Traité des sensations, cliap. t
o. Discours sur la nature des animaux.
je pense accompagne toutes nos représentations, car autrement quelque chose serait représenté en moi sans pouvoir être pensé, c'est-à-dire que la représentation serait impossible, ou du moins qu'elle serait pour moi comme si elle n'existait pas1. » Ainsi le je pense, c'est-à-dire la conscience, fait partie intégrante de toutes les représentations de l'âme. Sans elle, selon Kant, toute représentation serait impossible, ou bien, chose contradictoire, serait une représentation ne représentant rien2.
Nous citerons encore en France, au dix-huitième siècle, l'abbé de Lignac, l'auteur du Témoignage du sens intime. Pour l'abbé de Lignac le sens intime, ou la conscience, n'est pas un sens particulier, mais le sens commun qui est essentiel à toutes nos pensées. « Ce qu'il y a d'essentiel et de permanent dans la pensée, dit-il, est le sens intime de la substance individuelle qui pense. Effective-
1. Critique de la raison pure, 2° édit, tracL Tissot, paragraphe 16.
2. Cousin reproche à Kant d'avoir fait de la conscience une faculté de la sensibilité et en général d'être tombé dans de graves contradictions au sujet de la conscience (Cours sur la philosophie de Kant, 4e et 5e leçons'. Mais Kant admet deux consciences, l'une particulière et empirique, qui est celle qu'il place dans la dépendance de la sensibilité, l'autre générale et pure^ principe suprême de tout usage de l'entendement, qui est colle, à laquelle se rapportent les passages que nous venons de citer. Il ne nous semble donc pas mériter les sévères critiques de Cousin.
ment ce sens est essentiel, est commun à toutes nos pensées, à toutes nos sensations, à tous nos vouloirs, à tous nos souvenirs, à toutes nos imaginations1. »
Selon Maine de Biran, comme selon l'abbé de Lignac, la conscience n'est pas une faculté; elle esl essentielle à toute pensée, elle est le fait primitif sans lequel nul autre ne peut exister pour nous : « 11 n'y a de fait pour nous qu'autant que nous avons le sentiment de notre existence individuelle, et celui de quelque chose, objet ou modification, qui concourt avec cette existence et est distinct ou séparé d'elle. Sans ce sentiment d'existence individuelle (conscius sui> compos sui), que nous appelons en psychologie conscience, il n'y a point de fait qu'on puisse dire connu, point de connaissance d'aucune espèce; car un fait n'est rien s'il n'est pas connu, c'est-àdire s'il n'y a pas un sujet individuel et permanent qui connaisse2. »
La philosophie écossaise, en opposition avec tous les philosophes anciens et modernes que nous venons de citer, a soutenu une autre doctrine sur la conscience. Hutcheson, Thomas Reid 5 et Dugald
\. Témoignage du sens intime, mémoire contre le P. Roche, '1 Fondements de la psychologie, introduction générale ^ édit.
Naville, t. I, p. :jf).