Lettres, édit. Cousin, t. VIII, p
N'en est-il pas de même delà volonté? La volonté, elle aussi, ne peut se fragmenter dans un quclconque des termes, à l'exclusion des autres qui entrent dans la série. Elle ne peut être dans celui-ci, plutôt que dans celui-là; elle agit sur tous, elle les embrasse tous. On ne peut la mettre à part ni du molifquilafait agirni de l'effort qu'elle produit. Non seulement nulle faculté ne se laisse fragmenter en différents termes, mais nulle ne se laisse séparer des autres ; elles forment ensemble un tout indivisible, malgré la diversité de leurs modes. Si une conscience indivisible n'est pas présente à tous les termes de la série ce ne sont plus des phénomènes de l'esprit humain, pas plus que d'un esprit quelconque. Les phénomènes de l'esprit requièrent materia in qua, plus impérieusement encore que les phénomènes extérieurs materia ad quam. Ainsi dans ses savantes et minutieuses analyses de l'esprit humain, il se trouve que cette école de l'association n'oublie rien, si ce n'est l'esprit lui-même.
Voici un mot, aussi juste que spirituel, de Michelet contre l'associationisme : on me vole mon moi 1 ! Ne nous le laissons pas dérober sans le défendre. C'est plus que de combattre pro arts et focis ; c'est combattre pour notre être même.
1. Cité par M. Vacherot dans un article delà Revue de France du 15juin 1881, intitulé : Où en est la psychologie?