Voir le texte pur aux pièces justificatives, A
2. Hist. de Charles Vil, par M. de Beaucourt, t. II, p. 181. Chroniques de Flandres, t. III, p. 405. Jacques Gelu, ici môme, c. m.
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
mutuellement, que les divisions cessent, et que Ton prie si bien Dieu et Notre-Dame que Ton voie finir enfin les guerres et les tribulations.
Le roi doit être supplié d’écrire à Monseigneur de Bourgogne, de Savoie, à Charles de Bourbon, duc d’Auvergne, du Bourbonnais et du Forez; à Monseigneur d’Armagnac, pour que dans leurs terres ils garantissent la sécurité des pèlerins. Que le roi veuille bien donner assurance aux Anglais, aux Bourguignons, aux hommes de toutes nations, qu’ils peuvent venir au Grand Pardon sans crainte d’être molestés. Les trois États du pays, Mgr l’évêque, les grands seigneurs de la contrée, seront priés de transmettre pareilles demandes à Mgr de Bourgogne, et aux princes ci-dessus désignés1.
Le concours fut tel que trente-trois personnes périrent étouffées dans les poussées de la foule. Détail intéressant, mais qui ne peut étonner que ceux qui ne connaissent pas l’histoire du sanctuaire du Puy, et de ses Grands Pardons : la mère de Jeanne était venue des bords de la Meuse au sanctuaire d'Anis. Quelques-uns des guides de la jeune fille de Vaucouleurs à Chinon s’y trouvaient aussi. Le confesseur de la libératrice, Frère Paquerel, qui nous l’apprend dans sa déposition, nous dit encore comment, revenant à Tours avec ces mêmes guides, il dut à cette circonstance d’être présenté à Jeanne, et de devenir dès lors le dépositaire des secrets de son âme2. Tout autorise à croire que la sainte jeune fille, en ce moment aux prises avec les docteurs de Poitiers, empêchée de venir confier elle-même sa grande œuvre à la vierge d’Anis, avait demandé à sa mère, et aux guides mentionnés, d’y porter ses vœux et ses prières. Les pèlerins venaient au Puy de bien au delà de la Meuse. Il y avait dans les diocèses de Troyes et de Châlons des quêteurs à poste fixe pour le grand sanctuaire du Puy3 ; mais ce qui est plus frappant encore, des liens de particulière confraternité existaient entre le chapitre de Notre-Dame du Puy et le chapitre du diocèse de l’héroïne, le diocèse de Toul. Un nécrologe inédit de cette dernière église, réputé par les paléographes dater du quatorzième ou du quinzième siècle, porte au 16 mars la mention suivante : memoria canonicorum Podiensium, Laterancmium... confratrum nostrorum qui ex hoc sæculo decesserunt. Chaque année donc, un service funèbre était célébré dans l’église cathédrale à laquelle Jeanne se rattachait, pour les chanoines du sanctuaire vers lequel se rendit sa pieuse mère, vraisemblablement à sa prière. Cette seule circonstance dit de quelle popularité devait
1. Voir la splendide édition des Chroniques du Puy, par M. Aug. Chassàing. Médicis, 1. 1, p. 144 et suiv.