LA VOTA ) NT K
Si nous reprenons notre exemple de tout à l’heure : le fait d’ouvrir volontairement son parapluie après avoir senti une goutte d’eau sur la main et vérifié la réalité de la pluie, nous voyons que les trois phases de l’acte de volonté : la délibération, la décision, l’exécution s’y retrouvent aisément. La délibération commence avec l’impulsion à se préserver de la pluie et comprend la vérification, la décision s’effectue lors de la synthèse des impressions et des incitations motrices, l’exécution comprend les actions nerveuses et musculaires qui constituent et surtout celles qui préparent l’acte.
On voit que, pour un acte volontaire insignifiant, un nombre considérable d'éléments nerveux sont mis en activité. Les divers centres de l’écorce cérébrale interviennent pour délibérer, pour apprécier les perceptions, pour en préparer d’autres, les centres subalternes interviennent aussi soit pour diriger les mouvements destinés à la vérification des impressions, soit pour recevoir les perceptions recherchées. Toutes les perceptions et les diverses idées qui les préparent ou les suivent sont également accompagnées de faits de mouvements (mouvements de la main, de la tête, des yeux, etc.). La synthèse de la décision intéresse donc un grand nombre d’éléments nerveux qui va s’augmenter encore par l’exécution. L’écorce cérébrale, les ganglions de la base du cerveau, le cervelet, la moelle épinière y prennent part et les muscles y interviennent pareillement puis-
que les impressions qu’ils envoient aux centres nerveux constituent le sentiment d’effort qui tient une si grande place dans notre perception subjective de l’acte volontaire et sur lequel d’ailleurs les savants ne sont pas encore absolument d’accord. La simple représentation des mots par lesquels nous apprécions intérieurement les motifs des actes que nous nous proposons d’accomplir implique vraisemblablement déjà — pour un simple élément d’un des éléments de l’acte volontaire — la mise en activité du centre du langage parlé, localisé dans le pied de la troisième circonvolution frontale gauche *, peut-être du centre auditif des mots dans la première temporale ou du centre visuel des mots dans le pli courbe, d’un centre d’association, des noyaux du facial, du spinal et de l’hypoglosse, des nerfs moteurs des lèvres, de la langue et du larynx, pour peu qu’on ait le type moteur, ou d’autres éléments si l’on présente le type auditif ou visuel, etc. On entrevoit par là quelle immense quantité d’actes élémentaires sont synthétisés dans l’acte de volonté le plus insignifiant — en dehors même de l'intervention hypothétique d’un centre spécial du psychisme supérieur et de la volonté. Chacune des images et des idées qui sont évoquées dans la délibération, chacun des sentiments qui entrent en action pour diriger l’activité, chacune aussi des images et des idées et chacun des sentiments qui entrent dans la décision et tous ceux qui la suivent et constituent au moins un commencement
i. si r on considère comme exacte la localisation que les travaux de Broca et de ses successeurs ont fait admettre et qui a été récemment encore discutée.
d’exécution impliquent aussi des activités semblables des éléments nerveux, et même, dans une certaine mesure, des muscles et des changements plus ou moins perceptibles dans la circulation, la respiration, la digestion, etc. , et les conditionnent ou sont, jusqu’à un certain point, conditionnés par eux. Un acte de volonté renferme aussi une innombrable quantité de petites impulsions ou de petits arrêts, que l’activité des centres supérieurs provoque ou inhibe l’activité des centres inférieurs, ou qu’elle soit sollicitée ou bien contrariée par elle. Et il est essentiellement, à notre point de vue, considéré par côté physiologique, une synthèse non habituelle, constituant une sorte d’innovation dans laquelle le caractère de nouveauté peut prendre des valeurs très différentes depuis les actes de volonté quasi-automatiques, jusqu’à ceux qui tranchent le plus sur la routine habituelle et l’activité suggérée ou imitatrice, des activités d’une immense quantité d’éléments nerveux appartenant aux neurones des divers systèmes, et s’accompagnent de phénomènes somatiques se rattachant aux diverses fonctions de l’organisme (activité musculaire, circulation, respiration, etc.).
Tous ces phénomènes n’ont évidemment pas la même importance dans l’acte de volition. 11 en est dont le rôle est insignifiant, où rien ne caractérise spécialement l’acte de volition ; on les retrouverait aussi bien dans l’activité automatique ou suggérée. Ce qui caractérise surtout l’acte de volition, c’est, comme l’analyse psychologique nous l’a montré le caractère de nouveauté de la synthèse par où la volonté s’oppose à l’automatisme, et le caractère de
personnalité de la synthèse par où elle s’oppose à l’activité suggérée. Et ces deux caractères semblent désigner comme important spécialement à la manifestation de l’acte de volonté les centres de l’écorce cérébrale où l’activité est plus compliquée, et prend des formes moins régulières, moins identiquement répétées que dans les centres de l’automatisme, ou des actions réflexes, que dans la moelle ou les ganglions de la base du cerveau.
On voit à quelle large réalité physiologique correspond le fait psychique de la volonté et quelle quantité de faits somatiques elle implique qui lui sont propres ou qui caractérisent aussi d’autres formes de l’activité. Je n’ai pas cru devoir généralement exprimer en termes physiologiques mes analyses psychologiques. Souvent cette expression resterait hypothétique ou même ne serait qu’une simple traduction qui aurait parfois l’inconvénient de faire illusion sur les sources et sur la précision de nos connaissances. Mais il reste acquis que chaque fois que nous parlons d’une volition il s’agit non pas d’un acte psychique supposé indépendant de l’organisme, mais d’un acte psychique qui est comme tous les faits psychologiques un complexus de faits physiologiques, et dont nous pouvons connaître, d’une manière générale, et jusqu’à un certain point les élément constituants1.
1. On trouvera des renseignements sur 'a base physique de la volonté dans les traités d’anatomie et de physiologie. Voir aussi : IIerzen, Physiologie de lavolonlé. Paris, Germer- Baillière, 187/4 ; Mandsley, Physiologie de l’esprit, chapitre vu ; Ribot, Les maladies de la volonté, etc.