Procès , t. I, p. 455-58i
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
pensa que c’était suffisant pour condamner Jeanne comme relapse; il sortit et, trouvant sur son passage Warwik au milieu d’un groupe d’Anglais, il lança cette parole de tigre satisfait : Harouwel , Harouwel , faites bonne chère , réjouissez-vous , nous la tenons1 .
Il se hâta de convoquer pour le lendemain, dans la chapelle de l’archevêché, les ecclésiastiques gradués de Rouen et de la banlieue. La réunion fut très nombreuse ; lecture fut donnée du procès-verbal de l’interrogatoire de la veille, et le Caïphe de Beauvais posa la question que son prédécesseur avait posée à Jérusalem au sujet du Maître : Que vous ensemble? A Jérusalem il fut répondu : Il est digne de mort; à Rouen la réponse ne fut guère différente : Elle est relapse, fut-il dit. C’était aussi une sentence de mort. L’Église faisait grâce une première fois à l’hérétique convaincu, mais repentant; il n’en était point de même dans le cas d’une rechute ; si alors elle pardonnait dans le for intérieur, et donnait les sacrements au relaps qui se repentait, elle était sans indulgence pour le for extérieur ; elle abandonnait le coupable au bras séculier.
Il y eut cependant une restriction qui témoigne que le sanhédrin était moins certain du bien fondé de la sentence qu’il ne le montrait. Pour tomber dans une faute une seconde fois, il faut l’avoir commise une première. Jeanne avait-elle révoqué ses révélations à Saint-Ouen ? Elle niait que telle eut jamais été son intention. L’abbé de Fécamp s’empara de cette parole; il demanda que la formule de rétractation fût une seconde fois lue, expliquée à Jeanne, et établie par les saintes écritures ; et que l’accusée ne fût livrée au bras séculier que dans le cas où elle se refuserait à l’accepter encore. La grande majorité des conseillers se rangea au sentiment de l’abbé de Fécamp2, mais les Anglais pressaient l’immolation; Cauchon ne voulait plus de délais; il ne tint aucun compte du sentiment émis par l’abbé de Fécamp, quoique ce fût celui du plus grand nombre des docteurs consultés.
Le lendemain, mercredi 30 mai, veille de la Fête-Dieu, Martin Ladveiiu venait de bonne heure préparer la martyre à la consommation de son sacrifice. La nature eut son premier mouvement de terreur et d’effroi; le Maître lui-même a voulu l’éprouver et le laisser voir au jardin des Olives. La sainte apparut aussitôt dans sa magnifique splendeur.