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CHAPITRE IV

La conscience et la vie. — Quand la conscience s'ajoute-t-elle à la vie? — Deux opinions. — Simultanéité ou apparition plus ou moins ultérieure de la conscience. — Coup d'œil historique sur la question. — Les anciens et les modernes. — La conscience antérieure au moment de la naissance. — Diverses dates assignées à son apparition dans la période intra-utérine. — De l'avortement. — Rapport de sa criminalité avec la date présumée de l'animation. — Texte de la Bible diversement interprété. — L'ancienne législation française.

— Distinctions introduites et pénalité adoucie dans la législation nouvelle. — De l'avortement au point de vue médical.

— Combien sont arbitraires toutes les dates fixées pour l'animation entre la conception et la naissance. — Difficulté de concevoir dans l'être vivant un passage de l'inconscience à la conscience.

A quel moment du développement de l'être humain faut-il placer cette première et faible apparition de la conscience ? Une période absolum ent inconsciente, plus ou moins longue, l'a-t-elle précédée au sein de l'être vivant? L'âme avec la vie a-t-elle préexisté à la conscience, ou bien la conscience est-elle primitive, contemporaine de la vie même, innée pour ainsi dire? Cette question a été plus d'une fois agitée par les philosophes, les jurisconsultes, les théologiens et les ca-

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suistes. Elle n'intéresse pas en effet seulement la philosophie et le droit, mais aussi la morale et certains dogmes théologiques.

La première opinion, celle qui ajourne plus ou moins l'avènement de la conscience, a été soutenue par un certain nombre de philosophes anciens1. Elle est attribuée par Galien à Platon et à Asclépiadc. Protagoras et quelques stoïciens auraient pensé, d'après Plutarque, que l'âme et la conscience ne sont pas antérieures à la naissance et qu'elles ne commencent qu'avec le premier acte de respiration2. Quelques modernes ont été du même sentiment3. Il ne paraît pas douteux

1. J'ai consulté sur l'histoire de cette question un curieux ouvrage : Embryologia sacra, sive de officio sacerdotum, medicorum et aliorum circa œternam parvulorum in utero existentium salutem, par Emmanuel Cangiamila, chanoine de Païenne, Panormi, 1758, petit in-folio. Cangiamila, qui incline à faire remonter l'animation du fœtus ou l'infusion de l'àme raisonnable, jusqu'au moment de la conception, s'appuie sur des arguments empruntés à la théologie, et sur les découvertes et les expériences des modernes. Il distingue quatre états dans le fœtus avant la naissance : 1° quand après la conception il commence à se former; 2° quand le cœur et le cerveau, principaux organes de la vie, sont formés; 3° quand il a toutes les parties distinctes et bien formées ; 4° quand non-seulement il est formé, mais assez fort pour résister à l'impression de l'air extérieur et sortir de l'utérus. Or il y a tout autant d'opinions parmi les théologiens et les médecins sur l'époque de l'animation du fœtus. Il en cite un grand nombre chez les anciens et chez les modernes.

2. Selon Plutarque (Deplacitis philosophorum,\i\. V, cap. xv), les stoïciens considéraient le fœtus comme une partie du ventre de la mère.

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