Cangiamila cite Jean Marc, célèbre médecin de Prague, et
que tout au moins, dès la naissance, il ne faille admettre dans l'enfant une âme avec une certaine conscience. Gomment refuser des sensations plus ou moins confuses à l'enfant qui vient de naître et qui pousse des cris, comme par une sorte de pressentiment, dit poétiquement Lucrèce, de tous les maux qu'il doit supporter dans la vie1? Mais avant de respirer, avant la naissance même, n'était-il pas déjà un être animé et n'avait-il pas quelques sensations? L'hypothèse d'une animation qui ne daterait que du moment de la naissance est démentie par les faits, 'suivant le plus grand nombre des physiologistes; en outre, elle ne serait pas même sans inconvénients au regard du respect de la vie humaine dans sa première période.
Claude Perrault, dont j'ai fait connaître ailleurs 2 la doctrine, et que je me borne à citer ici,
la faculté de théologie de Louvain à laquelle, dit-il, ce senti- ment n'aurait pas déplu.
Bischoff en cite un certain nombre dans son Traité du développement de V homme et des mammifères, 3e partie : Des phénomènes de la vie dans le fœtus, trad. par Jourdan. Parmi eux est Ennemoser, qui a réuni toutes les solutions de la question dans son ouvrage : Historisch plujsiologische Untersuchungen ueber der Ursprung und das Wesen der menschlichen Seele ueberhaupt, und die Beseelung des Kindes insbesondere. Bonn, 1821.
1. Vagituque locum lugubri complet, ut œquum est, (au tantum in vità restet transire laborum.
2. Le principe vital et l'âme pensante, 2e édit, Didier, chap. xiv.
donne au fœtus une âme qui est l'artiste unique, el môme conscient et raisonnable, de l'organisation. Selon Malebranche : « L'âme de l'enfant est unie à son corps dans le môme moment qu'elle est créée, à cause que c'est la conformation du corps qui oblige Dieu, en conséquence de ses volontés générales, à lui donner une âme pour l'informer l, » Il croit que le fœtus pense dans le sein de sa mère : « Les préjugés des hommes à l'égard des enfants sont tels, dit-il, qu'on s'imagine ordinairement qu'ils ne pensent pas dans le ventre de leurs mères 2. » Selon Cabanis, il y aurait à faire une psychologie du fœtus3, et, dans la vie utérine toutes les fonctions seraient déjà accompagnées d'une sensibilité sourde. Il ose même conjecturer, se rapprochant ainsi de Claude Perrault, que certaines impressions, celles surtout qui se rapportent au pouvoir absorbant, sont peut-être moins obscures dans le fœtus qu'elles ne le deviennent par la suite dans l'adulte, « toujours distrait de ses affections internes parla présence des objets extérieurs ». Enfin il esquisse une description de l'état idéologique
1. Voyez mon édition de la Recherche de la vérité, 2e vol. r 8e éclaircissement.