‹ La vraie conscienceChapitre 5 sur 74 · Cours de psychologie, 2e partie, 6e leçon. Paris · texte numérisé non relu

Cours de psychologie, 2e partie, 6e leçon. Paris

Cette même distinction est reproduite par un autre philosophe belge, Tiberghien, qui sans doute est un des disciples d'Ahrens: « J'entends par sens intime le rapport d'un être avec lui-même ou la direction d'un être sur sa propre essence. Le terme conscience est trop restreint, il se rapporte à la connaissance, à l'intuition que l'esprit a de lui-même comme être intelligent, et ne désigne qu'un rapport particulier de l'âme avec son essence. Il existe un autre rapport du même genre qui appartient à l'esprit comme être affectif et qui s'oppose à la conscience comme nos émotions à nos pensées, c'est le sentiment de soi. La conscience de soi et le sentiment de soi sont au sens intime comme les parties sont au tout 3 (Science de l'âme, 1" partie, Du sens intime.)

claire sa pensée, il imagine ce dialogue avec un adversaire imaginaire : Vous ne voulez pas, convenir de la vérité de tel ou tel fait, mais vous savez aussi bien que moi que cela est (communem scientiam ou conscientiam habes). C'est une connaissance secrète que nous gardons en nous-même, et qui nous condamnerait si nous la divulguions. De là, selon lui, l'idée d'intériorité attachée à la conscience ; ainsi est-elle devenue à tort synonyme du sens intime, de l'évidence, de la certitude directe? Leroux en conclut l'illégitimité de la méthode psychologique et la nécessité de substituer l'observation des autres à l'observation de nous-mêmes. Enfin au mot conscience quelques nouveaux psychologues onttenté de substituer celui de cœnesthésié, pour signifier qu'elle n'est autre chose, suivant eux, qu'un consensus de sensations» Tels sont les principaux sens et synonymes divers du mot conscience qu'il importe de ne pas confondre les uns avec les autres. Nous reviendrons plus tard à la conscience morale ; mais d'abord nous nous occuperons de la conscience en un sens plus général, c'est-à-dire de la conscience embrassant tous les phénomènes de l'âme sans exception, de la conscience simple, spontanée, et non pas seulement de la conscience réfléchie, qui ne commence qu'avec le je, avec la distinction du sujet et de l'objet, et un retour sur nous-mêmes.

11 faut nous contenter de faire ces distinctions, d'analyser la conscience, sans prétendre la définir. Elle échappe en effet à toute définition comme tout ce qui est simple et irréductible ; elle y échappe encore par cette raison toute spéciale qu'étant ellemême, comme dit llamilton, la racine etla source de toute connaissance, de la dernière des sensations comme de la plus haute des idées, il est impossible de découvrir, pour l'éclairer et l'expliquer, quelque autre fait où déjà elle n'entre pas1. On ne peut donc éviter un cercle vicieux ou une tautologie. Dire, par exemple, avec les Ecossais, ou avec M. Garnier, que la conscience est la reconnaissance par l'esprit de ses propres actes, revient à dire que la conscience est la conscience. Toutes les définitions qui semblent nous apprendre quelque chose sur la conscience ne s'appliquent qu'à tel ou tel procédé de la conscience, à la conscience réfléchie, et non à la conscience en ellemême. Citons quelques exemples. La conscience, selon Bacon, est un redoublement de l'impression conduplicatio impressionis. D'autres ont dit qu'elle était : un retour de l'âme sur elle-même, une scission du moi en sujet et objet ou, comme H. Spencer, une différenciation continue de ses propres états 2. Voilà des exemples de ces défini-

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