‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 156 sur 377 · Procès , t. II, p. 23 et suiv · texte numérisé non relu

Procès , t. II, p. 23 et suiv

LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

9° Elle a persévéré dans ses affirmations en face du bûcher, après s’être confessée et avoir communié avec la plus grande piété. Elle n’aurait pas voulu tromper en ce moment, et se damner.

10° Jeanne avait sur les révélations des idées saines. Elle disait que si elle était en péché mortel, elle pensait que sainte Catherine et sainte Marguerite cesseraient de la visiter; c’est à la suite du jeûne, dans les moments de la prière que Jeanne recevait surtout ses communications; c’est principalement dans ces moments qu’elles ont lieu. Qu’on ne s’étonne pas de la familiarité des saintes. Il serait sacrilège d’accuser saint Martin de mensonge ; nous voyons qu’il avouait que saint Pierre, saint Paul traitaient familièrement avec lui. Il entendait les colloques des anges; discernait aussitôt l’approche des démons ; les traitait avec mépris ; appelait brutes et stupides Jupiter et Mercure.

Jeanne aussi disait savoir distinguer les apparitions saintes des apparitions diaboliques; elle affirmait qu’elle reconnaîtrait bien le vrai saint Michel d’une apparence qui voudrait le contrefaire. Sur quoi le théologien romain fait au troisième article la remarque suivante :

« Il est difficile, il est vrai, de discerner les révélations réelles dos illusions des esprits de malice. Cependant, d’après saint Grégoire au quatrième livre de ses dialogues, les saints reçoivent de Dieu un sens intérieur qui leur fait distinguer les unes des autres, la vérité du mensonge. Un goût de l’àme leur révèle ce qui est une communication du bon esprit, ou une tromperie de la part du mauvais. Cet enseignement de saint Grégoire nous montre que par la dissimilitude des voix et des images, les saints ne conjecturent pas seulement; mais encore qu’ils peuvent savoir certainement comment une révélation céleste diffère de sa contrefaçon. Semblable doctrine reçoit confirmation de ce qui est rapporté de saint Martin par Sulpice Sévère, son très élégant historien : Le démon se rendant visible aux yeux du saint avait beau apparaître, tantôt en sa propre personne, tantôt se transformer en figures étrangères, et en spirituelles malices; quelle que fût la figure qu’il revêtit, saint Martin le reconnaissait, ainsi qu’il arriva lorsqu’il se montra vêtu de pourpre et le diadème au front. Semblables faits abondent dans la vie des saints, et l’assertion de Jeanne n’a rien que de plausible1. »

Théodore de Lellis avait dit plus haut : Jeanne se fût-elle trompée, la bonne foi aurait excusé les hommages rendus par elle aux saintes, tels que : faire dire des messes en leur honneur; orner leurs images dans les églises et chapelles de guirlandes et de fleurs, faire des offrandes aux prêtres ; car elle déclare qu’elle entend par là honorer sainte Catherine et

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