e livre
± Liv. HI, ebap. il.
l'âme comme aux sens, et conduit pour chacune à cette même conclusion, qu'elle se sent elle-même, comme la vue, suivant l'exemple d'Aristote, sans nulle intervention d'une autre faculté qui se surajouterait pour lui donner le sentiment d'ellemême.
J'ignore s'il s'est rencontré quelque scolastique subtil qui ait abstrait la conscience des autres facultés, mais je puis du moins affirmer que saint Thomas, le premier et le plus considérable de tous, a suivi Aristote et n'a pas fait cette distinction. D'ailleurs dans saint Thomas, et jusqu'à la fin de la philosophie scolastique, comme nous l'avons dit, le mot de conscience est généralement pris en un sens moral. En outre cet axiome souvent cité chez les scolastiques : non seniimus nisi sentiamas nos sentire,non intelligimus nisiintelliqamus nos intelligere, dérive directement d'Aristote. Comment signifier d'une manière plus forte et plus concise, que chaque sensation, chaque faculté a la perception d'elle-même, sans l'interposition d'aucun autre sens, d'aucune autre faculté, et qu'il n'y a qu'un acte unique, là où il faudrait nécessairement en trouver deux, pour légitimer la distinction de la conscience, comme faculté à part, d'avec les autres facultés?
Tel est aussi le sentiment des principaux philosophes du dix-septième et du dix-huitième siècle.
Selon Descartes, la pensée est l'essence de l'âme, de même que retendue est l'essence de la matière; tous les phénomènes de l'âme sont des modes delà pensée, comme tous les phénomènes de la matière sont des modes de l'étendue. « Par le nom de pensée je comprends, dit-il, tout ce qui est tellement en nous que nous l'apercevons immédiatement par nous-mêmes et en avons une connaissance intérieure; ainsi toutes les opérations de l'entendement, de la volonté, de l'imagination et des sens sont des pensées1. » Il dit ailleurs : « La pensée est une nature qui reçoit en soi tous ces modes, ainsi que l'extension est une nature qui reçoit en soi toutes sortes de figures2. » Il est certain, dit-il encore dans le Traité des passions, que nous ne saurions vouloir aucune chose « que nous n'apercevions par le même moyen que nous le voulons. » Il appelle les passions des pensées; comme aussi Pascal dans le discours sur les passions de V amour. On voit que Descartes entend par le nom général de pensée toute la connaissance, tous les phénomènes intérieurs. La pensée est pour lui ce que nous appelons la conscience ; loin de la mettre à part comme une faculté spéciale, il en fait l'essence môme de tous les modes de l'âme.