‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 160 sur 377 · II. — Coup d’œil général sur son mémoire · texte numérisé non relu

II. — Coup d’œil général sur son mémoire

III. — La plupart des inculpations ne regardant pas la foi n’autorisent pas l’accusation d’hérésie.

IV. — Les révélations: feindre des révélations n’est pas contre la foi; les manifester, quand on en a reçu, encore moins. — Dieu révèle parfois des événements de l’ordre purement temporel. — Difficulté et moyen de discerner les révélations divines des communications sataniques. — Règle générale tirée de saint Bernard. — Il faut considérer la personne qui reçoit ces révélations ; l'application en est favorable à la Pucelle ; les personnes qui font ces révélations, l’application en est favorable à Jeanne; surtout la fin poursuivie ; ici elle était double, une concernant le bien de la jeune fille, encore favorable; une fin ultérieure, la délivrance de la France, fin excellente, malgré l’effusion du sang anglais, fin excellente pour la chrétienté entière. — Pureté d’intention de la Pucelle.

V. — Justification des hommages rendus aux saintes. — Piété de la prière de la jeune fille et de ses demandes.

VI — Le vêtement d’homme et la vie au milieu des camps.

VIL — De la divination. — Du mépris des sacrements.

Une note insérée en tète du mémoire de Cybole dans l’instrument du procès de réhabilitation nous apprend que le savant théologien a travaillé sur la cause, môme avant que Rome en eût ordonné l’examen. Cela ressort aussi de la date mise au bas du travail par l’auteur, 2 janvier 1452, ou en nouveau style 1453, c’est-à-dire dans les premiers six mois qui ont suivi les enquêtes de d’Estouteville.

L’auteur dit dans sa préface écrire à la requête d’un personnage qui a sur lui une autorité irréfragable, auquel il ne lui est pas permis d’opposer un refus. Est-ce du Cardinal Légat, est-ce du roi qu’il parle? On peut indifféremment l’entendre de l’un et de l’autre; car des liens particuliers unissaient Cybole et au réformateur de l’Université et au monarque qui

LA PUCELLE DEVANT L'ÉGLISE DE SON TEMPS

refusa de reconnaître le pseudo-Félix V. D’Estouteville s’adjoignit Cybole dans l’œuvre entreprise pour la réforme des études et des étudiants1. Il est permis de penser que le docte théologien y a pris la plus large part, et a inspiré les plus sages règlements. La charge même qu’il occupait dans le corps scolaire lui donnait une autorité prépondérante. Cybole était alors chancelier de Notre-Dame et de l’Université; or Machet nous a dit que sur le chancelier reposait l’édifice universitaire presque tout entier. Cybole a dû succéder à Chuffart, vu de si mauvais œil en cette dignité par le confesseur du roi. Machet, mort trois ans seulement avant la légation de d’Estoute ville, avait pensé à relever les études en décadence. Sa correspondance fait foi, qu’il avait pour cela jeté les yeux sur Cybole. Dans plusieurs de ses lettres, il parle de Cybole comme du personnage éminent entre tous ses collègues; il lui écrit comme à un homme dune sagesse incontestée et entièrement à part : Viro sanè inter doctos et ei%u dit os sapientissimo R . Cijbole 2.

Si avant dans l’estime du confesseur, il n’est pas étonnant qu’il ait possédé la confiance du royal pénitent. On a vu comment Charles YII envoya le docteur Robert assurer Eugène IV de sa fidélité, comment il l’employa dans les négociations destinées à faire cesser le schisme causé par l’homme de Ripailles. Cela prouve combien Cybole était loin de partager les sentiments de ses collègues, si animés contre le Pape légitime, si déclarés pour l’antipape. Cybole soutenait le vrai Pontife romain; il défendait aussi l’autorité épiscopale. Dans une circonstance sur laquelle il faudra revenir, les clercs en ce connaissant délibérèrent avec grand fracas de se proclamer exempts de l’autorité de l’évêque de Paris; Cybole se prononça fortement contre pareil projet, qu’il déclara suspect d’hérésie. Il déchaîna contre lui une vraie tempête, donna des explications et parut revenir sur sa proposition, pourtant fort exacte.

L’Université semble avoir gardé rancune à un membre si méritant. Du Boulay, qui écrivait plus de deux siècles après, n’a pas donné place, dans le long catalogue des célébrités universitaires du xv° siècle, à celui que Machet disait : sanè inter doctos et eruditos sapientissimum : injustice flagrante; l’histoire, comme les autres tribunaux de la terre, en commet de nombreuses; et ceux qui l’étudient de près doivent trouver quelque peu vaines les menaces de ses arrêts, que l’on fait sonner trop haut. Heureusement le chrétien sait que l’histoire sera racontée ailleurs; et que là, la plus stricte impartialité présidera aux récits qui seront faits.

Nicolas V, par un bref que le chapitre d’Évreux conservait encore au xviii0 siècle, conféra à Cybole le titre de camérier, l’autorisa à posséder

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