‹ La vraie conscienceChapitre 13 sur 74 · De V intelligence, 2a édit, 1er vol.. liv. iv, p · texte numérisé non relu

De V intelligence, 2a édit, 1er vol.. liv. iv, p

3. « Si notre intelligence et nos sens étaient assez perfectionnés, assez vigoureux, assez illuminés, pour nous permettre de voir et de sentir les molécu es mômes du cerveau; si nous pouvions suivre tous les mouvements, tous les groupements, toutes les décharges électriques, si elles existent, de ces molécules; si nous connaissions parfaitement les états moléculaires qui correspondent à tel ou tel état de pensée ou de sentiment,

sache lout le mécanisme du mouvement qui pendant une sensation se produit dans la substance grise, son circuit de cellule à cellule, ses différences, selon qu'il éveille telle ou telle sensation, etc.; nous n'aurons encore que du mouvement, et un mouvement, quel qu'il soit, rotatoire, ondulatoire, ou tout autre, ne ressemble en rien à la sensation de l'amer, du jaune, du froid ou de la douleur l. »

Il est vrai que M. Taine, après avoir reconnu ce contraste sans rémission, semble vouloir revenir sur cet aveu par un suprême recours, ainsi que nous l'avons dit, à la diversité du mode d'appréhension. Il suffit, dit-il, qu'un même fait soit connu par deux voies différentes pour que nous concevions deux faits différents. A la difficulté que

nous serions encore aussi loin que jamais de la solution de ce problème : quel est le lien entre cet état physique et les faits de conscience? L'abîme qui existe entre ces deux classes de phénomènes serait toujours intellectuellement infranchissable. Admettons que le sentiment amour, par exemple, corresponde à un mouvement en spirale dextre des molécules du cerveau, et le sentiment haine à un mouvement sénestre. Nous saurions donc que, quand nous aimons, le mouvement se produit dans une direction, et que, quand nous haïssons, il se produit dans une autre; mais le pourquoi resterait encore sans réponse. » (Leçon de John Tyndall sur les forces physiques et la pensée, Revue des cours scientifiques, 1868-1869, n° 1.) Plus tard, en 1875 dans un article sur le clergé en Angleterre, reproduit également par la Revue des cours scientifiques du 4 décembre 1875, il dit : la production de la conscience par un mouvement moléculaire est pour moi tout aussi inconcevable que la production du mouvement moléculaire par la conscience. 1. L'intelligence, 1er vol., liv. iv, chap. n.

nous avons déjà signalée, de savoir dans la théorie du double aspect, d'où peut venir cette double appréhension, ajoutons que la diversité même du mode d'appréhension ne peut changer la nature d'un fait. Que je voie par les yeux, que je touche par les mains, que je sente ou goûte un fruit, je prends connaissance de ses diverses propriétés, mais sa nature demeure la même. Il nous semble d'ailleurs qu'il y a là encore une sorte de cercle vicieux, N'est-ce pas parce qu'ils sont essentiellement différents que deux faits sont connus par des modes différents d'appréhension, et non parce qu'ils nous sont connus par des voies différentes, qu'ils nous paraissent différents, malgré leur identité supposée?

Nul plus que Claude Bernard, notre plus grand physiologiste, n'a d'autorité pour déterminer les limites dans lesquelles la physiologie doit s'enfermer. Or il déclare qu'il est impossible de comprendre l'essence de la conscience du point de vue physiologique : « Quelle idée, dit-il, le physiologiste se fera-t-il de la nature de la conscience ? Il est porté d'abord à la regarder comme l'expression suprême et finale d'un certain ensemble de phénomènes nerveux et intellectuels ; car l'intelligence supérieure apparaît toujours la dernière, soit dans le développement de la série animale, soit dans le développement de l'homme.

i S LA Vit AÏE CONSCIENCE.

Mais dans cette évolution comment concevoir la formation du sens intime et le passage, si gradué qu'il soit, de l'intelligence inconsciente à l'intelligence consciente? Est-ce un développement organique naturel et une intensité croissante des fonctions cérébrales qui fait jaillir l'étincelle de la conscience restée à l'état latent, jusqu'à ce qu'une organisation assez perfectionnée puisse permettre sa manifestation, et est-ce pour cette raison que nous voyons la conscience se montrer d'autant plus lumineuse, plus active et plus libre qu'elle appartient à un organisme plus élevé, plus complexe, c'est-à-dire qu'elle coexiste avec les appareils inconscients les plus nombreux et les plus variés? En admettant que l'expérience vienne confirmer ces opinions, nous n'en comprendrions pas mieux pour cela, au point de vue physiologique, l'essence de la conscience, que nous ne pouvons comprendre au point de vue chimique l'essence du feu et de la flamme. Le physiologiste ne doit donc pas trop s'arrêter à ces interprétations, il lui suffit de savoir que les phénomènes de l'intelligence et de la conscience, quelque inconnus qu'ils soient dans leur essence, quelque extraordinaires qu'ils nous apparaissent, exigent, pour se manifester, des conditions organiques ou anatomiques, des conditions chimiques et physiques qui sont accessibles à ses investigations, et c'est

dans ces limites exactes qu'il circonscrit son domaine. »

Combien de physiologistes n'ont pas eu cette sagesse et, au lieu de suivre l'exemple du maître, ont méconnu à plaisir ces limites infranchissables? Comme ils enjambent lestement cet abîme sur lequel il n'y a aucun pont, ceux qui s'imaginent unir ce qui est profondément séparé, au sein d'un seul phénomène à double face ! Il y a là, encore une fois, deux phénomènes qui peuvent être sans doute en la plus étroite corrélation, mais qui ne se laissent par aucune voie réduire l'un à l'autre et qui, en raison de leur incompatibilité, réclament nécessairement deux sujets distincts, le corps et l'esprit.

Ceci condamne à l'avance toutes les tentatives de définitions ou d'explications physiologiques de la conscience. Nous sommes forcément de l'avis du philosophe américain Noah Porter : Aucune de toutes les définitions de la conscience données par les métaphysiciens ne saurait égaler en absurdité celle que le cérébraliste est conduit à donner de l'intelligence qui est la matière et le sujet de la science l.

Comme preuve à l'appui de ce jugement sévère, citons la définition d'un psychologue anglais

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