‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 62 sur 377 · I. Crevier, t. III, p. 296 et suiv · texte numérisé non relu

I. Crevier, t. III, p. 296 et suiv

LA PUGELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

Jean sans Peur fait alors appel aux passions démagogiques. Il soulève en sa faveur la lie de la populace parisienne ; Caboche, un écorcheur, la commande ; l’Université de Paris ne fut pas, dans les commencements, étrangère à ce mouvement, dont l’histoire présente de nombreux traits de ressemblance avec celui qui devait avoir lieu quatre siècles plus tard et s’appeler la révolution française. Les prédications de ses docteurs contribuèrent puissamment à le déchaîner. Le chancelier Gerson se déclara pour la légitimité de la guerre. Il fallait des impôts ; on les décréta, sans excepter les ecclésiastiques qui se soumirent, ni l’Université qui par la bouche de Gerson protesta, et fut jusqu’à dire, dans une harangue publique, que l’oppression des exactions injustes pouvait s’élever à un degré tel, « que l’on pouvait juger sur plusieurs exemples des histoires anciennes, que c’était un sujet de secouer le joug, et de déposer un monarque. »

La cour s’émut, le chancelier de France assigna Gerson à comparaître en présence du roi, devant un conseil composé de docteurs en droit, tirés de l’Université. Les collègues agréèrent les explications du chancelier de Notre-Dame, qui dit n’avoir pas parlé affirmativement, et n’avoir induit la chose que par des exemples.

Le pauvre roi était un instrument entre les mains de ceux qui pouvaient s’emparer de sa personne. On lui fit publier contre les princes une déclaration dans laquelle il les accusait de vouloir le détrôner. L’Université déterra une excommunication, lancée il y avait cinquante ans, par Innocent Y contre les brigands qui infestaient la France ; elle déclara que la sentence s’appliquait aux Armagnacs, et écrivit dans tout le royaume pour que lecture en fût faite en chaire chaque dimanche1.

La croix de saint André, insigne du parti de Bourgogne, devint tellement en honneur à Paris, dit Juvénal des Ursins, que dans les cérémonies religieuses, les prêtres la substituaient à celle de Notre Seigneur. Malheur à qui ne la portait pas; il était Armagnac : être Armagnac, c’était être voué à la mort, ou tout au moins au pillage.

La faction démagogique, les bouchers ou Cabochiens, portaient toujours plus loin leurs insolences. En 1413, ils firent main basse sur les principaux personnages de l’entourage d’Isabeau et du Dauphin ; sur les demoiselles de la reine, sur son frère, sur le chancelier de France, et les jetèrent en prison. Leurs fils devaient plus tard en faire autant autour d’une autre reine, et conduire les choses à un point que ne purent atteindre leurs pères de 1413. Tant d’excès avaient révolté ceux qui d'abord les avaient favorisés par leurs discours, entre autres Gerson. Il s’était assez déclaré contre les séditieux pour que sa maison fût pillée et que lui-même

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