CHAPITRE XV
L'homme est sa loi à lui-même. — Tous les phénomènes moraux s'expliquent par l'identité de la conscience et de la loi morale. — Ce que c'est que s'abrutir et se dégrader. — Ce qui fait le prix de la liberté de conscience. — La loi morale et les doctrines évolutionistes. — Pour être humaine la morale n'exclut pas Dieu en tant que cause suprême de la nature de l'homme. — Rapports avec Dieu enfermés dans la nature même de l'homme. — Le respect de la dignité humaine principe de la morale sociale comme de la morale individuelle. — Du minimum de lumière requis pour la moralité. — L'idée de justice contemporaine de l'idée de nousmêmes. — De la théophobie de Proudhon. — Un passage remarquable de la Bible. — Il n'y a pas quatre vertus, mais une seule, le décorum.
Nous voilà revenus à cette grande règle stoïcienne, qu'il faut vivre conformément à la nature, règle qui, interprétée comme nous venons de le faire, ne présente nulle amphibologie et ne favorise en rien, et par aucun biais, l'épjcurisme ou le fouriérisme. Établir, maintenir en toutes choses et pendant toute la vie cette conformité de notre manière d'être et d'agir avec la nature propre de l'homme, c'est là notre œuvre intime, notre œuvre propre, l'œuvre humaine par excel-
lence, ocx«ov fyyov, suivant la b(3lle et forte expression dWristote à laquelle il faut ajouter cette autre qui ne Test pas moins tô otvQpMKn>zaQou, c'est-à-dire faire le métier d'homme1, ou comme a dit aussi Montaigne, faire bien l'homme 2. C'est à un philosophe stoïcien, à Kpictète, que Pascal fait l'honneur d'avoir le mieux connu les devoirs de l'homme3. Or la doctrine stoïcienne n'est-elle pas au fond la nôtre?
Après toutes ces explications, nul donc ne s'étonnera, nul surtout ne se scandalisera, de nous entendre dire, que l'homme est le contenu de la loi, qu'il est la forme môme de la loi ou du bien qu'il doit accomplir, que non seulement il a sa loi en lui, mais qu'il est sa loi à lui-même. Combien est fortement empreint dans le langage ordinaire ce sentiment naturel de l'identité de laloi morale et de la conscience ! Quels continuels et instinctifs appels à la conscience des grands et des petits, des savants et des ignorants, toutes les fois qu'il s'agit de nos devoirs, de la justice ou de l'injustice ! D'où vient donc que la conscience est ainsi unanimement prise et acceptée par nous, comme juge souverain de ce qu'il convient de faire ou de ne pas faire? D'où vient que, même quand elle con-