CHAPITRE Vil
NATURE DE L’ABJURATION IMPOSÉE A JEANNE (folio clxxxxiv v°-clxxxxvi r°).
Sommaire: I. — Dans quel cas le droit prescrit une abjuration. — Il n’y avait pas ombre de raison pour l’imposer à Jeanne. — Son excellent renom, excepté parmi les Anglais ses mortels ennemis. — Nullité des dires de ces derniers. — Il n’y avait pas même lieu à une justification.
IL — Cette abjuration est nulle comme non comprise. — L’assertion de Jeanne justifiée par les circonstances. — Comme violemment arrachée. — Comme extorquée par la crainte. — Elle est annulée par la protestation anticipée que Jeanne avait faite, et dont l’effet durait encore. — Elle n’est pas seulement nulle; elle est une iniquité à la charge de ceux qui l’ont imposée.
Puisque dans la suite du procès Jeanne fut amenée, ou contrainte par les jugeurs , d’abjurer l'hérésie, et de se rétracter publiquement, il sera bon de voir la nature de cette abjuration. Quelles sont les circonstances dans lesquelles le droit prescrit une abjuration? De quelle manière s'est faite celle-ci? À-t-elle été légitime ?
Avant tout et principalement l'abjuration a lieu, lorsque quelqu’un est reconnu coupable d’une erreur contre la Foi. Tels sont ceux qui sur les articles de Foi, sur les sacrements, nourrissent des sentiments, répandent un enseignement, en opposition avec ceux que professe et pratique la sainte Eglise Romaine (c. ad abolendum § 1 de hæi'eticis). Deux choses sont requises : une erreur en matière de Foi; une erreur emportant une hérésie. Toute erreur n'est pas en matière de Foi. L'Ecriture en plusieurs passages donne le nom d’erreur à tout péché, à toute faute ; mais l'erreur prise dans ce dernier sens ne donne pas lieu à l'abjuration dont nous parlons ici. Il suffit pour l'expier de la vertu des sacrements.
Toute erreur en matière de Foi, ou sur ce qui concerne la Foi, n’emporte pas l’hérésie. On peut errer en matière de Foi sans tomber dans la dépravation de l'hérésie. De là, la parole de saint Augustin : je pourrai errer,