Ibid
BOUILLIER. 3
ment lorsqu'il ne laisse subsister entre elles d'autre diversité que celle du mode d'appréhension, sans nul préjudice de l'identité de nature des phénomènes. En effet, la distinction de l'objectif et du subjectif ne lui semble pas correspondre à une séparation essentielle des phénomènes ; l'aspect seul du phénomène change, scion qu'il est vu tour à tour du dedans ou du dehors, mais il reste le même. « Les sensations sont, dit-il, les aspects subjectifs des changements qui objectivement sont des pulsations nerveuses; d oubien encore : « Ce qui est objectivement une onde de mouvement moléculaire, propagé par un centre nerveux, est subjectivement une unité d'état de conscience analogue à ce que nous appelons choc nerveux. » Et ailleurs : « Une idée est le côté psychique de ce qui est, sous son côté physique, un groupe implexe de changements moléculaires1». Cette même affirmation revient sans cesse, sous les formes les plus diverses, dans les Principes de psychologie d'Herbert Spencer Ce sont, dit Lewes de son côté, deux versions du même texte original. M. Taine, comme Spencer et Lewes, ne veut voir qu'un seul événement diversement appréhendé dans la sensation et
1. « Il est infiniment probable, dit-il encore, que l'état de conscience et l'action nerveuse sont la double face interne et externe d'un même changement. » Il veut bien cependant avouer « que ce n'est pas encore démontré ».
et dans le mouvement moléculaire des cellules... Le rapport des événements moraux et des centres nerveux est, un rapport d'identité; toute la différence est dans le double aspect, dedans ou dehors, sous lequel nous les considérons. Il n'y a pas deux lignes d'événements hétérogènes, l'une constituant l'esprit et l'autre le corps, mais un seul et même phénomène avec ses deux faces, Tune subjective et morale, l'autre objective et physique, qui sont comme l'envers et l'endroit d'une même surface. « Un flux et un faisceau de sensations et d'impulsions qui, vues par une autre face, sont aussi un flux et un faisceau de vibrations nerveuses, voilà, dit-il, l'esprit *. » De même, selon M. Léon Dumont, la conscience n'est que l'état intime, la face subjective de la force ou du mouvement2. A la formule vague des rapports de l'âme et du corps, à l'hypothèse stérile, dit-il, de deux substances agissant l'une sur l'autre, M. Ribot veut aussi substituer l'étude de deux phénomènes en connexion constante, ou plutôt n'en faisant qu'un seul à double face3.
C'est là sans doute un effort ingénieux, mais tout à fait vain, pour ramener à l'unité la dualité de l'âme et du corps. Quelle est en effet la valeur