‹ La vraie conscienceChapitre 58 sur 74 · Témoignage du sens intime, t. Jer, chap · texte numérisé non relu

Témoignage du sens intime, t. Jer, chap

vation intérieure, la première domine encore aujourd'hui dans la psychologie française, malgré les progrès de l'associationisme et du phénoménisme empirique. Elle a d'abord été accréditée par les Rapports du physique et du moral de Maine de Biran et par la préface qu'y a mise Cousin. Certains psychologues affectent môme, à ce point de vue, de ne relever que de Maine de Biran; il y a aujourd'hui une psychologie qui se dit Biranienne. Jouffroy a défendu la même doctrine, dans son mémoire sur la distinction de la physiologie et de la psychologie, après avoir pris d'abord parti, sous l'influence des Écossais, pour le sentiment contraire, dans son introduction aux Esquisses morales de Dugald Stewart1. M. Ravaisson, dans son Rapport sur les progrès de la philosophie en France, a insisté sur cette différence fondamentale entre l'observation intérieure et l'observation externe, différence qui est le point de départ et le point d'appui solide de toute ontologie. Il énuinère les philosophes français qui ont suivi la voie

1. Cette opinion (railleurs n'est rien moins que nouvelle. Elle est au fond de la plupart des définitions de l'âme des philosophes de l'antiquité et du moyen âge; mais nulle part elle ne se rencontre d'une manière plus explicite que dans saint Augustin : Cutn se mens novit, suam substantiam novit, et cum de se certa est, de substantiel sua certa est. Certa est autem de se (De Trinitate, lib. X, cap. 10). Utrum anima conjuncta corpori cognoscat se ipsam per esseniiam suant immeditate? C'était nue des questions communément agitées dans la philosophie scolastique.

de Maine de Biran, avec le seul tort de ne pas faire une partéquitable à Cousin qui, en ce point, comme en tant d'autres, a été leur maître *.

Les principaux représentants de la doctrine contraire, que nous avons eu déjà plus d'une fois l'occasion de citer et de combattre, se trouvent au sein <lr la psychologie anglaise qui se pare du nom de psychologie expérimentale2. Trop fidèles à la méthode de Bacon et de Hume, la plupart des psychologues anglais contemporains ont pour maxime fondamentale, que l'observation interne ne saisit que de simples phénomènes. L'étude des phénomènes, la recherche des rapports et des lois

1. Considérer, dit M. Ravaisson, ce qu'on nomme dès phénomènes intérieurs, abstraction faite de soi-même, pour s'en conclure ensuite, c'est réellement en faire des phénomènes extérieurs, d'où jamais l'on arriverait à soi. « Comment comprendre, dit Joufïroy, que des pensées que j'aurais sans savoir que ce lût moi qui les eus, j'en vinsse jamais à moi? » La vraie méthode psychologique est celle dans laquelle dans tout ce dont, nous avons conscience, et qui est par le dehors, en quelque sorte, phénoménal et naturel, nous discernons ce qui est notre acte, qui seul doit être appelé proprement interne, et qui, à vrai dire, supérieur. à toute condition d'étendue et même de durée, est, en son essence, surnaturel ou métaphysique; la vraieméthode psychologique est celle qui, du fait de telle ou telle sensation on perception, distingue, par une opération toute particulière, ce qui l'achève en le faisant notre, et qui n.Vst autre que nous. » (Rapport, p. 20.)

c2. Voyez dans Science et Conscience de M. Yacherot, le chapitre sui' la psychologie expérimentale, in-12, Germer Baillière, 1870. Voyez notre ouvfage sur \o Principe vitalet l'âme pensante, chap. il. 2e édit., Didier. — Voyez aussi De la nature de Vaine.. par Magy. — De la certitude, par Robert, 2e partie, chap. il, De la nature de la conscience.

d'après lesquels ils s'associent, voilà à quoi se réduit toute la psychologie, suivant Stuart Mill, Bain et toute l'école associationiste. Il n'y a pas d'être, il n'y a pas de facultés au dedans de nous; mais rien que des phénomènes et des suites de phénomènes. Dans leurs savantes analyses de l'âme rien ne manque, sinon l'âme elle-même. 11 en est ici comme de ces honneurs funèbres auxquels rien ne manque, suivant une parole de Bossuet, que celui auquel on les rend1. Ils considèrent l'âme du dehors et non pas du dedans. Or c'est seulement au dedans que se trouve la raison de ces phénomènes, le sujet qui les produit ou les subit. De là, quels que soient d'ailleurs le mérite, la pénétration, l'exactitude de ces observateurs consciencieux, la multitude des phénomènes qu'ils ont classés et décrits, une psychologie boiteuse et superficielle à laquelle manque, comme nous l'avons déjà montré, le lien qui unit tous ces phénomènes, la cause qui les produit, et enfin, encore une fois, l'âme elle-même. Cette force qui, disentils, nous échappe, ne la sentons-nous donc pas constamment au dedans de nous? Nel'apercevonsnous pas clairement, dans sa permanence et son identité, dans son activité, à travers les phénomènes qui passent et s'évanouissent sans cesse? La pression, la résistance, la lutte, l'effort qui entrent

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