‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 239 sur 377 · BRÉIIAL. — LES RÉVÉLATIONS AFFIRMÉES DE NOUVEAU · texte numérisé non relu

BRÉIIAL. — LES RÉVÉLATIONS AFFIRMÉES DE NOUVEAU

qu’un redoublement d’outrages. Cependant, pour donner quelque soulagement à sa conscience, elle dit à son confesseur et à un autre prêtre (Martin Ladvenu et Jean Toutmouillé) de quels outrages sans nombre elle avait été l’objet. Aussi, pour montrer le parti pris des ennemis, par son silence elle se contenta d’en appeler au seul jugement de Dieu.

« Le changement d’habits ne peut s’expliquer que par la fraude. Jeanne était très étroitement enchaînée ; les habits de femme lui avaient été enlevés. Comment eût-elle pu les chercher et les trouver en dehors de la prison? Il faut donc admettre, ce semble, la déposition des témoins qui font connaître le frauduleux stratagème, et le cas de nécessité de Jeanne. Elle est par suite pleinement excusée; car la nécessité n’a pas de lois. De plus, la malice d’une partie ne doit préjudicier en rien à la simplicité de l’autre.

« Qu’en reprenant le vêtement viril, Jeanne ne soit pas devenue relapse, ce sera démontré plus loin.

« Pour ce qui est d’avoir adhéré de nouveau à ses révélations, qu’elle avait, dit-on, abjurées, le procès fait foi qu’elle n’a jamais voulu les révoquer, ni les abjurer, ni s’en départir en aucune manière. Aux interrogations faites sur ce point, elle a allégué trois excuses : l’ignorance, la violence, la crainte.

« L’ignorance : elle s’est fondée principalement sur deux choses : elle n’a jamais ni cru, ni voulu abjurer ses apparitions; elle ne comprenait pas ce qui était contenu dans la cédule d’abjuration.

<' La violence : elle a dit qu’on lui avait intimé l’ordre d’abjurer.

« La crainte : tout ce qu’elle avait fait alors, affirmait-elle, c’était par crainte du feu, et elle n’a rien révoqué qui ne soit contre la vérité.

« Ces trois causes seront pesées séparément, lorsque sera traitée la question de son abjuration. Il suffit maintenant de voir que Jeanne a toujours adhéré à ses révélations, sans jamais s’en écarter; c’est ce qu’elle devait faire, ainsi que cela a été établi.

« Mais, objectera-t-on peut-être : finalement, c’est-à-dire le jour de sa mort, elle a renoncé à ses voix, elle a avoué avoir été trompée par elles,

LA FICELLE DEVANT L'ÉGLISE DE SON TEMPS

en ce qu’elles lui avaient promis de la délivrer de prison; et elle a professé que désormais elle ne les croirait plus.

« Ces informations, autant qu’on peut l’induire des témoins les moins suspects et les moins indignes de foi sur lesquels elles se basent, ne disent pas clairement cela; elles disent au contraire qu’elle a constamment assuré avoir eu des apparitions et des révélations. Venaient-elles des bons ou des mauvais esprits? Elle s’en est rapportée à l’Église, ainsi qu’elle l’avait fait ; et en cela elle devait être entièrement absoute et nullement condamnée.

« 2° Ces informations n’ont aucune valeur, ni importance : dictæ informationks NULLirs roboris aut momenti sunt; parce qu’elles ont été consignées par écrit, ainsi que la date en fait foi, lorsque la sentence était rendue et exécutée; que les prétendus juges avaient fait tout ce que leurs fonctions réclamaient; qu’elles sont en dehors des actes du procès; qu’il n’y a nulle signature, nul paraphe. Elles sont donc non avenues : ideôque non prejudicant *.

« 3° Les informations établissent que ce fut en ce moment qu’on lui signifia qu’approchait l’heure de l'horrible supplice, le bûcher. Elle avait toujours dit le redouter plus qu’aucun autre genre de mort. Il n'y aurait pas lieu de s'étonner que cette candide et tendre jeune fille, épuisée par le long et cruel supplice d’une barbare prison, par le poids des chaînes, l’imagination saisie à la pensée des flammes qui allaient bientôt l’envelopper, ait eu peut-être, forsan , un moment de variation. Ce serait la suite de l’infirmité humaine, et surtout de l’infirmité de la femme. Au cas où elle aurait dit avoir été trompée par ses voix, qui lui auraient promis la délivrance; que l’on se rappelle que le Christ sentant la mort venir se plaignit d’avoir été abandonné par son père; sur quoi saint Hilaire fait cette réflexion : « Cette plainte c’est l’infirmité de l'homme mourant abandonné; ne vous étonnez pas de l’humilité des paroles, des plaintes du délaissé qui, sachant qui il était, voyait le scandale de la croix. »

« 4° Pour lui faire entièrement abjurer ses révélations, tant, et de si hauts personnages employèrent de si longues, je ne dis pas exhortations, mais bien tortures, que l’homme le plus docte, eût-il eu sa conviction, aurait eu grande peine à y persévérer.

« Et cependant elle ne fit que s'en rapporter à Dieu et à l’Église; ce qui ne prouve pas qu’elle les ait abandonnées; mais uniquement quelle s'est humblement soumise à mère Église; acte que précisément on faisait sem-

1. C’est cependant dans ces actes sans valeur, que vont puiser la multitude des historiens qui affirment que la libératrice s’est rétractée le matin du supplice. Il y a quelque chose de profondément satanique dans ces calomnies séculaires.

Page 1