COLOMBA ET LE BERGER
Colomba était une grande ensorceleuse. Certains auraient commis les pires extravagances pour lui faire plaisir et nul acte n'était assez téméraire si elle l'approuvait.
Elle fascinait. Cette puissante femme, d'aspect violent et hautain, avait en elle des trésors de fascination. Son regard, le rythme de son corps dégageaient, parfois, on ne savait quelle attraction irrésistible.
On raconte qu'un berger de Durazzo était tombé amoureux de Colomba. C'était un de
ces pâtres rêveurs et broussailleux dont la mélancolie couve éternellement une flamme ardente. Il disait : « Pour la signora Colomba, je donnerais mon âme au diable ! » Elle le sut, elle Tattira, tout en lui parlant comme à un esclave pour lequel on n'a que du dédain. Elle fit si bien qu'il se jeta dans la machia. Là, dans une caverne perdue, où il n'entendait que le cri des oiseaux de proie, tout en se consumant et en se lamentant, il attendait chaque jour Colomba.
Elle vint un soir et elle lui dit :
— Es-tu prêt?
— Je suis prêt.
Elle restait à l'entrée de la caverne, au bout d'une sente qui serpentait dans la pierre et la broussaille. Elle sentait sur elle le regard lourd et brûlant de cet homme, ascète embrasé. Mais elle était armée, et, non loin, un de ses partisans se tenait caché. Long, sec, bronzé, sentant la terre et la mousse, le berger, dont