‹ La vraie conscienceChapitre 52 sur 74 · Psychologie rationnelle, t. I, p · texte numérisé non relu

Psychologie rationnelle, t. I, p

expérience, de donner une preuve de l'existence d'éléments absolument inconscients dans la vie de l'esprit. Cel te pieuve échappe à toutes les expériences de la physique, comme à toutes les analyses de la psychologie1. En résumé, nous pouvons concevoir toutes les dégradations possibles de la conscience, mais à la condition que ces dégradations n'aillent pas jusqu'à la limite extrême de zéro, qu'elles n'aillent que jusqu'à la conscience évanouissante, et non pas jusqu'à la conscience évanouie, sinon il n'y a plus rien à quoi on puisse donner le nom de sensation ou d'idée; ce ne sont plus des faits psychologiques à aucun degré, mais des faits physiologiques ou physiques.

Si nul fait psychologique ne peut être conçu comme séparé de la conscience, ne se pourrait-il pas qu'entre ces deux sortes de faits, les actes de l'esprit, et la conscience que nous en avons, il y eût simplement manque de proportion, ce qui, à défaut de la séparation, suffirait à justifier la distinction de la conscience comme un principe différent et comme une faculté à part? Tel est le sentiment de plusieurs psychologues et, entre autres, de M. Garnier. a Ce n'est pas toujours,

1. Voyez dans le Pessimism de James Sully un excellent chapitre sur cette question : Is minci ever inconscious?

dit-il, des actes les plus énergiques de l'âme qu'on garde le plus ( idole souvenir et qu'on peut donner la meilleure description. Il n'y a donc point de proportion entre l'acte de l'âme et la conscience que nous en avons; la méthode qui préside à la détermination des facultés nous oblige de considérer la conscience comme une faculté spéciale, distincte non seulement de la volonté, de l'inclination et de la faculté motrice, mais aussi des autres facultés intellectuelles dont l'ac- I ion n'est pas toujours proportionnée à la conscience que nous en avons \ »

Avouons que ce ne sont pas toujours en effet les actes les plus énergiques de l'âme dont nous avons la plus claire conscience et dont nous pouvons donner ensuite la plus fidèle description. Plus une sensation est vive, et moins il est en notre pouvoir de l'observer au moment même où nous l'éprouvons. Plus une passion est grande et s'empare de notre âme, et moins nous sommes capables de l'observer, de l'analyser, de la décrire. Ainsi en est-il de l'enthousiasme, de l'extase et de toute grande pensée qui nous ravit et nous transporte. De même encore il est vrai que les mouvements qui ont exigé d'abord le plus d'attention et d'adresse, s'exécutent ensuite.

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