‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 91 sur 377 · Le Bourgeois, coll. Bichon, p. 383 et suiv · texte numérisé non relu

Le Bourgeois, coll. Bichon, p. 383 et suiv

J 36 LA PUCELLE DEVANT L'ÉGLISE DE SON TEMPS

fureur contre le prédicateur naguère si écouté et si révéré; ils le maudissaient de Dieu et de ses saints; on reprit avec frénésie les jeux laissés à sa persuasion, et Ton en vint jusqu’à rejeter les médailles qui portaient le nom de Jésus ‘.Que devaient penser de Jeanne ceux qui haïssaient à ce point quiconque s’attachait à ses pas; qui regardaient comme souillées, dès qu’elles leur avaient été suggérées par un adhérent de Jeanne, des pratiques que leur foi de chrétien ne pouvait pas ne pas leur faire estimer?

L’échec contre Paris, fort réparable si l’on avait voulu croire Jeanne, vint ajouter à la haine de la capitale contre la vierge guerrière un sentiment d’orgueil et de fierté. La nouvelle de sa prise à Compiègne fit éclater grande joie et réjouissance à Paris. La Pucelle était tombée aux mains des Bourguignons le 23 sur les 6 heures du soir ; on sut l’événement à Paris dès le 25. « Le lendemain, dit Quicherat, le greffier de l’Université écrivait, au nom et sous le sceau de l’Inquisition de France, une sommation au duc de Bourgogne tendant à ce que la Pucelle fût remise pour ester à droit devant le dit Inquisiteur, et pour répondre et être jugée au (selon le) bon conseil , faveur et aide des bons docteurs et maîtres de ly Université de Paris2. »

Quicherat ne se trompe pas en attribuant à l’Université cette première lettre du secrétaire de l’Inquisition. L’Inquisition a évité, tant qu’elle a pu, de se mêler de cette affaire ; elle n’y est intervenue tardivement par le sous-délégué Le Maître, que sous la menace des Anglais. L’Université au contraire y paraît toujours et partout, et cela spontanément. Ce n’est pas Bedfort qui a dicté cette première demande ; il était alors à Rouen. Une lettre de l’Université au duc de Bourgogne accompagnait, ou n’a pas tardé à suivre, cette hâtive sommation; cela résulte d’une lettre postérieure. « Ainsi, conclut justement le directeur de l’école de paléographie, l’idée de faire succomber Jeanne devant l’Église se produisit spontanément, non pas dans les conseils du gouvernement anglais, mais dans les conciliabules de l’Université de Paris. » L’Université s’est très activement employée pour que la victime fût livrée. A s’en tenir aux pièces, elle a forcé la main à Luxembourg et au duc de Bourgogne ; elle n’a jamais examiné si Jeanne était coupable; elle l’a toujours supposée une insigne criminelle.

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