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CHAPITRE XII

De la portée de la conscience ou de l'observation intérieure. La conscience s'arrête-t-elle à la surface des phénomènes, ou va-t-elle au delà? — Prédominance dans la psychologie anglaise de la première doctrine, prédominance de la seconde dans la psychologie française. — Maine de Biran et son influence. — Intimité de l'âme avec elle-même. — L'àme perçue du dedans et non du dehors par la conscience. — Le sujet des phénomènes directement perçu en même temps que les phénomènes eux-mêmes. — Quelle est cette force qae nous sentons constamment agissante au dedans de nous? — Corrélation entre le phénoménisme à l'égard du monde extérieur et le phénoménisme du dehors. — Conclusion de la discussion sur la nature du moi et de la conscience.

A toutes ces questions sur les conditions fondamentales de la nature de la conscience se rattache étroitement celle de la portée de la perception interne. Jusqu'où va en profondeur et en extension le témoignage de la conscience? Si nous ne saisissions au dedans de nous que des phénomènes sans le sujet de ces phénomènes, si la conscience n'était qu'un fait particulier de la vie de l'esprit, on comprendrait qu'elle se tînt, pour ainsi dire, à la surface sans pénétrer au delà; si, au contraire, la conscience est identique à la vie même de l'esprit, comment ne nous en apprendrait-elle pas

davantage sur nous-mêmes, et comment, au lieu de rester à la surface, n'irait-elle pas jusqu'au fond, jusqu'à l'essence même? C'est redire, en d'autres termes et en l'affaiblissant, ce qu'a dit profondément Leibniz : ? Rien ne nous est plus connu que l'âme parce qu'elle nous est intime, c'est-à-dire paire qu'elle est intime à elle-même *. » L'abbé de Lignac qui, de même que Leibniz, ne met pas la conscience à part des autres phénomènes de lame, a dit, avec non moins de vérité : « Xotrc âme se voit, pour ainsi dire, de dedans au dehors. Il n'y a qu'elle qui puisse se voir de cette manière. C'est en se sondant elle-même qu'elle connaît sa substance individuelle2. » La conscience enferme l'être et l'existence, c'est là ce que signifie le je pense, donc je suis, de Descartes.

En effet, c'est en vertu de cette intimité profonde avec notre être que la conscience en se sondant elle-même ne peut pas ne pas attendre sa substance individuelle, c'est-à-dire l'existence spirituelle de l'âme. La conscience, au contraire, n'estelle qu'une faculté particulière, elle n'apercevrait, pour ainsi dire, que du dehors l'action et le jeu cles autres facultés, sans pénétrer jusqu'au sujet lui-même, jusqu'à notre être propre.

De ces deux doctrines sur la portée de l'obser-

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