Sponde, Annales ecclesiastici, 1430, n° VII
LES PRINCIPAUX BOURREAUX DE LA PUCELLE
« Crime plein de périls, il bouleverse toute hiérarchie. Car pourquoi les sujets obéiraient-ils à leurs rois et à leurs magistrats, lorsque ces derniers n’obéissent pas à leur supérieur ? L’on ne doit pas s’étonner de se voir appliquer la loi que l’on applique aux autres.
« Il faut craindre qu’il ne soit pas loin le temps prédit par l’Apôtre aux Thessaloniciens : Après l’apostasie viendra l’homme de péché . Ils appellent l’avènement de l'Antéchrist, ceux qui cherchent à s’éloigner de l’Eglise Romaine ; or c’est ce qui ressort des actes qui se commettent, dit-on, sous le prétexte de la Pragmatique Sanction. »
Courcelles a sans doute suggéré la réponse faite quelques jours après par le bailli de Rouen, un des ambassadeurs. C’est une défense de la Pragmatique Sanction, enguirlandée de beaucoup de protestations de dévouement au Siège Apostolique. Elle rentre entièrement dans la manière de Courcelles et de l’école dont Quicherat le proclame justement le père.
Æneas Sylvius Piccolomini dit de Courcelles qu’il avait vu, à Bâle, que son extérieur était modeste, aimable, vénérable, que ses yeux regardaient presque toujours la terre1. On a dit de son école qu’elle commençait par baiser le Pape avant de le souffleter. C’est donc de tradition. Pie II relevait cette façon d’agir dans une lettre à Charles VII en date du 22 mai 1460.
Après de nombreuses précautions oratoires, le Pontife écrit : « Vous vous dites notre fils obéissant. Qu’il me soit permis de le contester légèrement. Si vous êtes fils d’obéissance, pourquoi gardez-vous la Pragmatique Sanction ? Le pape Eugène vous a exhorté à la supprimer, parce qu’elle n’est pas selon Dieu. La môme demande vous a été adressée par Nicolas, par Callixte, trois pontifes romains, trois pères saints et vénérables. Ils l’ont fait par leurs Nonces et par leurs Légats; ils l’ont fait par leurs lettres ; ils vous ont demandé de laisser cette cause de grandes discordes, et de grands maux dans l’Église ; sur ce point vous avez été toujours sourd à la voix de l’Église romaine. Où est donc votre obéissance ? où votre dévotion? où votre religion ? vous avez écouté quelques prélats de votre royaume plus que le Siège Romain... C’est Dieu qui a érigé le Siège Apostolique. Il a voulu qu’il fût son tribunal suprême sur la terre : pas de puissance qui l’égale ; il juge de tous les hommes, de toutes les dignités, et il n’est jugé par personne 2. »
Voilà l’effet de Y art inconcevable par lequel Courcelles fit accepter à Rome les Libertés Gallicanes, ou la Pragmatique Sanction qui en est la charte et l’arsenal. Courcelles fit si peu accepter la Pragmatique Sanction à Rome, qu’il la vit abolie par Louis XI. Ce fut le premier acte du règne