ADHÉRÉ A SES RÉVÉLATIONS
DEUX CHOSES AUXQUELLES ELLE AVAIT RENONCÉ (folio c.lxxxix r°-cxc r°).
Sommaire : I. — L’ordre de Dieu, la pudeur, la nécessité, autorisaient Jeanne à reprendre le costume viril. — De la manière dont elle s’est excusée sur ce point.
II. — Elle n’avait jamais entendu révoquer ses révélations, et avait agi en tout cela par ignorance, par violence et par crainte.
III. — La prétendue abjuration de la prison. — Les actes ne disent pas qu’elle ait abjuré. — Ces actes sont de nulle valeur. — On apprenait à Jeanne qu’elle allait être brûlée. — Elle a pu ressentir un trouble que Notre Seigneur a voulu éprouver. Elle a été soumise à de telles obsessions que l'homme le plus ferme aurait eu peine à résister.
IV. — Jeanne a été délivrée de la prison du corps par le martyre et par grande victoire. — Tableau de sa ravissante mort. — La fin a répondu au commencement. — Ainsi ne meurent pas ceux que le démon a trompés une fois.
« Sa rétractation sera traitée plus loin. La question présente est de savoir si elle peut être excusée d’avoir repris son vêtement d’homme quitté sur l’ordre du juge, d’avoir adhéré de nouveau à ses révélations publiquement rétractées.
« Trois raisons bien suffisantes l’autorisaient à reprendre son vêtement.
« La première est l’ordre du ciel, d’après lequel elle a toujours affirmé savoir pris le vêtement viril. Interrogée là-dessus, elle répondait savoir •comment elle l’avait pris, mais ignorer comment et quand elle devait le quitter. Ne l’ayant quitté, ni librement, ni de son gré, ni sur l’ordre de Dieu, elle craignait avec raison d’avoir gravement offensé Dieu. Il faut obéir aux révélations du Saint-Esprit. Leur force obligatoire est telle qu’elles doivent l’emporter et sur la loi. humaine et sur la coutume (c. Fnistrà , dist. VIII; c. duæ sunt, XXIX, q. II, cum similibus ).
« La deuxième fut sa pudeur et sa virginité à protéger. En prison elle
LA PUCELLE DEVANT L'ÉGLISE DE SON TEMPS
fut toujours sous la garde de trois soldats anglais, probablement sans retenue. Elle s’est plainte souvent de leurs vexations. Il y a plus : les informations nous font connaître que, lorsqu’elle eût pris des vêtements de femme, un lord anglais essaya de lui faire violence. Comme il a été dit plus haut, des habits de femme provoquant la passion, c’était là une cause suffisante pour reprendre le vêtement viril. Elle a mis en avant ce motif, lorsque, interrogée pourquoi elle en était revenue à l’habit masculin, elle a répondu que tant quelle serait parmi les hommes, ce vêtement lui était plus licite et plus séant. Peut-être quelle pouvait ainsi mieux repousser ceux qui tentaient de lui faire violence. Si, comme cela a été démontré, toute cause honnête, si la nécessité, autorise une femme à prendre des vêtements d’homme, combien plus la crainte de perdre la virginité, crainte qui doit l’emporter sur l’amour de la vie. C’est dans une semblable occasion, qu’une sainte vierge de Corinthe se revêtit d’une chlamydc et des vêtements d’un jeune homme, ainsi quïl est rapporté dans le Miroir histoires de frère Vincent (de Beauvais).
« La troisième raison a été peut-être une urgente nécessité de satisfaire aux besoins de la nature. Un témoin entendu dans les informations a assuré que telle était la vraie cause. Les gardes anglais lui dérobèrent furtivement son vêtement de femme et mirent à la place un vêtement d’homme. Elle ne voulut pas le prendre et se plaignit de cette soustraction. Dans la suite, pressée par un besoin urgent, elle prit le vêtement d’homme.
« Les Anglais qui l’observaient appelèrent ceux de leurs compagnons, avec lesquels ils avaient comploté sa mort. Elle mérite la mort, vous en êtes témoins , s’écrient-ils. On court à l’évêque de Beauvais; on forme une assistance; un rassemblement se produit; les sentiments se partagent. La gent anglaise hors d’elle-même, ivre de rage, court çà et là transportée d’une aveugle fureur. L’innocente Jeanne est obligée de se montrer et de se donner comme en spectacle de lugubre comédie; on la pousse; on la frappe; on l’expose aux diverses dérisions de cette foule. Cependant elle ne perd rien de sa force d’àme ordinaire. Sa pudeur virginale lui fait taire, et la fraude à laquelle on a eu recours, et la nécessité dans laquelle elle s’est trouvée, et l’attentat encore plus grand auquel on s’est porté; elle n’allègue contre ses ennemis que leurs promesses violées; elle avoue humblement qu’elle a repris ses vêtements d’homme.
« Mais sans doute la vertu du patient ne fait pas disparaître le crime du meurtrier. Le scélérat n’est pas absous de sa scélératesse et de sa barbarie, parce que l’innocence est assez humble pour ne pas l’accuser. En n’accusant personne, elle s’est montrée plus encore que patiente. La connaissance, qu’une longue expérience lui avait donnée de la barbarie des assistants, lui faisait prévoir que ses plus justes plaintes ne lui vaudraient