‹ La vraie conscienceChapitre 55 sur 74 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Si la conscience n'est pas une faculté, qu'est-ce que la couscience ? — N'est-elle que la forme des faits intellectuels? — Opinion d'Hamilton et de Damiron. — La conscience forme fondamentale de toutes les autres facultés, non moins que de l'intelligence. — Chaque faculté, sans le concours de nulle autre, est sa propre lumière à elle-même. — La conscience élément générateur, essence même, et non qualité générale et abstraite de toutes les facultés. — Nul mode de l'esprit sans la conscience, et nulle conscience sans un mode déterminé de l'esprit. — La pensée, d'après Descartes, essence de toutes les modifications de l'âme. — Par la conscience seule l'unité de l'âme se concilie avec la pluralité des facultés. ■ — De quelques comparaisons ou métaphores inexactes au sujet de la conscience.

La conscience, qui enveloppe et constitue tous les phénomènes de l'esprit, ne peut être enfermée, nous l'avons vu, dans les bornes étroites d'aucune faculté particulière de l'esprit humain. Qu'est-elle donc et quelle place le psychologue devra- t-il lui faire dans un tableau de l'entendement humain? N'est-elle donc rien, ou plutôt n'est-elle pas tout?

Parmi les psychologues qui ont reconnu, comme nous, que la conscience ne pouvait souffrir d'assimilation avec aucune faculté particulière de l'in-

telligeoce, il on est qui, tout en s'approchant davantage de ce que nous croyons la vérité, nous semblent encore sujets à la critique pour l'avoir limitée à une partie des phénomènes de l'esprit, aux seuls faits intellectuels, comme si elle ne les embrassait pas tous également, tant ceux de la volonté et delà sensibilité que ceux de l'intelligence. Ainsi M. Damiron, dans sa Psychologie, aprèsavoir très bien montré que la conscience n'est pas un mode particulier de l'intelligence, conclut qu'elle est l'intelligence tout entière avec tous ses modes et toutes ses affections. Comme d'ailleurs il distingue profondément l'intelligence des autres facultés de l'âme, il suit que la sensibilité et la volonté ne seraient pas comprises dans la conscience laquelle ne serait adéquate qu'à l'intelligence.

Hamilton lui-même, qui a si bien réfuté Reid et Dugald Stewart, nous semble n'avoir pas évité une erreur du môme genre. On dirait, du moins à prendre certaines expressions à la lettre, qu'il ne donne pas à la conscience une autre sphère que celle de l'intelligence. Dans une de ses notes sur Reid, il dit bien que la conscience ne doit pas être considérée comme quelque chose de différent des mouvements ou des modes mentais eux-mêmes ; mais le plus souvent c'est aux seuls modes intellectuels qu'il semble borner la conscience, et à la connaissance seule qu'il la fait coextensive.

La conscience n'est pas, dit-il, une faculté spéciale de connaissance, mais ce sont nos facultés spéciales de connaissances qui sont des modifications delà conscience1. Il répète trop souvent que la conscience est le fait générique, la forme fondamentale de l'intelligence, pour qu'on puisse supposer qu'il ne s'agit que d'une expression inexacte. D'ailleurs notre interprétation est aussi celle de Stuart Mill2. Hamilton a-t-il eu quelques hésitations et quelques scrupules à unir, au sein de la conscience, des phénomènes d'une nature aussi différente? Nous avons quelque peine cependant à croire qu'il ait pu lui échapper que c'est la conscience elle-même, la conscience seule, qui les unit, qui fait leur unité. Si la conscience enveloppe l'intelligence tout entière, elle n'enveloppe pas moins de la môme façon les autres facultés de l'âme. Comment comprendre qu'elle soit moins* essentielle à la sensation ou à la volition qu'à la connaissance elle-même? Sans la conscience, il n'y aurait pas plus de sensations ou de volitions

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