‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 289 sur 377 · Ibid., t. III, p. 265 et seq., p. 275 et seq · texte numérisé non relu

Ibid., t. III, p. 265 et seq., p. 275 et seq

LA PICELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

en latin par Courcelles et par Manchon quelque temps après l’exécution de la sentence, et bien et dûment signé par les greffiers. Il fut solennellement apporté, reconnu par les trois notaires encore vivants1.

Mais Manchon avait conservé les minutes mêmes dont il avait été le principal rédacteur, ses collègues s’étant contentés d’apposer leurs signatures. Il fut sommé de produire tout ce qui avait rapport à cette grande cause ; ce qui permit de pénétrer plus avant dans les profondeurs de cet abîme d’iniquités.

Les XII articles, sur lesquels se fonda en réalité la condamnation, n’avaient pas été acceptés par le conseil qui était censé les envoyer, tels qu’ils furent transmis. D’importantes corrections avaient été demandées pour presque chacun des articles. Ces corrections ne furent pas exécutées. Manchon eut le courage de présenter la minute écrite de sa main ; il apporta encore une rédaction chargée de ratures, élaborée par Jacques de Touraine* Qui donc avait commis un faux de telle conséquence? Manchon balbutia qu’il l’ignorait. Pourquoi avait-il, lui et les deux autres greffiers, signé comme délibéré et accepté par le conseil du tribunal ce qui en réalité ne l’était pas, ce qui même avait été rejeté. Bien mauvais quart d’heure pour le pauvre officier judiciaire, ainsi qu’on peut le voir par ses réponses. Il ne donne que des excuses bien insuffisantes : il ignore qui a rédigé les XII articles, et a réduit à ce nombre de XII les LXX articles du promoteur; on lui a dit que cela se faisait ainsi dans l’Université de Paris; les envoyés de l’Université de Paris l’ont ainsi voulu ; il n’aurait pas osé résister à de si hauts personnages que ceux qui lui ont demandé d’apposer sa signature; la vérité se trouve dans le procès-verbal des interrogations et des réponses qui ont précédé le réquisitoire de d’Estivet3. Excuses certes bien insuffisantes*

Mais tant de coupables et si haut placés se trouvaient, à divers degrés, englobés dans l’attentat, qu’il avait été sage de restreindre le plus possible la demande des poursuites aux trois coupables désignés par le rescrit. Manchon, plus que beaucoup d’autres, avait droit à l’indulgence. C’était à contre-cœur qu’il avait prêté son ministère ; il était resté si sympathique à la martyre, que son supplice lui arracha des larmes durant un mois entier. Il fallait lui tenir compte d’avoir déjoué plusieurs machinations scélérates, qui probablement auraient entièrement défiguré la libératrice aux yeux de la postérité, celle, entre autres, qu’il a soin de rappeler après l’aveu de sa faiblesse, à savoir qu’il a fait rejeter les greffiers cachés qui

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