aAr/Jto; lôv avr,s
des doctrines ou plutôt des hypothèses aujourd'hui engrande faveur, et que quelques-uns considèrent comme un danger pour elle. Quand même il serait vrai, comme le disent les partisans du transformisme ou de révolution, que l'homme est un parvenu, qu'il a les origines plus modestes, el qu'on trouve des animaux dans son arbre généalogique, l ien ne serait changé à un seul de nos devoirs actuels. Nous ne relevons pas, dans notre vie présente, des formes inférieures par où les ancêtres de l'homme ont pu passer, mais de celle-là seulement qui est actuellement la nôtre et qui nous fait des hommes. Qu'importent les ébauches brisées, s'il y en a eu, des temps passés, les vieilles formes dépouillées, il y a des millions de siècles? Eussions-nous eu en effet des singes, ou même des mollusques et des monères, parmi nos ancêtres, nul changement n'en résulterait dans les traits constitutifs et caractéristiques de notre nature d'homme, telle qu'elle est aujourd'hui; notre dignité comme nos obligations n'en seraient pas moindres. C'est dans l'homme tel qu'il est que réside la règle, non dans l'homme tel qu'il était, si toutefois il est permis de parler ainsi, quand il n'était pas homme encore. L'avilissement ou la noblesse dépendent de nous seuls, et non de nos aïeux, bêtes ou sauvages, quels qu'ils soienî. L'évolution dût-elle un jour se continuer
à partir du point où nous sommes, c'est-à-dire à partir de l'homme jusqu'à l'ange, il y aurait une morale humaine, toujours la même, en attendant l'avènement d'une morale angélique en conformité avec une nouvelle et plus haute nature.
Nous avons jusqu'à présent parlé des devoirs de l'homme, en ne faisant intervenir que l'homme lui-même, et sans prononcer le nom de Dieu, bien que notre intention ne soit certainement pas de l'exclure. La nature même de l'homme n'enfermet-elle pas en effet des rapports nécessaires avec Dieu, c'est-à-dire avec son auteur?
Selon quelques philosophes spiritualistes, rien d'humain n'oblige ; toute obligation dépend directement de la nature de Dieu ou d'un ordre donné par lui. Nous croyons, au contraire, que, d'une manière directe et immédiate, rien n'oblige l'homme, si ce n'est ce qui est humain. Si, en effet, rien d'humain n'oblige, qu'on nous dise sur quoi portera et par où se manifestera l'obligation? Par quel intermédiaire, par quelle voie, par quel organe, arrive-t-elle à la conscience? quel en sera l'interprète? Le divin lui-même, à moins d'apparitions, à moins de voix surnaturelles et miraculeuses, peut-il donc se manifester à nous autrement que par le milieu même de l'homme, c'est-à-dire par la conscience humaine? Si rien d'humain n'oblige, comment les hommes
dans les religions les plus diverses, ou môme comme il arrive, en dehors de toute religion, et même sans la foi en Dieu, ou du moins en un Dieu couru avec certains attributs, se sentiraient-ils également enchaînés par le respect d'eux-mêmes dans le même ordre et le même devoir? N'hésitons donc pas à affirmer, sans nulle crainte d'impiété, qu'il n'y a que ce qui est humain, au sens éminent du mot, en quoi réside ce qui nous oblige, si toutefois on s'en tient au fondement immédiat de la morale elle-même, sans empiéter sur la métaphysique, et sans vouloir remonter au principe suprême de l'homme et de toutes choses. C'est là un nouvel ordre de recherches et de spéculations qui, nous ne prétendons pas le contraire, est le couronnement de la morale, mais qui n'est pas la morale elle-même. Pour faire la morale essentiellement humaine, pour la faire inhérente à la nature de l'homme et y placer son siège, ce n'est pas à dire que nous érigions l'homme luimême en un principe indépendant et sans cause, ou que nous méconnaissions l'efficacité des secours puisés dans la croyance en Dieu, dans les sentiments religieux, dans les forces en quelque sorte auxiliaires qui viennent si puissamment en aide à la morale, et qui facilitent à tant d'âmes la pratique de ses maximes.
