‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 124 sur 377 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Sommaire : I. — L’ouverture du concile de Bàle indiquée et fixée par les Papes. — Mouvements que se donne PUniversilé de Paris, ses desseins. — Coïncidence avec ses agissements pour faire condamner Jeanne. — Indifférence du reste de la chrétienté. — Les députés parisiens d’abord seuls à Baie. — Efforts de l’Université pour y attirer des docteurs d’autres contrées. — Erard et Beaupère. — Premières séances.

— Eugène IV suspend et transfère le concile. — Fureur du groupe de Bâle. — Révolte.

— Coup d’œil général sur les treize premières sessions. — Preuves que les décrets en ont été inspirés par l’Université de Paris. — Désolante situation d’Eugène IV. — 11 révoque ses bulles précédentes.

II. — L’insolence des révoltés ne fait que s’accroître. — Leur opposition à l’union de l’Église Grecque. — Eugène l’opère àFerrare età Florence. — Il y avait des évêques de France au concile de Ferrare-Florence. — Ce qui reste à Bàle.

III. — Les principes en vertu desquels Jeanne a été condamnée appliqués à Eugène IV, poussés à leurs dernières conséquences, et par les mêmes hommes. — L’univers catholique excommunié, le pape déposé, livré au bras séculier par les bourreaux de Jeanne. — Horreur qu’ils inspirent. — L'Université de Paris toujours complice. La burlesque élection du pseudo-Félix. — La part de Courcelles dans cette élection, les mouvements qu’il se donne pour la faire accepter. — Secondé par l’Université de Paris. — Opposition de Charles VII qui cependant promulguera Pragmatique Sanction. — 11 diminue les privilèges de l’Université ; amène l’abdication de l’Anti- Pape. — Les défenseurs de la Pucelle, défenseurs d’Eugène IV. — La France récompensée d’avoir fait cesser le schisme.

IV. — Les attentats de Rouen et de Bàle identiques dans leurs auteurs, les faux principes sur lesquels ils s’appuient, les effets qu’ils produisent. — Le jugement porté sur les attentats et les hommes de Bàle doit s’appliquer aux attentats et aux hommes de Rouen. — Quel est ce jugement? — Analyse de la constitution Moyses.

L’Université de Paris avait été assez puissante à Constance pour y faire décréter une mesure jusqu’alors insolite, la tenue décennale des conciles généraux. Ils devaient même durant quelque temps être convoqués à des intervalles plus rapprochés. Le reste de la catholicité était indifférent, puisqu’une assemblée de ce genre indiquée à Sienne pour 1424 fut si peu nombreuse qu’elle n’a pas pu trouver place dans le cycle des conciles,

LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

Néanmoins, dès 1428, Martin V avait fixé Bàie pour lieu de réunion d’une de ces plénières assemblées, et le 3 mars 1431 pour le jour de l’ouverture. La mort du pontife arrivée à la fin de février 1431 ne changea pas les dispositions prises; Eugène IV maintint ce qu’avait arrêté son prédécesseur, et ordonna à Julien Césarini, alors occupé contre les Hussites, mais légat déjà nommé, de se rendre au concile sitôt qu’il serait constitué.

La nouvelle de la convocation par Martin Y avait produit grand émoi dans l’Université de Paris. Ses historiens, du Boulay et Crevier, nous la montrent écrivant à l’empereur, aux rois, aux évêques, aux autres universités, pour les presser de s’y rendre, ou de s’y {aire représenter. Longtemps à l’avance, elle nomme elle-même ses députés, débat les matières qui doivent être traitées, les solutions qu’il faut faire prévaloir. Ces solutions n’étaient autres qu’un changement radical dans la constitution même de l’Église: la forme démocratique substituée à la forme monarchique que lui a donnée son divin auteur. L’autorité devait résider non plus dans le pape, pas même dans les évêques, mais dans les clercs et gens en ce connaissant. En condamnant, le 30 mars 1430, avec tant de rigueur le dominicain Jean Sarrazin à se rétracter, rUniversité avait prouvé qu’elle entendait faire de ses conceptions révolutionnaires des articles de foi, et elle se proposait do les faire passer dans l’Église entière par le moyen du concile qui s’annonçait.

Les conciliabules et les séances à cette fin marchaient de pair avec les réunions tenues au sujet de la Pueelle; du Boulay passe des unes aux autres. Dans certaines séances, celle du 20 novembre 1430, par exemple, on délibère successivement sur l’affaire de la Pueelle et sur les affaires du concile; on écrit au roi d’Angleterre et à Cauchon pour les presser de faire le procès à Jeanne; à l’empereur d’Allemagne pour le stimuler en faveur du concile. Le 24 mai, tandis que Erard, le faux prêcheur, et ses collègues répliquent à Jeanne qu’il ne suffit pas de s’en rapporter au pape pour être soumis à l’Église, les collègues restés à Paris délibèrent sur les instances à faire auprès de l’Université de Louvain pour quelle se fasse représenter à Baie 2.

Au 24 mai, le concile aurait dû être en activité, puisqu’il était convoqué pour le 3 mars, mais l’indifférence générale avait répondu aux fébriles démarches de l’Université de Paris. Le 3 mars il ne se trouva à Bàle que le seul abbé de Vezelay; il se donna le ridicule de gourmander l’univers en présence du chapitre de la ville. Les premiers députés de l’Université elle-même n’y étaient pas arrivés à la fin de mai; les plus considérés,

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