BREHAL. — VICES DES XII ARTICLES
dit ne pas pouvoir l'éviter. Elle a parlé avec plus de retenue. Elle a dit qu'elle ne pouvait pas, ou ne savait pas s’en empêcher. Le reste de l’article est inutile et ne donne pas prise.
Au neuvième, il y a encore une fausseté en ce qu'au mot promisit, elle a promis , on a substitué le mot vovit , elle a voué ; différence que nous avons fait ressortir plus haut. Elle n'a pas dit, ainsi qu'on le lui attribue, avoir voué aux saintes la virginité du corps et de l'àme, mais avoir promis à Dieu et aux saintes de garder la virginité de corps et d'àme. Il est encore faux, comme nous l'avons observé, qu'elle ait dit être certaine de son salut ; elle a dit croire fermement qu’il en serait ainsi, moyennant la condition apposée par elle. Dans le reste de l’article, on a frauduleusement supprimé bien des paroles qui innocentent Jeanne, ou sont propres à la recommander grandement.
Au dixième article, on lui attribue d'avoir affirmé qu'il est des personnes que Dieu aime plus quelle Jeanne; on passe sous silence qu'elle a ajouté pour les biens du corps ; et elle n'a dit cela que du roi et du duc d’Orléans. A la fin de l’article, quand il s’agit de l'amour de Dieu pour les Bourguignons, on supprime intentionnellement plusieurs explications qui prouvent qu’elle entendait parler de la faveur de Dieu pour le parti du roi, parti auquel les Bourguignons n'appartenaient pas alors. Il était inutile de consigner tout cela dans l'article; ou l'on devait au moins mieux exposer le sens de ses paroles.
Onzième article. De même que l’on a faussé ce que Jeanne disait du vœu de virginité, fait, disait-on, aux saintes; de même on a faussé ce qu’elle disait des hommages quelle leur rendait, ainsi qu’il a été expliqué plus haut. Dans le reste de l’article, l'on tait tout ce qui explique et justifie ses paroles ; l’on produit crûment, — et certainement dans un but perfide, — tout ce qui peut être mal interprété.
Dans le douzième et dernier article, où l'on revient sur la soumission à l'Église, il y a fausseté manifeste, comme il a été déjà exposé. Il est expressément faux quelle n’ait pas voulu s’en rapporter aux décisions de l'Église militante, mais à Dieu seul. L'on voit en plusieurs endroits du procès qu’elle s’est rapportée très formellement de tout ce qui la concernait au Pape et au concile général ; c'est confirmé par les informations ; mais l'on tait malicieusement tout cela.
C’est là une déviation énorme de la part de celui qui a composé ces articles ; il parait qu'il ne s'est pas rendu coupable d'un moindre crime que de celui de faux (FF. dd. L. Corneliam de falsa l. 1. § qui in ralionibus et L. Paulus).
LA PUCELLE DEVANT L'ÉGLISE DE SON TEMPS
Voilà surtout ce qui a trompé les consulteurs; ils ont délibéré sur les pièces qui leur étaient soumises ; ils ne pouvaient pas deviner les données réelles du procès. Il est cependant statué dans les causes de la Foi, que ceux sur l’avis desquels doit être appuyée une sentence de condamnation doivent avoir reçu communication de tout le procès, et que tout doit leur être sérieusement et intégralement manifesté (c. ultimo tirca principium,dekxrc ticis VI0). Il est constant que c’est le contraire qui a été fait dans le cas présent.
La défectuosité des actes, ou la suppression du vrai, suffit d’après le droit pour entraîner l’irritation de la sentence (c. rum Berthohlu* desenteniiaet rejudicata). A combien plus forte raison l’introduction ou le mélange du faux; rien de plus propre à égarer la justice. La sentence tire sa force des actes du procès qui la précèdent, comme le contrat de la volonté des contractants... Des lettres apostoliques, obtenues à la suite de vérités supprimées ou de faussetés alléguées dans les motifs présentés, ne doivent pas être mises à exécution, ainsi qu’il est dit dans la bulle intclleximm d’Alexandre III, et bien expressément dans les lettres de rescriptis.
Les dits articles par leur diffusion, par la composition désordonnée de leurs parties, semblent étonnamment confus, et bien peu propres à donner le vrai sens de l’affaire mise en délibération. Un article, dit saint Thomas (2* 2», q. 1 2, a. 6) , suppose des parties distinctes, s’adaptant les unes aux autres, tout comme dans le corps humain l’on appelle articulation les divers membres en tant qu’ils s’emboîtent les uns dans les autres. Les parties appelées articles ne sont pas égales, les unes sont plus grandes, les autres plus petites; mais il ne faut pas que l’une rentre dans l’autre. Aussi d’après le style de l’Inquisition, auquel on était tenu dans ce cas de se conformer (c. par koc de hœretids VI0), il est prescrit que dans les causes de la Foi les articles à présenter soient clairs, brefs, fidèlement extraits et dûment coordonnés.
Je passe sous silence les superfluités, les fréquentes répétitions des mêmes allégations, rédaction non seulement fastidieuse, mais ridicule, qui ne convient nullement à un sommaire, surtout dans une cause si grave. Je m’appesantis principalement sur ce que, de parti pris, le vrai a étéomiSt le faux introduit, sur l’inutile prolixité de l’exposition, sur une disposition défectueuse qui obscurcit ou altère le sens, vices qui entachent d erreur manifeste le procès et la sentence.