‹ La vraie conscienceChapitre 8 sur 74 · Ribot, Psychologie allemande · texte numérisé non relu

Ribot, Psychologie allemande

gie. Tout sans doute n'est pas exact, comme nous croyons l'avoir nous-même démontré, dans le célèbre mémoire de Jouffroy sur la légitimité de la distinction de la psychologie et de la physiologie. Qu'entre le moi et la vie il y ait, comme il le dit, une dualité sans rémission, que notre propre vie nous soit aussi étrangère que celle d'un chien ou d'un poisson, c'est une erreur contre laquelle nous avons écrit un livre entier 1 et qui aujourd'hui n'a guère plus cours, croyons-nous, parmi les anciens, non plus que parmi • les nouveaux psychologues. Mais si Jouffroy a eu le tort de mettre la vie en dehors de l'âme, il n'en a pas moins établi, avec une irrésistible clarté, à rencontre de Broussais et de tous ses successeurs, la légitimité de la distinction des phénomènes psychologiques et des phénomènes physiologiques, la différence de la méthode qui est propre aux uns et aux autres, comme aussi la perception directe par la conscience du sujet en même temps que de ses actes. Voilà ce qui reste du mémoire de Jouffroy et que rien, à notre avis, ne peut ébranler.

A cette distinction si nette, c'est la confusion qn'on voudrait faire de nouveau succéder, comme si c'en était fait de l'observation intérieure, comme si ce n'était plus qu'une vieillerie passée de mode,

1. Le principe vital et Vdme pensante, 2e édition. Didier, Paris.

selon une expression que nous n'inventons pas.

On nous dit que les fails de fonction et de structure nerveuse sont les données, les datas, les fondations de la psychologie, que la physiologie n'en est pas seulement un complément, mais la hase môme. La distinction entre deux ordres de phénomènes, les uns internes, les autres externes, les uns perçus par la conscience, les autres par les sens, est supprimée. Il n'y aurait plus qu'un phénomène unique, mais à deux faces, Fune objective, l'autre subjective. Vu par un de ses côtés ce merveilleux phénomène est une décharge nerveuse, un mouvement; vu par l'autre côté, il est conscience et pensée. Jamais il n'y eut de métamorphose comparable à celle-là ; jamais une seule et même chose n'eut deux faces plus dissemblables, plus opposées, plus incompatibles. Quelques-uns, sans nulle façon et sans nul détour, absorbent la psychologie tout entière dans le sein de la physiologie. Selon M. Luys, physiologiste et aliéniste du plus grand mérite, « c'est au médecin physiologiste qu'il est donné de revendiquer, comme son patrimoine propre, ce domaine spécial de la science de l'homme, où pendant tant de siècles la philosophie spéculative a si longuement et si stérilement péroré 4. » La psychologie scientifique,

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