En mettant l'homme avec la conscience au centre
et à la base de la morale, nous ne bannissons pas l'idée de Dieu, comme veut le faire aujourd'hui une certaine secte ou un certain parti ; car, en même temps, nous proclamons Dieu comme principe et cause suprême de la nature de l'homme et, en conséquence, de la morale elle-même. Loin de nous la pensée que l'homme esta lui-même son propre ouvrage ! Elle ne s'est pas faite toute seule cette nature propre de l'homme avec laquelle nous identifions la loi morale; les devoirs envers Dieu rentrent par là dans les devoirs envers la nature humaine. On doit même dire en un sens rigoureux, si l'on veut remonter jusqu'au principe des choses, que c'est Dieu qui nous commande d'être véritablement hommes, que la loi morale a été révélée à l'homme, que Dieu a parlé à l'homme, à la condition d'admettre avec nous, que c'est par l'intermédiaire de cette nature même qu'il nous a donnée. Pouvait-il donc nous parler d'une manière plus intelligible, avec une autorité plus irrésistible, plus immédiatement sentie, plus sûrement reconnue de tous, que par cette sorte d'incarnation de sa loi dans le fond même de notre être? Posuit in visceribus hominis sapientiam.
Ne sont-ce pas des vertus humaines et purement humaines, ces quatre grandes vertus Fondamentales, la prudence, la justice, la force, la tempérance, qui comprennent, d'après Cicéron,
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l'honnête tout entier, que les philosophes païens onl enseignées, que les docteurs chrétiens ont reproduites et consacrées, et qui se retrouvent dans le catéchisme, comme dans Platon ou Cicéron?
L'homme a des devoirs envers les autres hommes, comme il en a envers lui-même. Que sont ces devoirs, et quel est leur rapport avec les devoirs envers nous-mêmes? Leur origine est absolument la même et ne requiert rien de plus. La morale sociale n'est, en quelque sorte, que la projection au dehors de la morale individuelle eu, en d'autres termes, la seconde se réciproque avec la première. Le respect, l'aide que nous devons aux autres correspondent exactement au devoir de nous respecter et de nous perfectionner nous-mêmes. Si nous n'avions pas une nature qui, par sa dignité nous oblige, nous ne serions en rien obligés envers les êtres doués d'une nature semblable à la nôtre. Ainsi la morale sociale n'est autre chose au fond que la morale individuelle allant du dedans au dehors, du subjectif à l'objectif, de la forme donnée par notre conscience à des formes semblables dont l'existence nous est affirmée par la plus sûre des inductions.
A quel degré de culture et de civilisation, à quel âge un individu commence-t-il à devenir un être moral, c'est-à-dire à prendre la responsabilité de
ses actions? Quel est le minimum de lumière requis pour la moralité? Ce sont des questions qui ont été souvent agitées par les moralistes et les théologiens. Quant à nous, nous croyons que ce grand devoir d'agir conformément â notre nature, nous le portons toujours et tous en nous-mêmes, et qu'il s'impose, quoique inégalement,et d'une manière plus ou moins complète, à tous sans exception, même aux sauvages les plus voisins de la brute, même aux' enfants, à un âge que nous ne prétendons pas déterminer, mais qui est certainement antérieur à l'âge de raison fixé par les théologiens. Il y a un minimum de conscience de ce que nous sommes, auquel correspond un minimum de conscience morale, qui n'a jamais pu faire défaut à personne en ce monde. Ya-t-il eu des hommes, si peu hommes, qu'à quelque degré, si faible qu'on le suppose, ils n'aient eu absolument aucune conscience en eux d'une nature supérieure à celle de l'animal, et qui n'aient contenu en eux-mêmes aucun élément de moralité? Nous en doutons. Où commence la conscience de nousmêmes commence l'idée de justice. Avec Descartes, nous dirons que cette idée est contemporaine de l'idée de nous-mêmes, en ajoutant qu'elle est en proportion avec elle.
