Procès ) 1. 1, p
L'UNIVERSITÉ DE PARIS ET LE BRIGANDAGE DE ROUEN. I6i
Jérôme , quiconque nie cet article ne se montre pas seulement dénué de savoir , mal disposé , en dehors de F Eglise catholique ; il se montrera hérétique.
3° Ladite femme est apostate , tant parce que , dans un dessein mauvais, elle s’est fait couper la chevelure que Dieu lui avait donnée en guise de voile, que parce que, rejetant les vêtements de son sexe, elle a pris des vêtements d’homme.
4° Cette femme est encore menteuse et devineresse, lorsqu’elle affirm° être envoyée par Dieu et jouir de l’ entretien des anges et des saints; elle ne le prouve cependant ni par l’opération des miracles, ni par un témoignage de l’écriture ( ainsi que cela devrait être). Moïse envoyé par Dieu vers les fils d’Israël en Égypte reçut comme preuve de sa mission divine le pouvoir de changer sa verge en serpent, et le serpent en verge. Jean envoyé pour prêcher la pénitence aux Juifs apporta comme preuve spéciale de sa mission ce passage d’Isaïe : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert ; préparez la voie au Seigneur.
5» //y a une présomption de droit, fondée sur le droit même, que cette femme erre dans la foi. Elle est sous le poids de l excommunication ( pour le vêtement viril ), elle est restée dans cet état durant un long temps; et elle dit préférer ne pas communier, ne pas se confesser dans le temps prescrit par l’Eglise, que quitter les vêtements d’homme pour revêtir ceux de son sexe . Elle est en outre grandement suspecte d’hérésie, et doit être examinée avec soin sur les articles de la foi.
« 6° Cette femme est dans l’erreur lorsqu’elle prétend être aussi certaine d’aller en paradis que si elle en avait déjà la possession. Dans le pèlerinage de cette vie personne ne sait s’il est digne de récompense ou de châtiment ; ce n'est connu que du souverain juge.
« Il faut que le juge compétent avertisse charitablement la dite femme, la presse de rentrer dans l’unité de la foi catholique, d’abjurer publiquement son erreur selon la forme déterminée par ce même juge. Si elle refuse de faire la satisfaction convenable, elle doit être abandonnée au juge sécuier y pour être punie ainsi que le mérite son iniquité.
Il y a loin de la rigueur de la faculté de droit ecclésiastique à la rigueur de la faculté de théologie. La première, comme si elle soupçonnait la perfidie, insiste pour dire qu elle ne parle que dans l'hypothèse où les XII articles sont conformes à la vérité, et que l'accusée jouit de la plénitude de sa raison ; elle ne fait d’ailleurs qu’exposer sa manière de voir, et n’entend nullement prononcer [la sentence.
LA PL'CELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
L’Université ne se contenta pas d’envoyer à Rouen comme son propre jugement la décision des deux facultés ; elle y joignit deux lettres, l’une pour le roi, l’autre pour Pierre Cauchon.
Le roi est félicité d’avoir commencé moult bon œuvre ... à savoir le procès judiciaire contre cette femme qu'on nomme la Pucel/e. Les docteurs, selon l’ordre de Sa Majesté, ont pris connaissance de ce qui a été fait, l’ont examiné attentivement, et ils déclarent dignes de grandes louanges ceux qui se sont employés à pareille œuvre. Ils recommandent Midi, Beaupère, Jacques de Touraine, comme ayant bien mérité de la foi et ayant acquis des droits à la faveur royale. Par leurs explications, ces trois députés compléteront ce qui dans la sentence de lTniversité demanderait des développements. L’Université offre encore ses services, s’il en est besoin; elle termine en pressant le monarque de lutter la conclusion de cette affaire : la longueur et dilution est très périlleuse ; notable et grande réparation est très nécessaire pour que le peuple qui a été moult scandalisé par icelle femme soit réduit à bonne et saine doctrine i.
La lettre à Cauchon est une hymne de louanges à l’honneur du prélat, de son œuvre, des trois fameux docteurs Beaupère, Midi, Texier, dont l’Université est fière : Famosisshni doctores et altimm nostri . Elle sera à jamais célèbre la lutte, celeberrimum certamen , dans laquelle l’ardeur du zèle a précipité l’évêque de Beauvais pour mettre entre les mains de la justice cette femme qu’on ose bien appeler la Pücelle, mulier ilia quæ puella vociferatur ; femme empestée : combien son venin s’est répandu au loin! Presque tout le monde occidental, ce bercail très chrétien, en est manifestement empesté : Per cujus latissimè dispersum virus, ovile chris-
TIAN1SSIMUM T0T1US FERÈ OCCIDENTALIS ORBIS INFECTUM M A N 1 FESTAT U R . LeS trois
fameux docteurs ont exposé éloquemment, déganter, le procès entrepris et déduit contre les iniquités de la perfide femme ainsi que les XII articles qui en sont extraits. Leurs explications entendues, notre premier sentiment, disent les malheureux docteurs parisiens, a été d’exprimer à votre Seigneurie la reconnaissance la plus étendue. Dans une si grande œuvre, de si grande importance pour le nom divin, la foi, et l’édification des peuples, elle 11e sait pas se donner le moindre repos : nescit quo modolibet pigritare . La forme du procès est remarquable, conforme au droit, œuvre de toute prudence. Le désir de plaire au roi, de témoigner