‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 271 sur 377 · BRÉUAL. — PARTIALITÉ DES ASSESSEURS · texte numérisé non relu

BRÉUAL. — PARTIALITÉ DES ASSESSEURS

Deux choses sont principalement à considérer dans les assesseurs : leur nombre et leurs dispositions.

D’après le procès, nous voyons qu’aux séances et aux interrogatoires de Jeanne l’on voyait quelquefois plus de cinquante, le plus souvent plus de quarante-cinq prélats, docteurs, gradués en diverses facultés, dignitaires. Ils furent rarement moins de trente. On les avait appelés de Paris, et d’autres parties du royaume soumises à la domination anglaise, et les Anglais les honoraient de force présents.

On eût dit qu’il s’agissait de renouveler le combat du tyran Maxence contre la Bienheureuse Catherine d’Alexandrie, combat qui fit pousser à un de ces hommes diserts (présents au spectacle) ce cri d’étonnement : « Profond conseil de l’empereur, qui a fait venir tant de sages des contrées lointaines, pour entrer en lice avec une jeune fille, lorsque l’un de nos derniers disciples aurait suffi aisément pour la confondre. » Cette mesure n’était pas seulement peu convenable, contraire à la nature de la cause; la sentence, si on y regarde de près, ne devait pas pour cela être plus conforme à la justice et à l’équité. A ces prétendus juges, convoquant une nombreuse assemblée par amour de l’apparat plus que de la justice, s’appliquent bien ces paroles de saint Chrysostome en saint Mathieu : « Ils s’assemblent, afin de l’emporter par le nombre, ou tout au moins prétendre l’emporter, ne le pouvant pas par la force de la vérité. Ils avouent n’avoir pas la vérité de leur côté, eux qui se font un arme de la multitude. »

Pour ce qui regarde leurs dispositions, ne disons pas que la plupart étaient bien connus comme partisans déclarés des Anglais. Je me contente de remarquer que dans le courant du procès ils n’ont témoigné, comme ils le devaient, ni droiture, ni amour de la justice. Jeanne répondit souvent aux questions hors de propos qui lui étaient adressées : Cela ne regarde pas le procès ; demandez-le , si vous le voulez, aux assistants, et ces assistants interrogés répondaient : Cela le regarde . Il était cependant bien évident que ces questions étaient étrangères à un procès en matière de Foi. Il était bien étranger à la Foi de connaître le signe qu’elle avait donné au roi, de savoir si son conseil lui avait révélé qu’elle sortirait de prison, et choses semblables. Leur intention n’était pas droite. Cette multitude d’assistants, devant lesquels Jeanne devait se donner en spectacle, loin d’être une excuse pour les prétendus juges, n’est qu’une charge de plus. On peut leur appliquer ces paroles de saint Remy : « Leur condamnation même ressort de leur réunion, et de leur qualité de princes et de

prêtres. Plus ils se sont rassemblés nombreux afin de commettre le forfait, plus ils sont doctes, élevés, distingués par le rang et le renom; et plusest détestable le mal qu’ils commettent, plus grand le châtiment qui leur est du. »

On voit au procès que, par disposition des juges, deux docteurs, à quelques jours d’intervalle, publièrent dans une prédication solennelle les crimes dont on chargeait Jeanne. Il faut aussi en parler brièvement. Une première remarque, c’est que l’un et l’autre se sont basés sur les articles dont il a été question, sur les qualifications qui les accompagnaient, articles dont la fausseté est on ne peut plus évidente.

De l’un de ces deux prédicateurs, Jeanne a dit en plein tribunal qu'il était un faux prêcheur, qu'il lui avait attribué bien des choses quelle n'avait pas faites . C’était souverainement inique. A cela se rapporte la glose que l’on trouve sur ces paroles de saint Mathieu : Maître , nous savons* que vous êtes vrai dans vos paroles (c. XXII). Un maître, y est-il dit, peut blesser la vérité sous trois rapports. L’un se tire de lui-même : il peut ou ne pas connaître ou ne pas aimer la vérité; l’autre se prend du côté de Dieu : foulant aux pieds sa crainte, il peut ne pas annoncer purement la vérité qu’il connaît; le troisième a trait au prochain : il peut celer la vérité par crainte, par haine, par faveur. Comment tout cela s est vérifié dans le cas présent, c’est assez manifeste.

Ce qu’il faut bien peser ici, non pas seulement pour s’en étonner, mais pour le détester, pour l’exécrer, c’est l’affront énorme que, d’après d’indubitables informations, un de ces prédicateurs osa bien dans cette prédication solennelle lancer contre le roi notre sire ; l’insupportable outrage qu’il fit à la très sainte couronne de France, quand il s’écria : O royaume de France, tu étais autrefois réputé et dit le très chrétien; tes rois, tes princes s' appelaient les très chrétiens; et maintenant, ô Jeanne , par toi, ton roi qui se dit roi de France, en s'attachant à toi , en croyant à tes paroles, est devenu hérétique et schismatique . Ces paroles, dit un quatrième témoin, furent répétées trois fois. Jeanne les releva avec grande fermeté en disant : Sauf respect, ce que vous dites n'est pas vrai, et je veux que vous sachiez que nul homme vivant n'est meilleur chrétien que lui .

Tout ce que les paroles du prédicateur renferment d’ignominieux, d’outrageant, il n’est pas facile de le dire. Il y a lieu de grandement s’étonner que les Anglais, les grands surtout, aient pu supporter un discours si injurieux pour la Majesté royale, notamment pour leur roi que

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