Tel est le noyau fixe, le centre immobile de la morale d'où rayonnent, suivant l'âge des indi-
vidus, suivant le degré de civilisation des peuples, des lumières de plus en plus vives et plus étendues sur l'excellence de cette nature, conformément à laquelle nous devons toujours agir, sous peine de déchoir et de tomber du rang d'homme à celui de la brute. Mais disons, dès à présent, que ce progrès dans les lumières morales ne correspond pas nécessairement à un progrès de la bonne volonté, c'est-à-dire de la vraie moralité, de la vertu. L'homme peut être meilleur sans doute, mais non pas nécessairement meilleur, il peut même être plus mauvais étant plus éclairé.
Si la loi morale est supérieure à nous en ce sens qu'elle nous commande, il ne nous semble pas exact de dire, avec un certain nombre de philosophes, qu'elle est antérieure à nous. Comment nous serait-elle antérieure, puisqu'elle n'est pas autre chose que la forme de l'homme, pas autre chose que nous-mêmes, comme nous avons essayé de le démontrer ? C'est avec nous seulement que naît l'idée de justice et pas avant nous. Loin d'ailleurs que son autorité soit moindre pour n'avoir pas été promulguée de quelque façon plus miraculeuse, elle tire de cette origine même, quoique plus modeste en apparence, c'est un point sur lequel j'insiste de nouveau, le plus haut degré de clarté, de force et d'autorité qui se puisse concevoir. Quelle plus grande force pour la morale que cette
intimité et, pour dire mieux et plus exactement, que cette coexistence, que cette identité du principe qui la contient tout entière avec notre être propre? Si l'homme est sa loi à lui-même, si cette loi est en lui, si elle est lui-même, si elle parle par sa conscience, combien ne lui est-il pas plus facile de l'entendre, à moins qu'il ne veuille lui fermer l'oreille ? Pour savoir comment nous devons agir, nous n'avons pas besoin de sortir d'audedans de nous ; il suffit de rentrer en nous, te en quelque sorte de nous ausculter nousmêmes.
Il est heureux que la connaissance de notre bien n'exige pas celle du bien absolu, et que la science de nos devoirs, de l'ordre à réaliser en nous, ne soit pas au prix de la science de l'ordre universel, ni de la consultation d'une idée vague et générale de bien, ni de quelque travail scientifique, ni d'inductions et d'hypothèses savantes et compliquées, mais seulement de la conscience de l'ordre qui doit être en nous. A quelles obscurités, à quelles incertitudes ne serions-nous pas condamnés, s'il fallait nous guider, non pas d'après la notion de ce que nous sommes, non pas en vue de notre propre fin, mais d'après la notion de l'absolu, de l'ordre universel et de la fin dernière des choses ! 11 faut bien convenir que la première de ces notions est plus à notre portée, qu'elle est
plus claire que les autres. Or où la clarté est-elle plus essentielle qu'en morale?
