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Le cerveau et ses fonctions, préface

PHYSIOLOGIE ET PSYCHOLOGIE. 3t

dit encore M. Luys, est la physiologie du cerveau.

C'est là désormais, nous dit-on, la seule psychologie scientificpie, par opposition à l'ancienne qui n'avait rien apparemment de scientifique, et qui n'est bonne, selon M. Ribot, que pour les amplifications littéraires delà rhétorique. Ce que les psychologues jusqu'à présent avaient imaginé voir dans la conscience, c'est dans le cerveau seul qu'on le voit à nu. L'âme n'étant plus pour cette école que l'ensemble des fonctions du cerveau, c'en est fait non seulement de l'observation intérieure, qui ne saurait rien nous apprendre de l'encéphale ni des hémisphères, ni des circonvolutions du cerveau, mais c'en est fait de l'âme elle-même. Une psychologie sans âme, voilà le dernier mot des progrès de la science. Dans un compte rendu d'Eléments de physiologie par un auteur positiviste, nous lisions dernièrement: ii n'y est pas question de l'âme, c'est le plus grand éloge qu'on en puisse faire. Quel autre éloge en effet ajouter à celui-là? Une psychologie sans âme, après cela il n'y a plus rien ; c'est à peu près comme une physiologie sans cerveau. A quoi bon l'âme d'ailleurs sans l'observation intérieure? Il n'y a plus d'âme, plus de moi, plus d'être ou sujet, et aussi en conséquence, il n'y a plus de facultés. Que reste-t-il? Rien que des phénomènes qui, malgré leur double face,

sont des phénomènes purement physiologiques, ou des processus nerveux, comme ils disent, qui se succèdent, sans qu'on puisse savoir ni où ni comment.

Pour cette nouvelle espèce de psychologie il ne suffit plus au philosophe d'un retour attentif sur soi-même, ni de la méditation, fût-il un Descartes ou un Kant. Gomme au physicien, au chimiste et au physiologiste, il lui faut un outillage, des instruments et des substances de toute espèce, un vaste laboratoire, des préparateurs, et surtout des animaux vivants à martyriser, des chiens, ou mieux encore des singes qui se rapprochent davantage de l'homme. Les anciens psychologues, de même que le sage Bias, pouvaient dire : ornnia mecum porto ; les nouveaux ont changé tout cela : ils prétendent qu'une science sans laboratoire, pas même sans doute les mathématiques, ne saurait être une science.

Opposons leur ici, non pas Jouffroy, mais un de leurs maîtres, Herbert Spencer auquel, quoiqu'il ne soit pas toujours bien conséquent avec luimême, on peut emprunter plus d'un témoignage en faveur du spiritualisme, comme aussi de l'indépendance de la psychologie. Herbert Spencer, en effet, se plaint de la confusion des deux sciences et des deux ordres de phénomènes: « Sous son aspect subjectif, la psychologie, dit -il, est une science complètement unique, indépendante de

toutes les autres sciences, quelles qu'elles soient, et qui s'oppose à elles comme une anlilhèse. Les pensées et sentiments qui constituent une conscience, et qui sont absolument inaccessibles à tout autre que le possesseur de cette conscience, forment une existence qui ne peut se placer parmi celles dont les autres s'occupent1. » Il proteste également contre l'abus, si grand aujourd'hui, de l'anatomie et de la physiologie en psychologie : « Depuis que l'anatomie et la physiologie ont tant occupé l'attention, depuis qu'il est devenu de plus en plus manifeste qu'il y a une connexion fondamentale entre les changements nerveux et les changements psychiques, il s'est établi une confusion entre les phénomènes qui servent de base à la physiologie et la psychologie elle-même 2.» C'est même un point sur lequel Herbert Spencer s'est fait reprendre par Lewes qui lui reproche d'avoir admis cette séparation, et de n'avoir pas fait de la psychologie une simple branche de la biologie, à quoi, dit-il, il était naturellement conduit par la loi de l'évolution et par la doctrine du double aspect.

Cependant Herbert Spencer, après avoir si hautement proclamé les titres de la psychologie à une existence indépendante, les compromet singulière-

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