Apologie de Raymond de Sèbonde
débuté dans la vie consciente et quelles ont été nos premières sensations. « Nous ne saurions, dit Condiliac, nous rappeler l'ignorance dans laquelle nous sommes nés, c'est un étal qui ne laisse point de trace après lui1. »
Jusqu'où remonte donc la mémoire dans notre passé? Nous ne croyons pas que, chez les mieux doués, et à la condition de quelque impressionbien profonde, elle nous conserve quelque chose de ce qui a précédé la troisième année. Ce travail de l'esprit qui se fait à certaines occasions pour remonter aussi loin que possible dans les premiers événements de la vie à la poursuite des plus anciens souvenirs, a été plus d'une fois décrit par d'illustres romanciers avec une grande vérité psychologique. Ainsi Goethe dans l'histoire de Mignon, Walter Scott dans Guy Mannering, Georges Sand dans V Homme déneige, ont mis en scène des personnages qui, après bien des aventures et après bien des années, se trouvent ramenés sans le savoir, aux lieux oubliés où s'est passée leur première enfance, dans les murs du manoir ou du palais de leurs ancêtres, d'où ils ont été enlevés dans leur enfance. Leurs souvenirs s'éveillent peu à peu, à travers bien des nuages, et par lambeaux qui se rejoignent et s'ajustent avec lenteur. Il