus habituelles. En revanche l'exécution, comme la décision, d’actes inaccoutumés, quand la nouveauté dépasse un certain degré et que l’adaptation devient plus difficile, se fait, en même temps, de plus en plus pénible.

§ 1 1 . — Les formes intermédiaires et les formes

composées.

Nous avons étudié surtout les formes extrêmes de la volonté : les caprices et le pouvoir personnel. La première exprime une très faible partie de la personnalité, la seconde exprime la personnalité presque entière. De l’une à l'autre il y a bien des intermédiaires que j’ai à peine indiqués mais qu'il est assez facile de restituer. Il est en effet bien des actes de volonté qui, sans engager la personne entière, en engagent cependant une assez grande partie, qui sont, beaucoup plus qu’un caprice et bien moins qu’un acte de volonté réfléchie, une manifestation d’un pouvoir personnel bien coordonné. C’est ce qui arrive par exemple chez les impulsifs. On ne pourrait définir leur manière d’être en l’appelant une activité capricieuse. Ce nom s’appliquerait assez mal, par exemple, à des caractères comme celui de Benvenuto Cellini. Les impulsifs ont souvent des passions vio-

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lentes et dont le fond est très durable si les explosions en sont soudaines et parfois assez brèves. D’un autre coté on ne peut pas dire que le pouvoir personnel soit bien développé chez eux puisque, réellement, ils ne se possèdent pas, puisque leurs désirs, certains de leurs désirs au moins, sont assez puissants pour dominer absolument la personnalité lorsqu’ils viennent à se manifester, lorsque quelque circonstance, parfois insignifiante, les déchaîne. Leur activité est donc intermédiaire entre l’activité capricieuse et le pouvoir personnel. Elle exprime plus qu’un désir passager et bien moins qu’une personne entière. (Je suppose, bien entendu, que nous ne considérons que les impulsifs chez qui, comme il est fréquent, la personnalité est assez divisée. En certains cas l’impulsivité peut se rattacher à des caractères psychologiques différents et elle est alors elle-même une autre chose.) Du caprice à l’impulsion et de l’impulsion à la volonté réfléchie on peut encore placer bien des degrés. Il y a là une série de types sensiblement continue et l’on peut passer aisément de l’un à l’autre.

De plus il est fréquent que ces différents types s’associent plus ou moins dans un même individu. Si la prédominance de l’une des différentes formes de l’acte de volonté donne différents types, il ne faut pas en conclure que ces formes s’excluent au point de ne pouvoir subsister dans un même esprit. Rien n’est plus fréquent au contraire que de voir un homme capricieux sur certains points et réfléchi en certains cas, impulsif quand il s’agit de certains sentiments et, à d’autres égards, plein d’empire sur lui-même. C’est que tous nos sentiments, toutes nos

idées, toutes nos tendances ne sont pas développés également et associés aux autres de la même manière, — et pour toutes sortes de raisons, — et qu’il en est de même et de leurs éléments et de leurs composés, depuis la plus mince combinaison de phénomènes qui ait le droit de s’appeler un désir jusqu’à l’ensemble de la personnalité et à ses grandes subdivisions.

La volonté est une chose très variable, un phénomène dont les formes différentes sont extrêmement loin de se rassembler entièrement. Nous n’avons pas épuisé la série des distinctions qu’on peut établir entre elles. Cependant nous avons montré comment elle différait de l’automatisme et de l’imitation et comment elle leur ressemblait, nous avons vu comment les actes de volonté pouvaient différer les uns des autres dans leurs rapports avec la personnalité. Nous devons voir, à présent, comment ils peuvent différer les uns des autres selon les phénomènes psychiques qu’ils dirigent.

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