Peut-être ici est-il à propos de nous mettre en garde contre l'accusation de suivre les traces suspectes d'un penseur fameux et fort décrié de notre temps, compromis entre tous par l'audace de ses paradoxes et de ses défis au sens commun ? Il est vrai que Proudhon, mieux inspiré, à ce qu'il nous semble, en morale qu'en politique et en économie politique, a soutenu, non sans force et sans éclat, principalement dans son ouvrage : De la justice dans la révolution et dans V Église, cette morale qui se fonde sur la dignité et l'excellence de la nature humaine. Nous ne faisons aucune difficulté de reconnaître que nous avons ce point de ressemblance avec Proudhon, de même qu'avec bien d'autres philosophes anciens et modernes. D'ailleurs cette ressemblance, quelque grande qu'elle soit, n'exclut pas des différences profondes dans le but et dans la méthode. Disons d'abord qu'étant moins ignorants de l'histoire de la philosophie ancienne et moderne, nous n'avons pas l'orgueilleuse et ignorante naïveté de croire, comme Proudhon, que nous avons inventé un nouveau système de morale, que nous avons découvert quelque principe tout à fait inconnu avant nous. Nous n'avons garde, d'ailleurs, de le suivre dans cette sorte de guerre furieuse qu'il déclare à
IDENTITÉ DE LA CONSCIENCE ET DE LA LOI MORALE. Tl9
Dieu, dans cette théophobie poussée jusqu'au délire, et dont peut-être aucun athée au monde n'a été atteint au même degré, depuis Je baron d'Holbach, Sylvain Maréchal ou Anacharsis Clootz, jusqu'à quelques républicains de nos jours. Comme il lui a plu de dire : le gouvernement, c'est l'anarchie, ou la propriété c'est le vol; avec plus d'audace encore, et pourproduire plusd'effet sur les imaginations, il est l'auteur de cette autre formule encore plus extraordinaire : Dieu c'est le mal. Dieu est la cause de tout mal; Dieu est Vautre, c'est-à-dire Satan ; si Satan n'est pas Dieu, Dieu est Satan; les rôles sont intervertis.
Si Dieu n'est pas pour nous le bien humain, il n'en est pas moins le bien suprême; s'il n'est pas, ne craignons pas de le répéter, le fondement immédiat, la forme même du bien de l'homme, il n'en est pas moins la raison dernière, le principe suprême des choses. Veut-on trouver la raison de la nature de l'homme, c'est bien jusqu'à lui qu'il faut s'élever. Natura est lex a Deo imita, suivant un vieil adage scolastique. Si nous avons osé dire que rien ne nous oblige, si ce n'est ce qui est humain, nous avons ajouté que l'humain tient au divin, que l'humain en dérive pour le métaphysicien qui veut remonter jusqu'à son origine et à son principe. C'est à travers notre conscience que Dieu nous signifie la loi morale ; si la morale
est humaine, cela ne veut nullement dire qu'elle soil alliée.
Serait-il nécessaire, pour achever de lever quelques scrupules, de rassembler un certain nombre de témoignages moins suspects que ceux de philosophes païens, comme Platon ou Cicéron, el surtout d'athées comme Proudhon, nous pouvons faire intervenir de grands docteurs chrétiens, et au besoin la Bible elle-même. N'est-ce pas en ce sens que saint Paul, après avoir dit que ceux-là seront justifiés devant Dieu, non qui ont entendu la loi , mais qui l'ont accomplie , ajoute que les nations qui, quoique n'ayant pas reçu la loi, l'ont cependant naturellement ce que prescrit la loi, sont à elles-mêmes leur propre loi? « Cum génies quœ legem non habent, naturaliter ea quœ legis sunt faciunt, ejus modi legem non habentes, ipsi sibi sunt lex. — Qui ostendunt opus legis scriptumin cordibus suis, testimonium reddente Mis conscienlia ipsorum ; et inter se invicem cogitationibus accusanlibus aut defendenlibus \ »
Mais voici un bien plus curieux passage de la Bible, dont il semble que tout ce que nous venons de dire n'est qu'un commentaire affaibli : « Le
1. Epistola ad Romanos, cap. II, v. 14 et 15. C'est là le christianisme de nature admis par Tertulien et par Bossuet luimême*
IDENTITÉ DE LA COiNSCIEiNCE LT DE LA LOI MORALE. 28Î
Seigneur dit : Cette loi que je te prescris aujourd'hui n'est pas au-dessus de toi ni loin de loi, — ni elle n'est située dans le ciel, de telle sorte que tu puisses dire : qui de nous peut monter au ciel pour nous la rapporter, pour que nous puissions l'entendre et l'accomplir? — Ni elle n'est située au delà de la mer, de façon à te donner des prétextes et que tu puisses dire : qui de nous pourra traverser la mer pour la rapporter jusqu'à nous, et nous permettre de l'entendre et de la pratiquer. — Mais tout à fait près de toi est la parole; elle est sur ta face, elle est dans ton cœur, afin que tu l'accomplisses *. » Oui, la loi est tout à fait près de nous ; elle n'est pas située dans le ciel, ni par delà des mers où il faille aller péniblement la chercher; elle est empreinte dans notre tête et dans nos cœurs, de façon que nul ne peut prétexter qu'il ne la connaît pas, ou qu'il ne l'entend pas.
