I. Procès , t. II, p
THÉODORE DE LELLIS ET SON MÉMOIRE
sainte Marguerite qui sont dans le ciel, et ne pas les distinguer de celles qui lui apparaissent1.
Nombre d'historiens de la Pucelle sont grandement embarrassés, lorsqu’ils ont à parler des réponses faites par l’héroïne sur le signe donné au roi. Un ange, dit-elle, apporta une couronne au prince ; et elle fait face à la multitude de questions provoquées par cette première réponse. Voici comment Théodore de Lellis, répondant au second des douze articles, justifie Jeanne sur ce point *.
« Le second article roule sur le signe donné au roi des Français : un ange qui lui a apporté une couronne et lui a fait la révérence. Plusieurs remarques sont à faire :
« La première : Jeanne a souvent protesté que pour ce qui regarde le roi, elle ne dirait rien, ou ne dirait pas la vérité. L’évêque de Beaùvais l’a souvent pressée fortement et avec menaces de jurer simplement de dire la vérité. On l’entend répondre : Vous pourriez me demander des choses sur lesquelles je ne vous dirai pas la vérité, et d’autres sur lesquelles je ne vous dirai rien. C’est sous celte restriction qu’elle a prêté serment, à la première séance (p. 45). Une autre fois elle a répondu : Vous pourriez me demander ce que je ne vous dirais pas; et encore : Il peut se faire que vous me demanderez plusieurs choses sur lesquelles je ne vous dirai pas la vérité. C’est tiré de la troisième séance, celle du 24 février (p. 60). Le procès nous la montre refusant de répondre à plusieurs questions, comme étant étrangères à la cause : telles que la nature des anges, quel était le véritable Pape, etc.
« Souvent l’évêque a voulu la contraindre de jurer simplement, sans restriction, la menaçant, si elle s’y refusait, de regarder les accusations comme prouvées, ainsi qu’on le voit à la page 61. Elle n’a cependant jamais consenti à faire pareil serment; elle a protesté qu’elle ne dirait pas la vérité sur ce qui regardait son roi. On l’a même entendue se récrier en ces termes : « J’ai juré de ne pas dire certaines choses, et vous ne devriez pas m’inciter à me parjurer (p. 50). »
« A la suite de tels exposés, de semblables protestations, quand même, excédée de questions et comme violentée (elle s’en est plainte parfois), Jeanne eût fait quelque réponse en désaccord avec la vérité, il faudrait l’imputer à la pression des interrogateurs et ne pas l’accuser de parjure.