COLOMDA EST APPELEE PAR L EVEQUE
Le curé du village, un saint homme que tant (le sang versé désolait, avait entrepris d'apaiser cette triste inimitié ; mais Colomba était irréductible. Elle voulait pousser le duel jusqu'à Textermination des familles ennemies.
Le bon curé écrivit alors à l'évôciue pour qu'il intervienne. Celui-ci pria Colomba de se rendre auprès de lui, à Ajaccio.
Elle partit avant le jour, accompagnée d'un domestique. Tous deux étaient montés. Ils portaient des provisions avec eux. Ils voya-
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geaient pendant le jour, et, le soir venu, ils demandaient Thospitalité, soit dans un village, soit dans une chaumière de berger.
Dès son arrivée àAjaccio, Colomba se rendit à Févêché. L'évêque l'accueillit avec empressement et voulut lui faire abandonner son esprit de vendetta. Mais son éloquence fut vaine.
— Monseigneur, répondit Colomba, le long et dur voyage que j'ai entrepris pour me rendre à votre appel témoigne de la déférence et de l'admiration fervente que j'ai pour votre personne et pour les hautes fonctions que vous occupez. Je savais, avant de partir de Fozzano, ce que vous vouliez de moi. Vous me demandez l'impossible ! Il m'est très pénible de ne pas me conformer à vos désirs ; mais j'estime que mon parti n'est pas assez victorieux pour tendre la main à ses ennemis. Et je ne saurais vous cacher qu'il désire aller jusqu'à l'anéantissement de l'autre. Je le seconderai de toutes mes forces. Je sais bien qu'il y a 1 anathème de Dieu
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sur la vengeance ; mais la vengeance est une passion plus ardente et plus tyrannique que les autres ; et elle est tellement entrée dans nos mœurs, Monseigneur, que nous ne saurions nous passer d'elle... Vous me dites : « Vous ne priez pas assez. » Mais si, je prie. Je connais toutes les prières de l'Eglise par cœur; mais je trouve que la plus belle des prières est encore une bonne vengeance.
L'évêque, effrayé, se couvrit le visage de ses mains.
Un jour, la domestique de Colomba donnait à mangera ses poules; elle vit venir le fils du maire, qui lui dit :
— Je désire parler à ta maîtresse.
Elle en fut tellement saisie que, sans répondre, elle monta l'escalier quatre à quatre et, cria tout émue :
— Signora, le fils du maire est là qui veut vous voir I
— Le lils du mairci s'exclama Colomba... Est-il armé ?
— Apparemment non.
Le maire était leur ennemi le plus important du haut quartier. Que signifiait la démarche de son fils?
— Fais-le monter, dit-elle à la fin.
Et elle alla s'asseoir au coin du feu et se mit à tricoter..
Il entra. C'était un jeune homme sec, aux yeux ardents, aux allures franches. Il salua.
— Que voulez-vous, monsieur ?
— La paix.
Colomba fronça le sourcil.
— Oui, la paix! continua avec force le jeune homme. Je sais que, si vous dites un mot, vos partisans la feront, la paix, cette paix que tout le monde désire au village.
Elle le fit asseoir.
— Qui vous envoie?
— Personne! C'est de mon propre gré que je suis ici. Mais, si vous consentez à désarmer^ je réponds des nôtres,
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— Vous devez rêvasser souvent, ditColomba, non sans ironie. Moi, je ne désarme pas, je ne désarmerai jamais, monsieur.
— Vous n'avez donc pas de pitié, de bonté?
— J'en ai pour les miens.
Le jeune homme ricana :
— Ce n'est pas sûr.
Colomba se leva si brusquement que l'autre recula.
— Oh! fit-elle, ne craignez rien. Vous êtes chez moi, donc vous m'êtes plus sacré que mes enfants. Mais, une fois sorti d'ici, gardezvous!
Alors il s'en alla. Il descendit l'escalier lentement, pensif, ets'éloignavers l'église. Il avait fait quelques pas à peine qu'un coup partit. Atteint à la tôte, il tourna sur lui-même et tomba le nez contre terre. Il était mort.
On accusa Colomba d'avoir tiré ; mais nul ne l'avait vue,
Un autre jour, quelqu'un du quartier ennemi longeait le mur du champ où se trouve le tombeau desBartoli. Il était armé ; mais il tournait le dos à la maison de Colomba. Il n'avait donc pas d'intention hostile.
Soudain un coup de feu retentit et l'homme s'affaissa, râlant, baigné dans son sang.
On soupçonna Colomba. Il n'y avait pas de preuves contre elle. On racontait qu'elle donnait, assise contre la fenêtre, le sein à son fils François, lorsqu'elle aperçut son ennemi ; alors, sans déposer l'enfant, elle prit sa carabine toujours à portée de sa main, et tira par la croisée entr'ouverte.
M. Jean Versini, de Fozzano, un des descendants de Colomba, auquel j'avais demandé si ce fait était exact, m'a répondu ceci :
— On le dit; mais je ne puis l'affirmer. Ce