‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 116 sur 377 · Ibid., t. II, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. II, p

tamment étayer une sentence de rechute, sur la reprise môme du vêtement masculin.

Plus que jamais le timide Manchon, lorsqu’il rédigeait ses notes d’audience, était sous l’impression de la peur. C/est lui-même qui nous l’apprend dans sa déposition. Il nous dit en effet que, la veille, s’étant rendu au château avec les deux autres greffiers, environ cinquante Anglais armés qui se trouvaient dans la cour se jetèrent sur eux en les qualifiant de traîtres, d’hommes qui dans le procès avaient manqué à leur devoir. Ils eurent beaucoup de peine à se sauver; les Anglais étaient furieux de ce que Jeanne n’avait pas été brûlée à la suite de la prédication du cimetière Saint-Ouen. Le souvenir du péril n’était pas effacé le lendemain; il fallut que le comte de Wanvik vint prendre le pauvre notaire et l’introduisit lui-même dans la prison où déjà Cauchon se trouvait avec les assesseurs. Le greffier a soin de dire qu’il n’aurait pas osé s’y présenter sans cette sauvegarde1. Dans cette même déposition, il est bien plus explicite que dans sa minute. La première raison mise en avant, dit-il, par Jeanne pour justifier son changement d’habit fut la sauvegarde de sa vertu ; avec deà vêtements de femme, elle n’était pas en sécurité au milieu de gardes qui avaient voulu attenter à sa pudeur2. Dans la minute, cette raison qui ne vient qu’en troisième lieu est ainsi exprimée : « qu’il lui était plus licite de le reprendre et avoir habit d’homme, étant entre les hommes, que d’avoir habit de femme ». La minute ne porte pas mention du fait des attentats si nettement exprimés dans la déposition.

Cette page de la minute, si capitale pourtant, porte d’autres signes visibles du trouble de l’officier judiciaire. Les item y abondent sans qu’on y trouve les questions qui ont amené les réponses relatées. Jeanne affirme que les voix lui ont reproché sa faiblesse au cimetière Saint-Ouen; qu’elle se damnerait, si elle ne confessait pas avoir été suscitée par Dieu. Elle proteste n’avoir jamais pensé révoquer ses révélations ; elle n’avait pas compris la formule d’abjuration; elle n’avait rien fait que par peur du feu; l’on n’a pas tenu les promesses à elle faites, de la remettre dans les prisons ecclésiastiques et de lui donner son Sauveur; qu’on lui donne cette prison et la compagnie d’une femme honnête, et elle sera obéissante; elle aime mieux faire pénitence en une fois et mourir que vivre plus longtemps en prison entre les mains des soldats anglais3.

C’est ce que l’on trouve au procès-verbal de cette journée; Cauchon

1. Non fuisset ansus inttare , nisi habuisset secur itatem à dicto comité Warwik , qui ipsum loquentem conduxit usque ad locum carceris . Procès, t. III, p. 148.

2. Respondit quod hoc fecerat ad suæ pudicitiæ defensionem, quia non crat tata in habitu mulicbri mm suis custodibus, qüi voluerant attentare suæ pudicitiæ. Ibid., p. 249.

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