‹ La vraie conscienceChapitre 29 sur 74 · Spencer ne met pas en doute que l'élément primitif de la · texte numérisé non relu

Spencer ne met pas en doute que l'élément primitif de la

bryonnaire* dès son origine, ce minimum inappréciable de conscience qui, en se développant, deviendra la conscience adulte de l'homme jouissant de toutes ses facultés. Ces deux sortes de consciences, celle de l'embryon et celle de l'homme fait, sont d'ailleurs à de si grandes distances l'une de l'autre, que nous ne craignons nullement le reproche de faire du fœtus un vrai métaphysicien, suivant une des plaisanteries favorites de Voltaire contre les partisans des idées innées. Pas davantage on ne pourra nous objecter que nous le douons de plus de science que Je plus habile des anatomistes et des physiologistes, sui vant la critique méritée qui a été faite à Claude Perrault !.

Voilà les raisons pour lesquelles, entre toutes les hypothèses sur un point si obscur, nous préférons celle de la coexistence de l'âme avec la vie et de la vie avec la conscience. En substituant un

conscience ne soit présent même dans le protoplasma indifférencié. (Principes de psychologie, § 60 et 61.)

1. Nous pouvons nous appuyer ici sur l'opinion de M. Ravaisson qui n'admet pas que « l'instinct de l'âme dans ses fonctions vitales soit absolument et rigoureusement aveugle, c'est-à-dire entièrement dépourvu d'intelligence et de conscience. » (Rapport sur les progrès de la philosophie en France, p. 174.) M. Janet dans son Traité élémentaire se prononce en faveur de l'innéité de la conscience. « Nous admettrons volontiers, dit-il, comme l'hypothèse la plus simple que la conscience est contemporaine de la vie. En d'autres termes, la conscience serait innée. » (Page 105.)

développement continu à une révolution subite et miraculeuse, ou du moins en plaçant cette révolution à l'origine même, elle nous semble offrir moins de difficultés que toutes les autres. En résumé, vivre c'est sentir et sentir c'est avoir la conscience, à un degré quelconque, à une distance, si l'on veut, infiniment petite du zéro de l'inconscience, mais sans jamais se confondre avec elle.

Nous ne pouvons donc mieux conclure qu'en disant avec Gassendi : « quae sententia longe planior est; quippe nullum invenitur commodius momentum, cum, assumpto quolibet alio, incredibile fiât cur tantisper exspectare debuerit. »

Nous avons marqué à grands traits les principaux degrés de la conscience et nous venons de remonter, par voie d'observation indirecte et d'hypothèse, jusqu'à ses plus humbles commencements. Nous avons maintenant à rechercher quelles sont les conditions essentielles de la conscience, celles hors desquelles elle ne peut être saisie par l'observation interne, et sans lesquelles le raisonnement lui-même ne peut la concevoir. Avec quelque évidence que ces conditions s'imposent à notre esprit, comme elles sont aujourd'hui méconnues et niées par une école considérable, nous ne saurions trop y insister, même au risque de nous faire accuser de n'avoir à débiter que des

lieux communs de l'ancienne psychologie. Grâce à l'habileté de nos adversaires, ces lieux communs reprennent de Fà-propos et de l'intérêt; d'ailleurs comme ils ne se lassent point de reproduire les mêmes attaques, nous ne devons pas nous lasser de reproduire des réponses auxquelles sans doute, manque la nouveauté, mais qui ont toujours le même fondement dans l'expérience interne en dépil de toules leurs subtilités et de toutes leurs prétentions scientifiques.

Toutefois il nous semble inutile de nous arrêter à combattre des erreurs qui sont aujourd'hui généralement abandonnées, même par les chefs de la nouvelle école; il ne convient pas d'insister, par exemple, plus que nous l'avons fait dans notre second chapitre, sur la négation d'une science des faits psychologiques. L'erreur semble par trop manifeste ; elle est trop évidemment démentie par la psychologie ancienne et même par la nouvelle. Auguste Comte et Broussais, comme nous l'avons dit, ont été abandonnés en ce point par leurs disciples ou leurs successeurs, et par tous les plus illustres représentants, en France et en Angleterre, de l'école empirique ou associationiste,par Stuart Mil], Herbert Spencer, comme par Littré et M. Taine. Mais tout en reconnaissant et tout en maintenant l'existence des faits de conscience ou éléments psychiques, comme ils disent, ils se

sont trompés sur leurs condilions essentielles, sur la nature ou l'existence même de leur sujet, c'est-à-dire de la conscience et du moi. C'est ici surtout que la discussion nous a paru pouvoir être encore de quelque utilité.

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