CHAPITRE IX
De la place de la conscience clans une théorie de l'entendement humain. — La conscience dans son rapport avec les facultés du moi. — La conscience est-elle une faculté particulière? — Histoire de la question. — Ce qu'est la conscience dans les théories psychologiques des anciens et des modernes. — Platon, Aristote, saint Thomas et la philosophie scolastique. — La conscience dans les principaux systèmes du dix-septième siècle. — Descartes, Arnauld, Malebranche, Leibniz. — La conscience chez les philosophes du dix-huitième siècle. — Locke, Condillac, Kant, l'abbé de Lignac. — La philosophie Écossaise. — La conscience chez les philosophes français du dix-neuvième siècle. — Maine de Biran, Royer-Collard, Cousin, Jouffïoy, Garnier. — En Angleterre, Hamilton, Thomas Brown et la philosophie associationiste, James et Stuart MM.
Après avoir distingué la conscience de ce qui n'est pas elle, après avoir déterminé quelquesunes des conditions dans lesquelles elle s'exerce, nous passons à une autre question d'analyse psychologique, celle de savoir quelle place il faut faire à la conscience dans une théorie de l'entendement humain. Nous croyons avoir établi qu'il y a des facultés, de môme qu'il y a un sujet du moi. Le sujet ne va pas sans les facultés, pas plus que les facultés sans le sujet. Puisqu'il y a des facultés,
il es| naturel que nous recherchions si la conscience est, ou si elle n'cstpas, une de ces facultés, quelle place elle doit avoir, si elle est une faculté, dans une théorie de l'entendement, et ce qu'elle est dans l'âme, si elle n'est pas une de ses facultés particulières.
Cette question qui a divisé, et qui divise encore les psychologues, n'est ni vainc ni factice, comme on t'a dit, sauf toutefois pour des associationistes. C'est presque en psychologie une question de même nature qu'en physique celle de savoir s'il y a plusieurs agents, chaleur, lumière, électricité, magnétisme, différents les uns des autres, ou bien un seul avec des transformations diverses. Plusieurs psychologues l'ont à tort passée sous silence, non moins blâmables que celui, dont parle Bossuet, qui « renfermé dans son cabinet où il s'occupe de ses affaires se sert de la lumière sans se mettre en peine d'où elle vient1. » Si cette question n'est ni vaine ni factice, faut-il croire, comme l'a dit M. Garnier, « qu'elle soit une des plus difficiles que la méthode psychologique ait à résoudre2. » Un pareil jugement serait bien fait pour nous arrêter en chemin, si nous ne pensions que la difficulté dont se plaint cet habile psycho-
I. Connaissance de Dieu et de soi-même, chap. iv. ï\ Traité des facultés de Vâme, liv. VI, chap. Il*
logue, vient surtout du point de vue où il s'est placé à la suite des Ecossais.
Avant d'aborder pour notre propre compte cette discussion, il ne sera pas sans intérêt et sans utilité de jeter un coup d'œil sur son histoire. Nous exposerons donc rapidement les diverses solutions qu'elle a reçues dans les temps anciens et les temps modernes. Quel est le sentiment qui s'appuie sur les témoignages les plus nombreux et les plus considérables dans l'histoire de la psychologie? Deux philosophes anglais, Thomas Brown et Hamilton, sont en contradiction absolue sur cette question d'histoire de la psychologie. Selon Brown, la conscience aurait toujours eu place, comme faculté spéciale, dans les principaux systèmes des anciens et des modernes; selon Hamilton, c'est le contraire qui serait la vérité1. Brown se trompe; Hamilton connaît mieux que lui l'histoire de la philosophie, comme nous allons le montrer en jetant un coup d'œil sur les principales théories des facultés de l'âme humaine, chez les anciens et les modernes.
Platon et Aristote, comme nous l'avons dit en commençant, n'ont pas de nom particulier pour signifier la conscience, à plus forte raison n'ont-ils jamais eu la pensée d'en foire une