Fondée ainsi sur la tête et le cœur de l'homme, pour parler la langue biblique, ]a morale est vraiment indépendante, vraiment immuable en son essence, en dépit de toutes les révolutions poli-
1. Mandatum hoc qnod tibi prœcipio hodie, non supra te est nec procul position, — nec in cœlo situm ut possis dicere: qui nostrum valet ad cœlum ascendere ut déférât illud ad nos et audiamus atque opère compleamus? — Neque trans mare position, ut causeris et dicas: quis ex nobis poterit transfretare mare, et illud ad nos usque referre, ut possimus audire et facere quod prœceptum est ? — Sed juxta le est sermo valde, in ore tuo et in corde tuo ut facias illum. (Deuter. cap. 30.)
i iques, sociales ou même religieuses; elle est à l'abri de tous les bouleversements, sauf toutefois d'un seul, celui de la nature humaine elle-même. Si jamais l'humanité devait être bouleversée, transformée, anéantie, alors seulement la morale ne serait plus ou elle serait elle-même transformée.
Arrivés bien avant nous, et par cette même méthode, à la définition de l'honnêteté, c'est-àdire du vrai bien de l'homme, les anciens, Socrate, Platon, Cicéron , et après eux les théologiens chrétiens, ont distingué qualre principales divisions de l'honnête, quatre vertus fondamentales ou cardinales : la prudence, la justice, le courage, la tempérance. Mais les Grecs et, d'après eux, Cicéron, ont aussi donné à cette dernière vertu un autre nom, celui de Tb npénov ou de décorum. Cicéron, d'ailleurs, fait plutôt du décorum un caractère général de la vertu qu'une vertu particulière. La tempérance, dit-il, ou le décorum, comprend tout un chœur de vertus.
Cette expression de décorum nous plaît à cause de sa parfaite harmonie avec notre manière de voir sur la règle des mœurs. En effet, il nous semblé que, d'après tout ce qui précède, on peut lui donner une signification encore plus vaste et plus compréhensive, et faire du décorum non pas seulement un chœur de vertus, mais le chœur de toutes les vertus sans exception. Être véritable-
ment homme dans tout le cours de la vie, agir et se comporter en homme dans toutes les circonstances, ne rien faire qui ne convienne à notre nature propre, ne rien faire qui ne soit pas en harmonie avec elle, et nous fasse déchoir de ce rang si élevé, voilà le grand devoir, voilà, en réalité, Punique obligation. Cette obligation nous la portons partout avec nous, dans la solitude, comme dans la famille et dans la patrie, au sein d'un désert, comme au milieu de Paris ou de Rome, au sein même d'une religion quelconque, sans nulle interruption, depuis le commencement jusqu'à la fin, tant que la conscience humaine subsistera.
S'il est vrai qu'agir conformément à notre nature soit, en définitive, toute la morale, il n'y a pas, en réalité, quatre vertus, mais une seule qui embrasse toutes les autres, à savoir le quod decet hominem ou, en un seul mot, le décorum.
Voilà ce qui nous a paru contenu dans l'acception populaire du mot de conscience, et comment il est vrai de dire, qu'il y a identité de la conscience et de la loi morale ; voilà enfin ce qui fait l'unité profonde des deux parties dans lesquelles ce travail se divise, la conscience psychologique et la conscience morale. La vérité morale non seulement ne perd rien à être ainsi ramenée à une vérité de conscience, mais elle acquiert le plus haut degré d'autorité et de certitude; elle rentre
dans le minimum quid inconcussum de Descartes. Nous terminerons par quelques réflexions sur le progrès qui est propre à la conscience morale, telle que nous venons de l'entendre, et sur ses rapports avec le progrès social.